En passant par Mansonville

En lisant le témoignage, sur le marché Jean-Talon, de Francine Laplante paru dans LA Presse+ ce matin, il m’est apparu clairement qu’un marché public doit d’abord s’adresser à la population et permettre aux producteurs locaux de vendre leurs produits aux gens de la place. Quand il devient un attrait touristique et que les produits sont hors de prix, il ne devient qu’un centre commercial en plein air, un genre de foire ou de trappe à touristes qui trahit la vraie nature d’un marché public et en usurpe le nom uniquement pour faire de l’argent. 

En principe, un marché public offre des étals à des producteurs locaux qui leur permettent de vendre des produits frais, variés et sans intermédiaires aux gens de la place. 

Cet été, mon mari et moi sommes passés par Mansonville dans les Cantons de l’Est. C’est un charmant village qui a lui aussi son petit marché en face de l’église. Quelques étals, où les cultivateurs offrent des fruits et légumes de leurs jardins. On y trouve également de la viande, des oeufs de poules élevées en liberté, du pain, des tartes, de la confiture maison, du fromage et quelques autres produits qui sont suffisants pour remplir notre frigo pour la semaine. Le tout à des prix raisonnables dans une ambiance conviviale avec musicien et des tables de pique-nique. Les gens de la place viennent y faire leur marché le samedi matin et en profitent pour se donner les nouvelles. C’est beau et c’est sans prétention. Je suis intriguée par le fait qu’il n’y a pas beaucoup de monde. Une dame derrière un étal me renseigne. 

« Les gens ne s’attardent pas. Ils viennent acheter leurs victuailles et retournent chez eux.» 

En continuant mes courses, je m’informe auprès d’un jeune fermier qui semble très allumé, de la façon dont fonctionne leur marché. Quand il apprend que je viens de Val-David, il s’exclame. Paraît que vous avez un beau marché! 

Je souris et questionne. J’apprends que les producteurs louent les étals de bois au prix de 5$ pour la journée, si on vient tous les samedis avec assiduité, et 10$ si le producteur vient une fois de temps en temps. 

– Je demande: comment ça se peut que ce soit si peu cher? 

Le jeune fermier me répond: « bien, on est un OBNL! On n’est pas là pour égorger les gens! 

Ce n’est pas cher aussi parce que la municipalité a demandé une petite subvention au gouvernement pour la construction des étals.» 

Quand je lui dis qu’à Val-David, un étal coûte en moyenne 80$ pour cinq heures et que le marché est aussi un OBNL, il écarquille les yeux. 

« Ils n’ont pas eu de subventions pour leurs étals? » 

– Oui, l’OBNL en a acheté une quarantaine et la municipalité en a acheté aussi environ 40 qu’elle prête à l’OBNL. 

« Ben pourquoi ça coûte si cher aux producteurs d’abord? » 

-Parce que la direction générale de l’OBNL loue aux producteurs 80$ environ les étals que la municipalité leur prête. 

Han? La municipalité prête les étals et l’OBNL les loue aux producteurs? 

– T’as bien compris. 

« Les produits doivent coûter une fortune? » 

Il n’en revient pas. 

« Mais pourquoi ils font ça? » 

– Pour payer les salaires de la direction, je présume, parce que presque tout le reste est payé par la municipalité. 

« Qu’est-ce que tu veux dire ?» 

– La municipalité paie les panneaux publicitaires, l’eau, l’électricité, les gens qui dirigent la circulation, le montage et le démontage des kiosques. Avec la subvention qu’on leur paye d’environ 20 000$ par année et tous les coûts que je viens de t’énumérer, ça nous coûte environ 150 000$ » 

« Juste pour l’été? » 

– C’est plus compliqué que ça. Ça comprend les marchés d’hiver une couple de fois par année. 

J’entends la calculette sonner dans son cerveau. 

Il me regarde éberlué. 

« Pis personne ne dit rien? » 

Qu’est-ce que je peux répondre? 

Je lui paie mes deux bouquets d’ail à 5$ chacun et je m’en vais. Mais sur chemin du retour, les choses tournent dans ma tête. Je suis comme ça j’analyse, les situations. 

Je sais à quel point certaines personnes à Val-David tiennent au marché du samedi parce que c’est souvent la seule sortie qu’ils ont de la semaine. La seule occasion de briser la solitude ou de s’amuser dans un endroit festif. Je n’ai rien contre cela, bien au contraire. 

Mais, là où cela me titille, c’est qu’il ne s’agit pas d’un marché au sens propre du terme à Val-David, mais d’une foire commerciale subventionnée à grands frais. En fait, nous payons cet OBNL pour que les marchands viennent nous vendre leurs produits à grands frais. 

Est-ce que l’on subventionne le marché Métro à grands frais pour qu’il vienne vendre à Val-David? Où encore Rock&Ride ou Chaudron ou le Magasin Général? 

Alors pourquoi le marché public ? 

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