C’est la catastrophe financière pour les cabanes à sucre…

Photo de couverture de la cabane à sucre Au chalet en Bois Rond, à Sainte-Christine-d’Auvergne, sur www.quebec-cite.com

Par: Isabelle Dubé pour La Presse

Les cabanes à sucre venaient à peine d’entrer dans la période la plus achalandée de leur courte saison quand la consigne sur les rassemblements de 250 personnes et plus est tombée. Conséquences : certaines cabanes enregistrent déjà des pertes de 80 % à 90 % de leur chiffre d’affaires, tandis que d’autres ont déjà fermé.

«C’est la catastrophe financière. On est tous sous le choc, raconte avec émotion au téléphone Stéphanie Laurin, copropriétaire du Chalet des érables, à Sainte-Anne-des-Plaines. Pour nous, ce n’est pas qu’un mois de fermeture, c’est l’équivalent d’une année pour une entreprise qui fonctionne 12 mois.»

La cabane à sucre située dans les Laurentides est l’une des plus grandes de la province. Elle peut accueillir près de 5000 clients par jour. Limiter la capacité maximale à 250 personnes, employés compris, entraînera de lourdes pertes. Or la copropriétaire de l’entreprise familiale est résignée, car elle veut participer à l’objectif collectif d’élimination de la pandémie.

«C’est sûr qu’une cabane à sucre, c’est un endroit propice à la propagation des virus : [on est] assis dans une salle à manger, tout collés… Pour l’instant, on va respecter les réservations, assure-t-elle. Mais les gens seront séparés par de grands espaces et personne ne va se toucher.»

Des pertes de 80 % À 90 %

«C’est comme la saison de ski : s’il pleut pendant deux mois, on ne peut pas la refaire en juin», illustre Michael Constantin, copropriétaire de la cabane à sucre familiale Constantin à Saint-Eustache.

Lors de notre appel, toute la famille était en gestion de crise avec les annulations, les remboursements et les 70 employés qui venaient d’entrer en poste. Michel Constantin estime avoir perdu 90 % de son chiffre d’affaires. L’entreprise, qui existe depuis 80 ans, affirme servir jusqu’à 1000 amateurs de produits de l’érable en même temps.

«Le gros de l’achalandage embarquait cette semaine. Les écoles ont toutes annulé, les annulations se comptent par milliers.»

— Michael Constantin, copropriétaire de la cabane à sucre familiale Constantin

Michael Constantin a tenté d’avoir des informations plus précises auprès du gouvernement pour gérer la crise, mais sans succès. «On reste à l’affût, dit-il. Si jamais on nous conseille de fermer la salle à manger et de garder seulement notre boutique du terroir, c’est ce qu’on va faire.»

Fermeture de la saison

La Goudrelle, à Mont-Saint-Grégoire, prévoit fermer ses portes dimanche. Le copropriétaire, Michel Gingras, affirme avoir perdu 80 % de son chiffre d’affaires. La deuxième érablière de la famille Gingras, La Grillade, située à Granby, est déjà fermée.

La Goudrelle accueillera des clients samedi, mais ne servira que 150 personnes sur les 3000 qu’elle reçoit habituellement à cette période de l’année.

«Ça ne pouvait pas plus mal tomber. En plus, c’est notre 50e anniversaire, cette année. On avait mis de la publicité partout.»

— Michel Gingras, copropriétaire de La Goudrelle

Michel Gingras, qui gère La Goudrelle avec son père et ses deux frères, se souvient que la pente avait été longue à remonter après la crise du verglas de 1998.

«Ça nous a pris des années à nous en remettre, parce qu’on a perdu 12 000 étables pendant trois ans, raconte-t-il. La seule chose de positive, actuellement, c’est qu’on fait beaucoup de sirop, mais ce n’est pas la même chose que la restauration.»

«Contrairement à d’autres types de restauration, c’est difficile de se reprendre pour les cabanes à sucre, soutient Martin Vézina, porte-parole de l’Association des restaurateurs du Québec. On va laisser passer la vague, mais après, il va y avoir une réflexion à savoir comment aider les exploitants en restauration qui ont subi de fortes baisses.»

En attendant de voir s’il pourra bénéficier d’une aide financière du gouvernement, Michel Gingras doit déterminer ce qu’il fera de toute la nourriture prévue pour les 3000 clients de cette fin de semaine. «On ne peut pas jeter cette nourriture-là. On va en donner à nos employés ou aller la porter dans des centres de bénévolat.»

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