Asphalte pour le bien de tous!

LETTRE OUVERTE

Par: Sébastien Plasse

L’asphaltage du P’tit train du Nord sème la controverse à Val-David.  Le communiqué indique que le bitume accroîtra l’accès aux adeptes de planches à roulettes et de patins à roues alignées, sans oublier les femmes enceintes et les gens en fauteuils roulant.  Cet argument suppose que l’effet du pavage suffit à en justifier la cause.

Des femmes enceintes circulent déjà sur la voie, de même que des parents y promènent leurs enfants en poussette.  Il est difficile de comprendre pourquoi il devient maintenant essentiel que les planchistes et patineurs y accèdent.  Pourtant, il n’y a rien de vexatoire à l’égard des «skaters» et des patineurs d’affirmer que les cailloux bruissant sous les pas rendent impraticable leur activité sur le P’tit train du nord et qu’ils doivent opter pour un autre mode de transport actif.

Nous atteignons les limites du raisonnement se réclamant de l’accessibilité universelle, qui occulte que la multiplication des modes différents dilue la possibilité réelle de pratiquer chacun.  La mairesse de Val-David, Kathy Poulin, envisage déjà une voie de débordement pour piétons à cause de la saturation de la piste.

Cet argument de l’accessibilité universelle accule à un sorite.  Il faut avoir le courage de le refuser sans crainte d’engendrer une injustice, car il n’y en a pas.  D’apparence irréfutable, il fait diversion sur l’écologie et la gouvernance.  Un coup parti, pourquoi ne pas invoquer un aménagement de la piste qui permettrait le lancer du javelot, la marelle, la déambulation sur échasses ou la pratique des transitions pour triathlètes : de la nage au vélo, puis à la course? 

Absence de gouvernance démocratique

Nous pouvons nous questionner sur l’emprise démocratique que la population de Val-David a sur le P’tit train du Nord à travers ses élus parce que les décisions sont déléguées aux municipalités régionales de comté (MRC) riveraines, dont les préfets ne sont pas élus par la population malgré que la loi l’autorise. 

L’asphaltage sans consultation préalable des citoyens invite à douter de la légitimité de la gouvernance du P’tit train du Nord.  Des questions s’adressent à ses administrateurs :

  • Quelle est leur imputabilité devant les citoyens?
  • Des représentants des usagers de la piste siègent-ils au conseil d’administration?
  • Un processus de consultation préalable aux décisions et à l’élaboration du plan stratégique est-il implanté?
  • La corporation démontre-t-elle sa transparence en publiant sur son site ses lettres patentes et son règlement de fonctionnement?

La mairesse Poulin devait savoir au moins depuis l’automne que l’asphaltage se préparait.  Or, elle a attendu fin-juin, après la décision et son annonce par le P’tit train du Nord, pour se manifester dans les médias locaux.  La mairesse Poulin acquiesce alors à l’asphaltage en langage sibyllin.

Le 5 août ensuite, une brochette d’experts ont expliqué que le bitume est plus écologique que le gravier quant aux effets de l’érosion de la piste sur les cours d’eau.  Ces faits démontrés, il resterait aux citoyens et à leurs élus à discuter pour en tirer démocratiquement une décision : asphalte ou gravier, considérant qui peut utiliser la piste selon un revêtement ou l’autre. Cependant, à la justification de l’asphaltage par les arguments écologiques et comptables, s’en faufile un moral sur ses effets.  Il appelle à la rectitude politique : qui s’oppose à l’accessibilité universelle sera odieux d’exclure femmes enceintes, handicapés, «skaters» et patineurs.  Les citoyens réfèrent aux experts pour leurs connaissances des faits, mais les experts ont-ils une supériorité morale sur le libre arbitre des citoyens pour décider à leur place?

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