Aube Therrien, 18 ans, prendre acte et agir!

Numéro 2: Nos jeunes et l’avenir 

Val-David ZigZag s’intéressera régulièrement à un (e) jeune qui a grandi à Val-David. Nous voulons connaître sa vision, ses aspirations et ses projets d’avenir. Et surtout, comment voit-il (elle) Val-David et comment s’y projette-t-il (elle) dans l’avenir? 

Sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, elle est jolie comme le matin et, dès qu’elle prononce ses premiers mots, un vent de fraîcheur souffle sur nos doutes et nous assure qu’il y a promesse de rivage pour nos jeunes. 

Aube est née à Val-David. Elle étudie au Collège Vanier pour devenir professeure d’anglais, bien qu’au départ cette matière était son talon d’Achille, sa matière la plus faible. Mais, ses parents pour l’aider à apprivoiser cette langue l’envoient dans un camp de vacances anglais suivi immédiatement d’un camp d’équitation anglais. Cet été là, elle a brisé la barrière de la peur et a appris à aimer cette langue. Elle a accepté d’agir sur ce qui était au départ une faiblesse et en a fait une force. Elle ne le sait pas encore, mais elle vient de se donner les outils pour faire une carrière qui l’amènera à voyager à travers le monde. 

En effet, contre toute attente, elle deviendra professeure d’anglais. Elle aime l’école, elle aime apprendre et veut partager cet amour de l’étude avec le monde entier. 

Au collège Vanier, elle est en Social Science Child Studies major. Prudente et avisée, elle trouve un travail au Village du Père Noël et peut ainsi vérifier son amour des enfants. Le test est concluant. Plus de doute, elle prendra le chemin de l’enseignement de l’anglais à l’international. 

La vie nous réserve de ces surprises tout de même! 

Toutefois, elle ne partira pas à l’aveuglette. Elle se joindra à un programme d’enseignement à l’étranger offert par le gouvernement fédéral comme le programme EPIK qui permet d’enseigner en Corée. 

Où aimerais-tu enseigner? 

J’aimerais commencer par le Japon puis la Corée. Puis… 

J’entends son esprit vagabonder d’un océan à l’autre. Elle rêve sans doute de faire le tour de la terre. 

Zone de texte

Aube? 

Elle me regarde de ses yeux bleus rieurs. Un regard franc, déterminé, plein de fougue et d’espoir. 

Pourquoi courir le monde? 

J’aime me mettre au défi! 

Dit-elle doucement. Et, quand elle m’apprend qu’elle vient de s’inscrire à un cours de lutte, je ne doute plus une minute de sa sincérité à vouloir sortir de sa zone de confort. 

La place de Val-David, ton village dans ta vie? 

J’ai eu une enfance joyeuse à Val-David. C’était une communauté aimante et sécuritaire et qui en offrant des activités de plein air, nous mettait en contact avec la nature. Val-David c’est bien pour les enfants et les adultes qui veulent fonder une famille. 

Et entre les deux? 

Il n’y a pas de travail ici. Je ne peux pas me battre contre cela actuellement. J’ai d’autres défis à relever. 

Elle hausse les épaules et me dit avec force et sagesse : quand on ne peut pas changer une chose, cela ne sert à rien de rester fixé dessus. Je préfère regarder ce qui peut être amélioré dans ma vie et dans mon entourage et agir. 

Comment vois-tu ton village? 

Ce n’est plus le village tranquille de mon enfance. Heureusement, je reste près de Vallée Bleue et je n’entends pas le bruit et la cohue du marché public du samedi matin. Évidemment je n’y vais plus, c’est beaucoup trop cher, je ne peux rien acheter. Aube est au courant de la situation du marché et du coût honteux de celui-ci pour les habitants de Val-David. 

Elle poursuit : 

Val-David a changé. Il s’ouvre aux très granos. Son œil devient moqueur : faut dire qu’on est un monde à part han? 

Je souris, elle rit. 

Elle poursuit sa réflexion, mais avec une certaine retenue. Je suis un peu hostile aux Bo-Bos (bourgeois-bohèmes) qui se promènent torse nu, pieds nus et qui portent des pantalons en épi de maïs. Ils essaient trop fort. Ils le font pour le look. Il y a un côté prétentieux. Être un Bo-Bos c’est être en uniforme. 

Elle rit. 

Ils sont tellement visibles qu’ils deviennent la majorité aux yeux des étrangers. Ils teintent l’image que les gens peuvent avoir de Val-David. 

Elle répète. Je te dis qu’on est un monde à part! Elle rit de nouveau. 

Pour ma part, deux entrevues avec des jeunes natifs de Val-David, et deux sur deux se plaignent de la population bourgeois-bohèmes qui selon eux travestissent Val-David. 

