Les femmes et le syndicalisme

ÉDITORIAL

Ayant œuvré pendant plus de 20 ans dans le milieu syndical, j’ai pu constater les efforts constants que doivent faire les femmes pour assurer leurs conditions de travail. J’ai beaucoup de respect pour celles qui, encore aujourd’hui, doivent fournir plus d’efforts que les hommes pour arriver à remplir leurs fonctions. Je saisis avec plaisir cette occasion de rendre hommage à celles qui œuvrent dans le milieu syndical. Je rends aussi hommage aux jeunes femmes qui y débutent et qui m’ont souvent étonné par leurs réalisations tout au long de mes dernières années dans ce milieu.

Les femmes dans le monde du syndicalisme

Léa Roback, vers 1920, syndicaliste, libraire.

L’arrivée des femmes dans les bureaux de travail, dans les usines et dans le monde syndical date de la dernière guerre mondiale alors que les hommes étaient pour la plupart requis par le service militaire. Puis, au cours des années 50 et 60, elles ont fait une entrée massive sur le marché du travail au sein de la fonction publique et parapublique. Au début, on les trouvait surtout dans des postes d’ouvrières dans les usines d’armement et de textiles. En 1949, elles représentaient 7 % des syndiqués et aujourd’hui elles sont majoritaires.

Leur arrivée était souvent perçue comme une menace tant par les travailleurs que les syndicats. Toutefois, on s’est vite rendu compte que la menace n’était pas fondée et qu’il y avait de la place pour tous dans le monde du travail. Mais les femmes ont pris beaucoup de temps à s’impliquer dans le milieu syndical, car elles devaient, après leur journée de travail, retourner à la maison pour s’occuper de la famille. Il ne restait donc plus de temps pour occuper des fonctions syndicales. Peu à peu, avec les mouvements de libération des femmes et l’évolution tant dans la société que dans le monde du travail, les femmes ont commencé à y occuper certaines fonctions, bien que majoritaires dans leur milieu de travail, elles ont longtemps été représentées par des hommes.

Madeleine Parent
Photo: Source: Aziz George Nakash / Fondation Léa-Roback

Petit à petit, les femmes ont fait leur place et elles ont occupé des postes syndicaux. Elles pouvaient désormais parler en leur nom propre et défendre elles-mêmes leurs dossiers au sein des syndicats. Puis, en étant présentes aux différentes tables de négociations, elles ont pu faire leurs revendications directement auprès des employeurs.

Avec le temps, des personnalités marquantes ont émergé pour mener le monde syndical vers de nouveaux sommets. Avec Madeleine Parent, le Québec et le monde syndical canadien ont eu la chance de voir apparaître une dame hors du commun qui, tout au long de ses trois quarts de siècle comme féministe et militante, n’a jamais capitulé. Née à Montréal dans une famille aisée, elle étudie à l’Université McGill où elle obtiendra un diplôme en 1940. À l’université, elle s’implique déjà au sein du « Student Christian Movement ». Elle s’implique pour le droit de vote des femmes, milite dans l’union des ouvrières à partir de 1942 et participe à l’organisation des ouvriers de la Dominion textile. Elle sera de tous les combats syndicaux au point d’être accusée de dangereuse communiste par le gouvernement Duplessis et être obligée de s’exiler en Ontario. En 1950, elle participe à la création de la confédération des syndicats canadiens. Elle revient au Québec en 1978 où elle milite à nouveau au comité d’action pour le statut de la femme. Finalement, elle prend sa retraite à l’âge de 65 ans, mais elle continuera à militer pour les immigrants, les Autochtones et les femmes. Elle s’impliquera dans la défense des droits des femmes jusqu’à sa mort à l’âge de 93 ans. Elle demeurera la grande dame du mouvement syndical et un exemple tant pour les Québécois que pour tous les Canadiens.

Claudette Carbonneau syndicaliste

Aujourd’hui encore, il n’est pas facile pour une femme de s’impliquer dans le mouvement syndical. La monoparentalité, le travail à des postes atypiques et le peu d’ancienneté ne sont que quelques facteurs qui limitent leur implication. Même si elles sont en couple et malgré les congés parentaux, elles ont souvent la responsabilité de la vie familiale (devoirs scolaires, repas, entretien ménager et autres), ce qui laisse peu de place à leur implication dans le milieu syndical. De plus, les postes syndicaux sont des postes exigeants qui demandent beaucoup de temps et qui obligent à faire de longues journées de travail même les fins de semaine, pour assurer la représentation des travailleurs et travailleuses.

Encore aujourd’hui il reste beaucoup à faire dans la défense des droits des femmes et leurs conditions de travail : équité entre les hommes et les femmes, assurer la place des travailleuses et leur représentation tant au sein des organisations syndicales qu’auprès des employeurs. Enfin, une nouvelle génération de femmes et d’hommes a fait son apparition au cours des dernières années. Leur implication dans le mouvement syndical me donne espoir qu’ils feront bouger les choses afin d’apporter les améliorations nécessaires pour les droits des travailleuses et leurs conditions de travail.

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