EN DESCENDANT D’UN NUAGE

LA SAGA D’UNE ÉCOLE PROMISE

Avant la première pelletée de terre, selon mon estimé, la Municipalité devra verser plus de 10 000 000 $ pour la poursuite, les frais légaux et l’achat des terrains de madame Beaudry, et avoir ainsi le droit de donner ces mêmes terrains à l’organisme gouvernemental qui procédera aux travaux. Au total, j’estime que le coût direct assumé par les contribuables pour construire l’école sur le terrain de La Sapinière dépasserait les 20 000 000 $ (voir le tableau 2 en annexe).

Il arrive que lorsqu’on met les choses en contexte, elles prennent une tout autre tournure, un autre sens, une autre direction. La règle veut que la municipalité qui désire faire construire une école sur son territoire doive céder au Ministère de l’Éducation le terrain sur lequel elle sera bâtie. Ici, à Val-David, l’annonce de la construction d’une nouvelle école primaire a déclenché un branle-bas de combat. En effet, le terrain visé pour son emplacement était celui de la colline municipale où se trouve la mairie. La mairesse a accepté de donner le site de la mairie à la commission scolaire incluant les bâtiments qui s’y trouvent pour y construire une nouvelle école prétextant que la mairie est désuète et qu’il en faut une nouvelle. Au village, c’est la fête. Les élèves de 6e année pourront aller lire des histoires aux élèves de 1re année et on fustige ceux qui ne voient pas la chance que nous avons. Rappelez-vous !

Mais, comme tout a un prix, les chiffres racontent une autre histoire, celle qu’on ne veut pas entendre. La mairesse n’a pas osé révéler les coûts véritables d’une pareille entreprise. De plus, la consultation publique s’étant métamorphosée en jeu de société, cela donnait l’impression de dévoiler toutes les informations pertinentes, mais sans rien révéler. Il m’a donc fallu estimer le coût direct qu’auraient dû payer les contribuables pour la relocalisation de la mairie : le total s’élevait à environ 4 500 000 $ (voir le tableau 1).

En tant que contribuable, j’ai vu mon compte de taxes s’élever de 15 % au cours des deux dernières années et je suis demeuré frileux à l’idée de me voir taxé davantage.

Dans ce projet, nous perdions :

  • un terrain de 15 500 mètres carrés sur lequel se trouve un bâtiment, le tout évalué à environ 500 000 $;
  • un bâtiment d’une grande valeur historique pour notre communauté de même que le parc Ceyreste ;
  • et nous nous endettions d’environ 4,5 millions de dollars.

Puis, en janvier dernier, le projet de construction sur la colline municipale était soudainement déplacé vers les terrains de La Sapinière qu’on plaçait sous « réserve ». La mairesse nous demande ainsi de sauter de nuage en nuage pour en atteindre un autre, plus grand, plus moelleux, plus douillet, mais plus nébuleux. Les coûts sont à la mesure de ses ambitions : il faudra d’abord régler une poursuite de 5,4 millions de dollars, payer d’importants frais légaux puis, procéder à l’achat des terrains. Pour devenir propriétaire, j’estime que la Municipalité, dans ce nouveau projet, devra débourser plus de 10 000 000 $. J’ai appliqué à ce nouveau projet le même exercice qu’au précédent pour avoir une idée de ce qui nous attend. Les chiffres nous apprennent que le coût direct assumé par les contribuables, poursuite incluse, dépasserait les 20 000 000 $ (voir le tableau 2).

Dans ce projet, nous trahissons :

  • Madame Beaudry, propriétaire de La Sapinière et femme d’affaires qui a fait un travail exemplaire auprès des autorités municipales de Val-David depuis plusieurs années, qui a été louangée par notre mairesse, qui perd des millions de dollars dans cette décision improvisée et qui continue malgré tout de payer annuellement 24 000 $ de taxes municipales;
  • La réputation de la propriétaire que l’on traite de mauvaise citoyenne parce qu’elle refuse désormais l’accès aux sentiers et aux parois d’escalade qui se trouvent sur ses terrains en bordure du parc;
  • La communauté qui perd un projet de 16 millions de dollars générant 70 emplois et des retombées importantes, qui aurait payé des taxes municipales avoisinant les 225 000 par année, et assuré la préservation de l’édifice de La Sapinière;
  • Les contribuables qui devront débourser plus de 10 000 000 $ pour devenir propriétaire des terrains et avoir ainsi le droit de donner ces mêmes terrains à l’organisme provincial qui procédera aux travaux.
Qu’est-ce que cette mégalomanie? Tout ça parce la mairesse ne veut pas accepter le fait que nous sommes une municipalité fortement endettée et que nous n’avons pas les moyens de ses rêves?

Il faut être un humoriste de talent pour faire de bonnes improvisations et celle-ci me ferait rire si elle n’était pas si pathétique. On crée des attentes, on fait miroiter tout un firmament à la population pour se rendre compte qu’on pellette des nuages qui ne créeront que des tempêtes. Ça n’est pas correct d’agir ainsi, de faire rêver les gens, de leur donner de faux espoirs et d’embarquer toute la communauté dans une poursuite insensée.

Plus je réfléchis, plus le terrain du mont Sinaï m’apparaît comme la meilleure solution pour construire l’école. Si les enfants en provenance des municipalités environnantes viennent à l’école de Val-David par autobus, pourquoi les enfants de Val-David ne devraient-ils pas voyager par autobus scolaire pour se rendre à leur nouvelle école? À la croisée du deuxième rang et du chemin Brunet se trouve le site parfait pour une école primaire avec tous les avantages que cela comporte, sans l’effet pervers sur notre compte de taxes.

Il y a des limites à vouloir taxer les contribuables.

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