Je suis étonnée d’entendre une si jeune femme révéler son profond désaccord avec la façon d’agir d’une petite partie de la population val-davidoise. 

Aube n’a pas peur. Aube prend acte et agit. 

Et l’avenir? Comment le vois-tu? Pas le tien, tu l’as tracé, l’avenir en général? L’avenir de Val-David aussi? 

Sans que je comprenne pourquoi, je déclenche une révolte. Le mot avenir semble peser une tonne et surtout rimer avec injustice. 

Elle se lance dans une manière de plaidoyer dénonciateur qui fait surgir la jeune femme engagée, impliquée et concernée par ce qui se passe dans son village et dans le monde. 

Son discours déboule. 

Elle serre les dents : je ne comprends pas pourquoi on construit une école! On va se ramasser avec les autobus scolaires des autres municipalités et on va démolir la jolie petite mairie de notre village ! 

Je lui apprends que maintenant que nous avons traversé la ligne des 5 000 habitants, nous ne sommes plus un village, mais une ville au sens de la loi. Ce qui n’est évidemment pas une raison pour démolir la mairie. 

Elle me jette un regard inquiet : j’espère que Val-David gardera son essence. Le plein air, la culture, les endroits sauvages. 

Je vois toutes les craintes passer dans ses yeux qui changent au bleu noir. 

Un ange passe. 

La jeune femme d’action et de vision prend le dessus. 

Elle poursuit : on pourrait développer l’agriculture, la vraie; pas des bacs dans le village qui sont là juste pour l’image. Il faudrait que nourrir son village ça soit vrai. Il y a plein de solutions quand on a à cœur le bien de la population. 

Elle réfléchit. 

On pourrait cultiver en serres? 

L’écoanxiété 

On a tellement mis d’attente sur nous! Depuis le primaire j’entends parler des changements climatiques. Mais j’étais trop jeune pour faire quelque chose. 

Aube qui profite de l’été. Photo de profil Facebook 

Les plus vieux ont créé des peurs et des angoisses qu’ils ont transmises aux jeunes. Ils ont mis tellement de pression sur nous pour qu’on sauve la planète, qu’on est rendu à se dire ARRÊTEZ DE NOUS ACHALLER! À l’école on se faisait dire qu’on était la dernière génération à pouvoir faire un vrai changement. C’est tellement lourd à porter qu’on a envie d’être dans le déni. On aimerait ça vivre notre vie de jeune… Et en même temps, si je ne m’en occupe pas je ne pourrai pas avoir une belle vie plus tard. 

Elle réfléchit un moment. 

C’est à tout le monde de s’en occuper. Non? 

Ce n’est pas d’hier qu’on entend parler des changements climatiques. C’est beau de dire que les jeunes n’en font pas assez. Mais je trouve que les autres générations n’en font pas assez non plus. Elles veulent être confortables. Il ne faut pas rester assis sur les lauriers et penser uniquement à notre petit monde, notre petite famille. Aux gens de 65 ans et plus je dis : ne nous laissez pas tomber. Ne laissez pas tomber! Soyez là même si vous êtes à la retraite. Nous les jeunes on a un devoir de faire une carrière et de prendre la relève. 

Je suis ébranlée. Jamais je n’ai pensé que les jeunes étaient aux prises avec l’écoanxiété. Aube m’amène à me questionner sur mon devoir envers la société et surtout envers les jeunes. J’abonde dans son sens. 

Elle poursuit avec détermination. 

Ce n’est pas une excuse pour ne pas s’impliquer dans notre société, il faut qu’on prenne action! S’en occuper c’est positif. 

J’ajoute que c’est aussi politique. 

Comment vois-tu la politique? 

Elle hausse légèrement les épaules. Comment veux-tu que je croie dans la politique? On entend parler de corruption un peu partout. Les plus vieux nous demandent de protester, mais, on a beau se lever, jamais rien ne change. 

As-tu le sentiment que Val-David est corrompu? 

Disons que si je l’apprenais, je ne serais pas surprise. 

Son désenchantement me fait une ride au cœur. Que puis-je dire? Où donc réside l’espoir pour cette génération? 

Nous écoutons le silence. Soudain, la réponse monte en moi. Bien sûr, l’espoir ne peut résider qu’en eux-mêmes. 

Crois-tu qu’un jour, quand tu auras fait le tour du monde, tu pourrais songer à te présenter à la mairie de ton village avec ce beau bagage d’expériences que tu auras accumulé? 

Elle ouvre grand les yeux et rit. 

Moi je souris, mais je suis très sérieuse. Elle le voit, cesse de rire, me regarde intensément. 

Elle prend acte. 

Partagez nos articles !
Vous avez aimé cet article ? Partagez-le.