Détruire la vie de son enfant

Regards sur l’aliénation parentale

Il y a de ces cris que l’on n’oublie jamais tant ils glacent le sang.

Sidéré, je regarde mon écran d’ordinateur. Il n’y a pas d’image. Le cri se poursuit sur un écran noir. Que du son! Malgré le fait que nous soyons habitués aux images déchirantes, émouvantes, dérangeantes, ici, rien. Pas d’image. C’est un cri froid, à trancher l’âme. Après un court instant, quelques mots apparaissent : « Enfant souffrant d’aliénation parentale qui refuse de voir son père ».

Ainsi débute le documentaire « Dictature affective », une œuvre-choc de la journaliste Karina Marceau d’une durée de 52 minutes et que tout parent devrait voir. On peut faire la location en ligne de ce vidéo à l’adresse notée au bas de cette page.

Du dénigrement répété envers l’ex-partenaire, aux fausses allégations de violence ou d’abus sexuels, certains parents usent de toutes sortes de stratagèmes pervers, bien souvent inconscients, pour s’attirer l’amour exclusif de leur progéniture. On pourrait ajouter : et qui, chemin faisant, brisent la vie de leur enfant.

Tous ces comportements sont révélateurs des troubles profonds qui brisent les familles aux prises avec l’aliénation parentale.

Un enfant blessé dans son intégrité ne cesse pas d’aimer ses parents, affirme Jesper Juul un thérapeute familial danois auteur de plusieurs livres sur l’éducation des enfants… Il cesse de s’aimer lui-même.

L’aliénation parentale, c’est quand un enfant divorce de l’un de ses parents. Mais ce divorce ne peut être indolore. Il laisse des traces. C’est ce qui ressort de l’entrevue « Témoignage de réconciliation », l’histoire de Mireille et Émilie trouvée sur le site Facebook de Carrefour aliénation parentale Québec. Voir plus bas*.

Conséquences de l’aliénation parentale sur les enfants

Témoignage de réconciliation, c’est une entrevue mère-fille qui se déroule en 2020 et qui porte sur des événements qui se sont déroulés il y a plus d’une dizaine d’années alors qu’Émilie était encore adolescente. Elles ont vécu une histoire de réconciliation troublante, mais aussi profondément inspirante. J’ai choisi quelques passages qui m’ont touché.

00:51 Émilie prend la parole. C’est la voix sanglotante d’une jeune adulte :

… Moi je trouve ça énormément difficile parce que je me sens coupable d’avoir coupé les liens avec ma mère. Je sais que je n’ai pas à me sentir coupable, parce que j’ai été victime de ça. [NdA l’aliénation parentale] La principale raison pour laquelle je voudrais témoigner de ça c’est pour que les enfants qui sont victimes de ça, l’entourage aussi… C’est important que tout le monde sache que ça existe…

C’est pour ça que je veux témoigner pour que les enfants victimes de ça ne se sentent pas coupables comme moi j’ai pu me sentir. Je me sens coupable même encore aujourd‘hui. Je pense que ça va rester un travail pour le restant de notre vie, sur nous-mêmes, mais plus on en discute, plus ça enlève ma culpabilité.

04:11 Elle poursuit :

C’est très flou dans ma tête. On dirait que mon cerveau a mis un rideau pour plus que je ne vois cela. Des fois, j’ai un petit flash-back. Je ne me souviens pas comment ça a commencé. C’était toujours des petites paroles. Ta mère est comme-ci; … elle est folle; regarde ta mère fait ça… Il plantait des petites graines dans ma tête et puis ça a fini par germer. En y repensant, c’étaient des affaires farfelues, mais toutes à la suite de l’autre, quand tu es fragile dans une situation difficile, veux ou veux pas, même si tu le crois pas vraiment, ça joue dans la tête et ça finit par… Ce qui revenait souvent c’est que ma mère était folle, elle était méchante.

07:18

Dans ma tête, comment je me sentais, c’était de réapprendre à découvrir ma mère! Qui est ma mère? (sanglots)

 J’ai refoulé ça. Ça s’est exprimé par des colères… Ça s’est exprimé de toutes sortes de façons. C’est encore difficile. Des fois, quand on en parle, je me sens encore coupable.

