Abus de pouvoir au quotidien (2)

Les biais perceptuels ou déformer la réalité

Les biais perceptuels désignent un ensemble de stratégies qui nous amènent à déformer la réalité dans le sens qui nous convient.

Le biais de confirmation

Ce biais est l’un des plus fréquemment utilisés par chacun d’entre nous. Il s’agit de la tendance qui nous amène à ne prêter attention qu’à l’information qui confirme nos opinions et à ignorer le reste. Facebook utilise à plein le biais de confirmation. Il nourrit notre fil de presse des sujets qui nous intéressent et qui vont dans le sens de nos croyances. On finit par ne lire que ce qui confirme nos opinions et on ne discute qu’avec ceux qui partagent nos opinions. De là à se convaincre qu’on détient la vérité…

Le biais de la négligence de la ligne de base

Expression compliquée pour décrire une réalité fort simple, soit la tendance à juger les autres et les situations sociales davantage à partir de l’opinion du beau-frère ou à celle des journaux à potins qu’à l’information statistique ou scientifique véhiculée par des experts ou des revues à la réputation rigoureuse. Ça explique que des gens puissent nier l’holocauste et la pandémie, rejeter l’usage des vaccins et croire que la terre est plate.

Biais de la persistance des croyances

Ce biais perceptuel est souvent jumelé au biais de la négligence de la ligne de base. Nous avons tous tendance à conserver nos croyances malgré la connaissance d’informations qui les remettent en cause. Même avec des preuves formelles qu’on se trompe, il arrive fréquemment qu’on s’accroche à nos croyances erronées.

Grâce à l’imagerie par résonnance magnétique (IRM), on a réussi à comprendre ce phénomène. On a identifié les réseaux neuronaux correspondant aux croyances passagères et on a réalisé que lorsque les croyances s’intègrent à la personnalité de l’individu, elles sont associées à une structure différente du cerveau. Dans ce cas, il devient extrêmement difficile de les modifier.

Pour préserver la stabilité de notre système de croyances, on en vient même à prétendre que ceux qui véhiculent des informations qui nous donnent tort ne sont pas dignes de foi.

Saviez-vous en outre que les recherches en psychologie sociale ont démontré que ce sont les gens les moins compétents dans un domaine qui surestiment leurs compétences alors que les gens vraiment compétents ont tendance à douter d’eux-mêmes? On appelle ce biais l’effet Dunning-Kruger.

Le biais égocentrique

Quant aux gourous ou aux pseudo-experts qui occupent les médias sociaux, comment ont-ils le culot d’afficher une expertise qu’ils ne possèdent pas? C’est en raison de la tendance naturelle qu’ont les êtres humains à se juger sous un meilleur jour qu’en réalité. Nous avons tous ce biais égocentrique qui nous amène à nous croire supérieurs à la moyenne. Eh oui!

Finalement, les deux derniers biais que nous vous présentons viennent expliquer l’antagonisme qui s’installe entre groupes aux opinions divergentes comme c’est le cas entre trumpistes et démocrates ou entre complotistes et non complotistes.

Le biais de l’endogroupe ou favoritisme à l’endroit de l’endogroupe

L’endogroupe concerne la tendance qu’ont les membres d’un groupe à favoriser ou à mieux valoriser les membres de leur groupe d’appartenance. On donne le beau rôle à son propre groupe et le mauvais rôle à l’autre groupe. On nie qu’il puisse y avoir des ressemblances entre les uns et les autres.

Le biais de l’exogroupe ou biais de l’homogénéité de l’exogroupe

L’exogroupe, c’est l’ensemble des individus qu’une personne a identifiés et catégorisés comme ne faisant pas partie de son groupe d’appartenance. C’est aussi la tendance à percevoir les membres d’un exogroupe comme plus homogènes que les membres de son propre groupe. Comme si les membres du groupe ennemi sont tous pareils, ont tous les mêmes caractéristiques alors que les membres de notre groupe ont des caractéristiques qui les distinguent vraiment les uns des autres.

La sauvegarde de l’identité

Chacun interprète donc la réalité à travers ses filtres perceptuels (schémas de soi, préjugés, stéréotypes et biais perceptuels). Cette interprétation de la réalité se fait dans une direction. Chaque être humain cherche à assurer sa survie physique, à préserver l’estime de soi et à défendre l’intégrité de son groupe d’appartenance. 

On finit par ne plus pouvoir se défaire de nos convictions parce que leur importance dépasse les enjeux mis en cause. Mes croyances me lient aux autres. Mes croyances me donnent un statut particulier. Je suis fière d’être cette battante, ce patriote, ce défenseur des droits et libertés.

Suite à l’article 3

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