Dorimène Desjardins, cofondatrice des Caisses populaires

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Celle qui dirigeait une Caisse populaire sans avoir le droit d’y ouvrir un compte

Marie-Clara Dorimène Roy-Desjardins naît le 17 septembre 1858 à Sorel. Fille de Joseph Roy-Desjardins, capitaine de bateau à vapeur, et de Rosalie Mailhot, Dorimène est la cinquième enfant d’une famille de onze. Ses parents, illettrés et ayant de la difficulté à joindre les deux bouts, confient Dorimène à sa tante Louise-Clarisse Mailhot et son époux, Jean-Baptiste Thériault vivant à Lévis. Dorimène a deux ans.

Ils élèvent la petite Dorimène comme leur propre fille et lui offrent éducation, instruction et aisance matérielle. À sept ans elle entre au couvent Notre-Dame-de-Toutes-Grâces dirigé par les Sœurs de la Charité. Elle en ressortira à seize ans après y avoir appris à devenir une bonne épouse, à dire des prières et à effectuer des travaux d’aiguille. Elle y apprend également à lire, à écrire, à compter, à gérer l’économie domestique et à tenir les comptes. Son avenir se dessine.

Dorimène et trois de ses fille. Photo collection Claude Laporte, SHAD

Rencontre d’Alphonse Desjardins

À Lévis, tout juste sortie du couvent, Dorimène croise Alphonse Desjardins, journaliste au Canadien – un quotidien conservateur de la ville de Québec. Bien qu’ils aient le même nom de famille, ils ne possèdent pas de lien de parenté étroit. Ils se marient le 2 septembre 1879 à Sorel, où habitent les parents de Dorimène. Afin, d’assurer les revenus familiaux, Alphonse devient éditeur des Débats de la législature de la province de Québec.

Dorimène et Alphonse Desjardins vivent à Lévis où Dorimène met au monde 4 filles et 6 garçons, entre 1880 et 1902. Trois enfants mourront en bas âge.

Dorimène gère si bien les finances de cette famille nombreuse qu’Alphonse la surnomme sa « ministre des Finances ». Mais les temps sont durs. En 1889, Honoré Mercier, alors premier ministre du Québec, cesse de subventionner les Débats. La famille Desjardins entre dans une période d’incertitude financière qui durera plusieurs années. En avril 1892, Alphonse trouve un emploi de sténographe à la Chambre des communes à Ottawa. Dorimène doit alors assumer seule, six mois par année, le bon fonctionnement du foyer qui compte à ce moment sept enfants.

Fondation de la première caisse d’épargne du Québec : les débuts du mouvement

Entre-temps, Alphonse assiste à un débat à la Chambre des communes portant sur les prêts usuriers. Il réalise que cette organisation du crédit condamne les petits emprunteurs à se tourner vers des prêteurs pratiquant l’usure et que jamais le petit emprunteur ne pourra se payer une maison. Il cherche pendant trois ans une solution pour contrer ce problème et étudie diverses approches quand il se penche sur le crédit populaire en Europe, un modèle de crédit coopératif qui permet au peuple de s’enrichir. Il a enfin trouvé ce qu’il cherchait.

Le 6 décembre 1900, Dorimène et Alphonse Desjardins fondent ensemble la première Caisse populaire en Amérique du Nord, à Lévis. L’établissement ouvre ses portes le 23 janvier 1901. Le Mouvement Desjardins, qui deviendra le plus grand groupe financier coopératif de langue française en Amérique du Nord vient de naître.

Dorimène fait partie des 132 signataires du « Pacte social » et, selon leur fille Adrienne qui était témoin des réunions qui se tenaient au domicile des Desjardins, Dorimène aurait participé informellement à l’élaboration des statuts et des règlements du mouvement.

Toutefois, Alphonse doit retourner à son emploi dans la capitale fédérale. Dorimène prend la relève et qui devient officieusement gérante de la Caisse populaire de Lévis en plus de s’occuper de ses dix enfants. Véritable force de la nature, il lui arrive parfois de se laisser emporter par son enthousiasme, au point d’en oublier les convenances. En effet, elle conclut une lettre comme suit : « (…) Vos états [financiers] sont magnifiques et je suis vraiment heureuse que vous ajoutiez dans votre lettre que votre caisse atteint le but que s’était proposé son fondateur ». Puis elle signe : « Alphonse Desjardins ».

Quand Alphonse revient en 1906, la Caisse se porte bien. Dorimène poursuit son travail dans le mouvement coopératif et joue un rôle de premier plan dans la fondation de plus de 140 succursales au Québec, en Ontario et aux États-Unis.

En 1915, Alphonse affaibli par une maladie, confie à Dorimène la suite des choses. Malgré ses charges familiales, elle s’acharne à la tâche et contribue aux travaux d’un comité spécial chargé d’étudier la question de la fédération.

La fédération des Caisses populaires Desjardins

À la mort d’Alphonse en 1920, Dorimène devient la gardienne de la mémoire des Caisses et conserve une forme d’autorité morale sur le mouvement. Tout au long des années vingt, elle joue un rôle de premier plan dans la fondation de l’Union régionale des caisses populaires Desjardins du district de Québec. En 1923, elle est nommée vice-patronne du conseil et en devient membre honoraire. Son rôle, toujours discret jusque-là, émerge enfin au grand jour.

Lors de son décès le 14 juin 1932, les Caisses populaires organisent d’importantes funérailles à Lévis. Un article de L’Action catholique mentionne « Sans elle, reconnaissons-le, les Caisses populaires Desjardins n’existeraient probablement pas ».

La présidente de l’organisme non gouvernemental, Pauline Green dit : « Dorimène a agi comme une directrice générale, sans avoir le titre. Sans salaire. Simplement pour créer un monde meilleur ». Elle laisse en héritage ce qu’il y a de plus précieux pour un peuple : la fierté. Cette femme immense comme le Québec, a donné à son peuple les moyens de se tailler un avenir prospère.

Mais le plus inusité dans toute cette histoire, est que Dorimène Desjardins a cofondé les Caisses populaires Desjardins, à une époque où les femmes n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte bancaire à leur nom sans la permission de leur mari.

Sources : 

Société historique Alphonse-Desjardins, juin 2012.

Wikipédia

L’encyclopédie canadienne

Parcs Canada, Annuaire des désignations patrimoniales fédérales

Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

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