Catherine Fournier, députée indépendante de Marie-Victorin

L’indépendance du Québec autrement!

Elle a 27 ans de l’énergie et de la passion à revendre. Deux ingrédients essentiels quand notre but est de transformer une province en pays. Deux des ingrédients que René Lévesque, Jacques Parizeau, Bernard Landry et tant d’autres cultivaient et tentaient de semer sur leur passage. Et pourtant, les Québécois ont voté NON!

Son ton décidé me fait clairement comprendre que ce n’est pas un problème.

C.F. C’est différent aujourd’hui. C’est une question de maturation. Avant la population n’était pas prête. Aujourd’hui, plusieurs jeunes me disent qu’ils sont prêts et je parie que les baby-boomers qui ont voté OUI en 95 voteraient encore OUI en majorité.

Elle parle, net, clair, franc et aussi trop vite. J’ai de la difficulté à suivre et je dois attraper au vol les mots qui percent à travers la friture produite par le micro dans lequel elle parle.

C.F. Désolée, je sais que je parle vite. Je vais ralentir.

Mais au bout de 30 secondes, la passion l’emporte sur la raison et mon oreille doit reprendre le pas de course. Heureusement que j’enregistre.

Elle raconte.

C.F. Alors que j’étudiais en sciences humaines au CÉGEP, en 2010, j’ai participé à un échange d’étudiants pendant 6 mois à Dallas au Texas. Mes camarades ne cessaient de me poser des questions sur le Canada. C’est là que j’ai eu ma première prise de conscience. Canadienne moi? J’ai découvert que mon appartenance était clairement au Québec. Revenue du Texas, j’ai commencé à m’informer sur la question de l’indépendance. Cependant, avant d’être certaine que je voulais défendre cette cause, je me suis informée à fond tant en faveur du OUI que du NON. Puis, j’ai eu plusieurs discussions avec des amis très engagés. Ma décision s’est prise tout naturellement.

Elle mettait les pieds sur la route de l’indépendance du Québec avec la certitude de la jeunesse. Mais n’est-ce pas exactement ce qu’il faut pour que les choses se produisent?

Elle obtient un baccalauréat en sciences économiques avec une mineure en science politique.

À 21 ans, elle débute sa carrière politique en devenant représentante section jeunes du Parti Québécois dans Marguerite d’Youville puis Verchères. Elle multiplie les implications militantes et est élue présidente du Mouvement des étudiants souverainistes de l’Université de Montréal.

C’est parti!

En 2015, elle se présente dans Montarville pour le Bloc québécois où elle finit bonne deuxième. Elle devient tout de même vice-présidente du Bloc pour un court moment.

L.A. Pourquoi avoir quitté le Bloc?

C.F. En fait, Pierre Karl Péladeau m’a offert un poste au cabinet du chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale du Québec, j’ai dû faire un choix.

En juin 2016, elle annonce sa candidature à l’investiture du PQ dans la circonscription de Marie-Victorin dont elle sort gagnante au terme d’une assemblée d’investiture chaudement disputée. Puis, le 5 décembre, elle est élue, s’inscrivant à 24 ans comme la plus jeune femme députée de l’histoire de l’Assemblée nationale du Québec.

On lui confie les rôles de porte-parole de l’opposition officielle en matière d’habitation et de protection des consommateurs, porte-parole du Parti Québécois en matière d’immigration et de diversité, de jeunesse, de condition féminine et responsable des relations avec la communauté.

En novembre 2017, elle publie le livre L’audace d’agir aux éditions Somme toute, un appel à l’engagement des milléniaux. Puis, elle visite près d’une quarantaine d’institutions collégiales et universitaires. De là son espoir d’une jeunesse militante en faveur du OUI.  

En octobre 2018, elle est réélue députée de Marie-Victorin. Seule candidate du Parti Québécois élue dans l’ensemble de la région du Grand Montréal, on lui demande de porter les chapeaux de porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de transports, d’économie, d’immigration et de diversité, d’institutions démocratiques, de condition féminine et responsable des relations avec les OUI-Québec 5,  les Organisations unies pour l’indépendance.

Jeune peut-être, mais expérimentée, intelligente, battante et fonceuse.

L.A. Votre jeune âge vous a aidé ou non?

C.F. En fait, oui. Mes collègues m’ont aidée. La seule fois où cela m’a nui, c’est au moment où j’ai quitté le P.Q. pour devenir indépendante. Il y a un journaliste qui m’a infantilisée en disant que je m’étais laissée influencer.

Le ton change. Elle est insultée et je comprends. Quand on est aussi engagée qu’elle dans la cause de l’indépendance, qu’on ne compte pas ses heures et que notre parti nous confie autant de responsabilités, pas besoin d’être Sherlock Holmes pour déduire qu’on n’est pas devant une petite fille influençable.

– Silence au bout de la ligne. Elle réfléchit et à mon grand plaisir, ralentit le débit.-

C.F. La souveraineté est la raison fondamentale de mon engagement politique.

L.A. Pourquoi avoir quitté le Parti québécois le 11 mars 2019?

C.F. Je ne crois plus que l’indépendance passe par les partis politiques. Je pense qu’il est possible de mobiliser les citoyens autrement.

L.A. Toutes générations confondues?

C.F. Les baby boomers ont été très engagés et on leur doit beaucoup. En organisant un grand dialogue intergénérationnel, tous ensemble nous pouvons faire l’indépendance. Les jeunes s’engagent différemment. Il faut leur donner des outils pour qu’ils développent leur conscience sociale. D’ailleurs, le gouvernement est en train de réfléchir à donner l’éducation à la citoyenneté dans les écoles. Je pense très sérieusement qu’il faut sortir des partis politiques pour contribuer à la mobilisation citoyenne.

Le 19 novembre dernier, elle a publié un deuxième livre, Le projet Ambition Québec : s’organiser pour l’indépendance, aux éditions Somme toute. Cette fois, elle propose « une feuille de route et quelques pistes de solutions pour que le mouvement souverainiste retrouve sa capacité de gagner. »

C.F. On a créé un OBNL appelé Le projet Ambition Québec. Après le COVID, nous annoncerons notre conseil d’administration et nous commencerons le recrutement de bénévoles et de mobilisation des citoyens. Il faut aussi que toute l’Assemblée nationale, tous partis confondus, regarde vers l’indépendance.

L.A. En terminant, quelle serait votre priorité pour le Québec aujourd’hui?

C.F. Que chaque Québécois puisse disposer des outils pour atteindre ses aspirations.

Elle ne le dit pas, mais je comprends que c’est pour elle une des voies pour atteindre l’indépendance.

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