Abus de pouvoir au quotidien

La pandémie et l’invasion du Capitole viennent ébranler nos certitudes et amènent de profondes remises en question. C’est dans ce contexte que je présente ici trois articles dans le but de jeter un regard sur la situation à partir de mon point de vue de psychologue, dans l’espoir de susciter la réflexion et les discussions dans les chaumières. Je crois fermement que la démocratie est fragile et que nous devons tous examiner notre mode de fonctionnement si on veut contribuer à son maintien et à son épanouissement.

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Abus de pouvoir au quotidien

En matière de communication, on considère qu’il y a abus de pouvoir ou manipulation quand l’influenceur cherche à dissimuler ses intentions réelles sous couvert de promesses alléchantes, mais irréalistes, d’informations nébuleuses et partielles, de stratégies de vente subtiles utilisées à l’insu du client ou encore par le mensonge pur et dur. Il agit de la sorte de façon à s’octroyer des avantages personnels (pouvoir, argent et privilèges) au détriment de l’autre.

Trumpistes et complotistes

Trump et ses acolytes ont persuadé leur électorat qu’il y avait eu fraude massive en l’absence de preuves concrètes. Les complotistes ont mis en doute l’existence de la pandémie malgré les chiffres alarmants à l’échelle mondiale.

Personne n’échappe à l’influence des médias et des réseaux sociaux. Les vendeurs, escrocs, publicitaires et politiciens savent tirer parti de leurs habiletés de persuasion et les utilisent à nos dépens pour nous convaincre d’agir dans le sens qu’ils souhaitent. 

Qu’est-ce qui pousse les individus à se laisser berner de la sorte? Qu’est-ce qui se passe sur le plan psychologique pour que les gens en viennent à adopter des comportements et croyances aussi extrêmes? Peut-on se protéger de tels emportements?

La peur

Quand l’être humain se sent menacé, l’amygdale [1], ce noyau cellulaire au sein du cerveau limbique, s’active et déclenche la production d’hormones de stress. Cette réaction automatique incite l’individu à réagir au danger par l’attaque, la fuite ou la paralysie.

Les influenceurs qui veulent mobiliser leurs troupes peuvent faire appel à la peur et à la nécessité de se défendre contre un agresseur commun. C’est ce que Trump a fait en évoquant entre autres la menace du socialisme et de la perte de la grandeur de l’Amérique blanche. Les complotistes ont plutôt dénoncé la menace faite aux droits et libertés de la personne. Les médias ont fait le reste. La peur s’est répandue comme une traînée de poudre.

La peur rend vulnérable et la vulnérabilité nous rend terriblement influençables. Tout bon preacher le sait.

Le besoin de comprendre

Quand l’être humain fait face à quelque chose qui l’inquiète et qu’il ne comprend pas, il cherche à tout prix à en trouver le sens. C’est sa façon de se rassurer et d’identifier les meilleurs comportements à adopter.

Toutefois, la surabondance d’informations qui sévit dans nos sociétés modernes a plutôt pour effet d’aviver l’insécurité des gens et d’activer la production de toutes sortes d’hypothèses plus ou moins plausibles.

Pourtant tous les Étatsuniens n’ont pas mordu à l’hameçon que leur a lancé Trump. Et tous les citoyens du monde ne sont pas devenus complotistes. Comment expliquer ce phénomène?

Aujourd’hui, grâce entre autres aux travaux en psychologie cognitive, on connaît mieux les pièges de la pensée qui nous rendent vulnérables aux manipulateurs.

C’est simple. Quand l’amygdale s’affole, c’est celui qui est capable de se calmer, de prendre du recul et d’observer la situation avec acuité qui va échapper aux pièges perceptuels.

Certaines personnes ont un sens critique aiguisé. Elles lisent beaucoup, se documentent à des sources de grande qualité et ont une vision complexe [2] d’elles-mêmes, des autres et du monde. On dit qu’elles ont une grille d’analyse rationnelle. Ces individus en arrivent à dégager un tableau beaucoup plus objectif et près de la réalité que ceux qui sont simplement assujettis à leur peur.

D’autres recourent à une grille d’analyse économique. C’est le mode habituel de fonctionnement de la majorité des gens. Cela consiste à rechercher des explications simples à tout ce qui se produit. Les gens ont besoin de donner rapidement un sens à ce qu’ils vivent et ils se contentent d’explications approximatives. Évidemment, ces jugements hâtifs sont souvent inexacts.

Le troisième groupe recourt à une grille d’analyse fortement subjective teintée de biais perceptuels. Ils adoptent les préjugés courants dans leur entourage et sont convaincus de lire la réalité avec objectivité. Ils font preuve d’un manque absolu de rigueur.

En l’absence d’un mode de réflexion rationnel, le cortex préfrontal droit du cerveau des individus s’emploie à mener ses propres recherches. Il fait des liens entre toutes sortes d’événements, mélange ces informations avec les biais et préjugés et aboutit à des hypothèses parfois loufoques, parfois apocalyptiques.

Se méfier du danger, avoir peur face à une menace réelle et chercher à comprendre ce qui nous arrive est essentiel à la survie de l’espèce. Le problème se pose quand le système se dérègle et déforme totalement la réalité.

Les préjugés et autres biais perceptuels

L’éducation familiale et les systèmes économique, politique, religieux et culturel où évolue la personne, de même que les expériences vécues, forment un ensemble de conditionnements qui structurent la personnalité de l’individu et lui insufflent ses valeurs, ses aspirations, ses intérêts, ses croyances… et ses peurs.

Cela explique que ce qui inquiète les uns indiffère les autres. On redoute généralement ce que l’on a appris à redouter. Quand les biais associés au cerveau ancien se mêlent aux conditionnements qui nous ont façonnés, une réalité subjective émerge souvent bien loin de la réalité objective.

Les chercheurs en psychologie sociale ont identifié certains des biais les plus fréquemment utilisés dans l’ensemble de la population. Vous remarquerez que ces biais se retrouvent justement chez les trumpistes et les complotistes et qu’en fait, nous en sommes tous porteurs.

Suite à l’article 2


[1] L’amygdale porte le même nom que celles qu’on trouve dans la gorge à la base de la langue. Toutefois leurs fonctions diffèrent.

[2] Avoir une vision complexe de soi, c’est entre autres reconnaître qu’on peut éprouver plusieurs émotions contradictoires en même temps. C’est réaliser qu’il y a des quantités de facteurs qui nous ont façonnés. C’est avoir quantité d’intérêts et de désirs. C’est avoir une vision d’ensemble des enjeux liés à une situation. C’est aussi être capable d’identifier les avantages et inconvénients d’une situation, etc.

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