Aimez-vous le changement?

Un essai qui ne changera rien

Par: Mathieu Lamarre, Traducteur et journaliste à la retraite

La requête est venue du champ gauche, gracieuseté de ma nouvelle rédactrice en chef. Mais je ne devrais pas être surpris d’une telle demande, considérant ma propension à affectionner les sujets vagabonds. « Que penserais-tu de faire un papier sur le changement? », me lance-t-elle tout de go. Vieux réflexe de journaliste hétéroclite, je réponds par l’affirmative sans trop réfléchir, me disant simplement que cela me « changerait » de mon ordinaire de traducteur.

Perspective empirique

Tiens… le voici déjà : le « changement ». Mais de quel changement parle-t-on au juste? Celui souhaité ou subi? Issu du désir de renouveau ou du besoin de rectification? Celui qu’on embrasse ou qui nous rebute? On s’entend que le changement se manifeste partout et depuis toujours, dans la sphère naturelle tout comme dans la sphère humaine. Il peut autant concerner notre biologie, notre monde physique que notre environnement social, culturel et technologique.

Partons du principe que l’univers est en perpétuel mouvement – donc, changement. Et si l’on croit que l’humain fait partie de la Nature, alors on peut croire qu’il est tout autant (et irrésistiblement) porté par le changement. Par contre, si l’on croit que l’humain est subordonné à une entité autre – Dieu, par exemple –, on peut alors penser que selon ce que lui dicte sa croyance, l’humain peut choisir de s’abstenir et ne pas participer au changement, voire le combattre. Surtout si ce changement n’est pas de l’ordre du divin (incluant la Nature), mais plutôt issu de l’humain lui-même.

Alors que penser du changement? On l’aime ou on le craint? La géométrie des avis sera tout aussi variable que la diversité des contextes. Certes, le changement dérange, mais à quel moment devient-il gênant, sinon accablant?

Le changement peut engendrer une variété de sentiments : la joie (de la nouveauté), le contentement (d’améliorer les choses, de réaliser un progrès), mais aussi l’anxiété (de perdre des repères familiers) jusqu’à la peur (de perdre le contrôle face à une évolution toujours plus rapide).

Perspective pratique

Parfait pour la théorie, mais voyons maintenant comment tout cela se vit dans le pratico-pratique. On dit que les plus vieux n’aiment pas le changement pour une raison possiblement très simple : le refus d’être remplacé – comme un ordinateur obsolète ou un vulgaire grille-pain. C’est inscrit dans notre ADN : la Nature nous prescrit tous une date de péremption irrévocable. Pourtant, ce n’est pas ce que nous dit notre foi en une existence autre… pas facile de réconcilier ces deux pôles de pensée.

De l’autre côté, les plus jeunes semblent affamés de transformation, eux qui sont aux premières loges pour récolter les fruits du soi-disant progrès ou simplement jouir des plaisirs de l’inédit (notamment s’ils sont nés au sein de la société de consommation et d’abondance).

Résumons ainsi : le changement que l’un accueille avec bonheur peut être celui que l’autre abhorre, et vice-versa. Et pour en revenir au propos du début, il faut d’abord déterminer de quel changement il s’agit. Un changement technologique n’a pas les mêmes implications qu’un changement climatique (pour ne parler que des éléphants dans la pièce). Tout comme un changement d’humeur ne fera pas autant réagir qu’un changement de sexe – quoique, de nos jours…

Rappelons-nous que le « bon vieux temps » d’une certaine tranche a été le bouleversement de ceux qui ont précédé – c’est encore une fois une question de perspective. Et que l’on peut considérer le train du changement comme l’expression de l’éternel recommencement… vous voyez? Plus ça change, plus c’est pareil!

Loin de moi l’idée que de discourir de la chose est un exercice futile; c’est même plutôt sympa d’avoir la possibilité de philosopher en cette époque où tout semble à l’arrêt. Mais j’en arrive rapidement à la conclusion que le caractère universellement aléatoire de l’humain – qui va et pense au gré du vent – empêche toute forme de consensus ou de conclusion sur la façon de juger des effets et impacts du changement. Pour ma part, je me soumets totalement à l’inéluctabilité du changement, et je n’ai pas l’intention de changer…

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