Autonomie alimentaire et sécurité alimentaire

L’énigmatique relation entre la Municipalité et le marché de Val-David (suite)

Kathy Poulin, mairesse de Val-David, défend bec et ongle la survie du marché public en évoquant l’autonomie et la sécurité alimentaires pour notre communauté. Dans sa vision des choses, la survie du marché public est non seulement une priorité incontournable, mais aussi «l’élément clé sur tout ce qui concerne les liens directs des producteurs et des transformateurs*». Dans ce sens, «la collaboration des municipalités est essentielle pour la mise en place de ces acteurs d’une économie alimentaire.*»

On ne peut que souligner sa détermination à vouloir doter notre communauté de «ces éléments essentiels que sont l’autonomie et la sécurité alimentaires*», lesquels dans un contexte normal seraient synonymes d’abondance, de bienfaits et de prospérité, qui apporteraient des investissements, de revenus à divers paliers, de création d’emplois, et d’une économie locale forte et florissante.

Une industrie agroalimentaire

En effet, on perçoit très bien que des orientations municipales pourraient faciliter le développement d’une industrie agroalimentaire locale et favoriser le développement d’entreprises communautaires ou privées qui viendraient exploiter certaines des meilleures terres du Québec au lac Paquin, et qui fourniraient légumes et fruits en abondance tout en procurant la matière de base à une industrie de transformation diversifiée et innovatrice bien de chez nous.

Mais pour que ce projet voit le jour, il faudrait que la mairesse délaisse ses initiatives adolescentes de boîtes à légumes doublées d’un marché qui s’alimente des finances publiques et qui sont des gages, selon elle, de la sécurité et lautonomie alimentaires de la communauté.

Ce marché public qu’on tente de rendre plus savoureux par des déclarations à l’emporte-pièce repose presque entièrement sur une subvention illégale (voir plus bas) qui engloutit l’argent des contribuables dans un projet plus que douteux. En effet, Kathy Poulin tente de se justifier par des pensées aux saveurs exotiques, qui ne font que servir de paravent pour masquer une dure réalité : l’argent donné au marché est un gaspillage des fonds publics mis en place pour attirer les touristes avec, comme seule retombée, un effet divertissant pour les citoyens les samedis matins de l’été. Ajoutons en passant que l’effet d’embourgeoisement de notre village n’est pas étranger à cette mascarade.

Qu’advient-il de l’autonomie et la sécurité alimentaires dans ce projet?

Les entreprises locales

La présence du marché public de Val-David cannibalise plusieurs entreprises locales et, malgré toute l’aide, les subventions et les services qu’on lui accorde, les achats au marché coûtent trop cher et ils sont par conséquent difficilement accessibles aux citoyens de Val-David. Il demeure que pour ceux-ci, les retombées liées au marché public ont des saveurs de malbouffe.

Si tout l’argent englouti dans le marché depuis plus de douze ans avait été placé dans le développement d’une véritable industrie agroalimentaire locale, notre sécurité alimentaire aurait été assurée depuis longtemps. Rien à voir avec les bacs de légumes répartis au cœur du village – qu’on nous fait passer comme étant un effort pour nourrir la population et qui servent trop souvent d’urinoirs pour des adolescents en quête de mauvais coups.

Toute activité municipale doit être soupesée en fonction de son apport bénéfique à la communauté : besoins des citoyens, coût, effets sur la taxation, encouragement à l’économie locale, création d’emplois, soutien aux organismes de charité, culture et autres.

Pour voir clair dans cette situation, il faut aussi prendre conscience de certaines réalités. Entre autres, l’institution qui a le plus fait pour répondre aux besoins alimentaires des gens d’ici et assurer notre sécurité alimentaire depuis plus de trois quarts de siècle, demeure le marché Métro – autrefois L. Dufresne et Fils. Pour suivre la logique de la mairesse, ne devrions-nous pas verser à cette entreprise clé de notre village une subvention égale à celle qui est généreusement offerte au Marché public par madame Poulin alors que ce dernier est en fonction environ 15 matinées par année?

Regardons les choses en face. Au fil des ans, le marché public de Val-David est devenu le Marché D’ICI (MD’I), dont le secteur d’activités sur sa fiche inscrite au Registre des entreprises stipule qu’il s’agit d’un MAGASIN DE FRUITS ET LÉGUMES. Il s’agit donc d’une entreprise œuvrant dans le domaine de l’alimentation au même titre que le marché Metro ainsi que les épiceries Bourassa, IGA, MAXI et autres. Est-il nécessaire de rappeler qu’une entreprise fait des affaires en vendant ses produits et non en vivant de la charité publique? Le MD’I tout OBNL qu’il soit, n’est pas une entreprise charitable : c’est un commerçant. Et un commerçant vit de ses ventes, ce que le MD’I fait fort bien d’ailleurs : pendant que, de la main droite, il vend des produits du marché par l’intermédiaire de ses producteurs, il reçoit de la main gauche, illégalement (voir plus bas), des subventions municipales et une aide financière déguisée sous la forme de structures semi-mobiles prêtées au MD’I que celle-ci loue à ses producteurs tout en empochant l’argent.

La question de fond demeure la suivante : quelle logique y a-t-il à payer une entreprise pour qu’elle vienne à Val-David vendre ses produits à nos concitoyens alors que plusieurs d’entre eux profitent déjà d’un autre marché, plus discret, qui opère sur le terrain de la mairie certains soirs de la semaine? Supposons un instant que nous acceptions la logique de payer le MD’I, les autres commerçants du village œuvrant dans le secteur alimentaire auraient-elles aussi le droit à de généreuses « subventions »?

Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH)

Le MAMH prétend à juste titre que ces activités sont illégales. En effet, le Commissaire à l’intégrité municipale et aux enquêtes du Québec a demandé à la Municipalité de Val-David de cesser d’accorder l’aide financière et les services fournis au MD’I. Il demande à la Municipalité «de revoir sa relation d’affaires avec l’OBNL afin de respecter les dispositions législatives auxquelles elle est assujettie.»

Face à cette adversité, Kathy Poulin s’apprête à monter aux barricades et, avec ses élucubrations, elle tente de nous faire avaler qu’il est un devoir pour la municipalité de supporter financièrement le marché pour assurer à notre communauté l’autonomie et la sécurité alimentaires. Elle en appelle ainsi à l’UPA, le MAPAQ, la Fédération des municipalités du Québec, le MAMH et autres pour faire valoir ses arguments soi-disant inébranlables. Pourquoi ameuter tout le Québec alors qu’il s’agit d’une affaire locale de mauvaise gestion? L’intervention du MAMH ne s’adresse qu’aux rares municipalités qui subventionnent leur marché comme c’est le cas à Val-David.

En effet, ailleurs au Québec, l’aide fournie par les municipalités aux producteurs se limite à des services comme le prêt d’un terrain pour la tenue de leur marché. À Morin-Heights, par exemple, le coût pour la municipalité est de 0 $. Val-David se distingue en offrant la subvention la plus généreuse. Coût pour la Municipalité de Val-David en 2020 : 23 300 $ en plus de services et de manques à gagner dont l’ensemble s’élève à environ 75 000 $ (mon estimation).

Qu’on justifie une aide financière et des services démesurés par un appel à la sécurité alimentaire et à l’autonomie alimentaire c’est prendre les citoyens pour des navets.

Pourquoi ai-je l’impression qu’on tente de me faire avaler une couleuvre en la faisant passer pour un chou? Bon appétit!

* Voir Assemblée du conseil de Val-David, 14 avril 2020 sur Facebook

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