07:53 Émilie prend conscience des conséquences que l’aliénation parentale a eu sur sa vie.

Tout ça, ça a changé ma personnalité. Je n’étais plus la même. C’est plus tard que je m’en suis rendu compte… c’est avec mon regard d’aujourd’hui je me dis ça n’a juste pas de bon sens que tu aies cru à tout ça et que tu n’aies rien vu pendant que ça se passait. C’est aussi le fait que j’ai eu un enfant…

09:12 Émilie fait un constat déchirant.

Très peu de confiance en moi… Je me suis fait piétiner à outrance. C’est comme si je ne valais pas grand-chose. Beaucoup de misère avec le conflit. J’ai tendance à m’évader quand je faisais face à une situation de conflit, je cherchais plus à blesser l’autre.

09:49 À son tour, Mireille prend la parole :

Je voyais ma fille qui était blessée par ce qu’il [NdA : le père] lui disait qu’elle était en crise d’adolescence, qu’elle était trop sensible… Moi je ne voyais pas pantoute une enfant en crise d’adolescence. Je voyais une enfant blessée. Je voyais qu’il n’y avait personne qui comblait ses besoins affectifs. Personne qui la tenait dans ses bras. Moi, c’est ça que je voyais. Une enfant qui avait de la peine. Puis je comprenais après tout le temps qu’il lui a dit des méchancetés sur moi. Je comprenais que ça n’était pas évident d’arriver comme ça, d’être décontractée. Je la sentais sur ses gardes. Quand on a parlé, j’ai compris… elle me l’a dit, elle l’a verbalisé, toute la culpabilité qu’elle avait. On a beaucoup pleuré… parce que je me sentais coupable aussi.

J’ai été profondément ému de constater l’ampleur des drames familiaux et les excès auxquels les enfants sont poussés. Dans un cas, deux enfants témoignent de leur mère : Elle nous incitait mon frère et moi à le voler [le père], le calomnier, à l’envoyer chier (désolé du terme) à enfreindre toutes règles!  Elle nous a même incités à déclarer un kidnapping et on s’est rendus à la police… elle nous disait de mentir devant les professionnels (psy) et elle nous disait quoi dessiner et comment le dessiner… Femme d’une rare méchanceté et qui en prenait plaisir!

Dans un autre cas, une jeune fille annonce, à propos de sa mère, que pendant un été complet… j’ai coupé les ponts avec elle, sauf pour la harceler de messages haineux soufflés par Papa. J’étais devenue étrangère à moi-même. 

La Chaire de partenariat en prévention de la maltraitance de l’Université Laval a mis en place une trousse de soutien à l’évaluation du risque d’aliénation parentale*. Cette trousse s’inscrit dans une perspective préventive. Il ne s’agit pas d’un outil diagnostique. Elle vise à guider l’évaluation d’une situation familiale, afin de l’aider à reconnaître le risque plus ou moins grand d’aliénation parentale, et à y porter attention.

La trousse est composée de quatre outils. Je vous invite à consulter l’Inventaire d’indicateurs d’aliénation parentale* qui aide à rassembler les observations liées aux comportements aliénants des parents, de même que les réactions comportementales des enfants. Il s’agit d’une liste à cocher de comportements typiquement observés dans les familles où les fragilités risquent de mener à l’aliénation parentale.

Nous devons être vigilants. L’aliénation parentale touche des milliers d’enfants au Québec.

* Documentaire Dictature affective : Regardez Dictature affective en ligne | Vimeo On Demand sur Vimeo 

*Clinique psychologie Québec : Qu’est-ce que l’aliénation parentale et comment agir? | Clinique de Psychologie Québec (cliniquepsychologiequebec.com)

* Carrefour aliénation parentale Québec : Accueil | Carrefour Aliénation Parentale Québec (alienationparentale.ca)

* Témoignage de réconciliation : https://vimeo.com/493386400

* Trousse de soutien à l’évaluation du risque d’aliénation parentale : Trousse de soutien à l’évaluation du risque d’aliénation parentale | Chaire de partenariat en prévention de la maltraitance (ulaval.ca)

* Inventaire d’indicateurs d’aliénation parentale : Véronique Lachance et Marie-Hélène Gagné; Inventaire Indicateurs – Trousse Aliénation parentale (ulaval.ca)

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