Éric Deschamps, le petit prince est revenu!

Photographe animalier et homme d’exception 

Je l’ai rencontré l’été dernier à l’Auberge de montagne des Chic-Chocs. Il nous ramenait à Sainte-Anne-des-Monts depuis l’auberge, un parcours d’environ 90 minutes. Je savais qu’il était l’auteur des photos d’animaux sauvages qui défilaient sur un écran lumineux à l’auberge et comme tout le monde j’avais été happée par la beauté des images. Je me sentais proche des animaux, comme si dans leurs yeux, je pouvais décoder ce qu’ils tentaient de nous dire. Comme si ces animaux vivants dans une nature sauvage étaient apprivoisés. 

J’ai profité de ce court trajet pour faire connaissance. Nul doute que j’étais devant un être d’exception. Éric n’était pas avare de confidences, ni à ce moment ni quand je lui ai fait une entrevue téléphonique pour compléter l’information.  

Voici son histoire et quelques photos. Éric a donné au ZigZag la permission de les publier sans hésitation. 

LE COURAGE DE CHANGER 

À 25 ans, il est reçu comptable à l’Université du Québec à Montréal. À peine le temps d’exercer son métier, qu’il commence un deuxième baccalauréat, cette fois en actuariat! Contre toute attente, au bout d’un an et demi, il arrête tout au grand désappointement de sa famille, de ses amis et de ses professeurs. Tous sont désorientés par cette décision qui au premier regard semble prise à la légère. On le questionne de toutes parts. Mais que répondre? Éric sait qu’il quitte une vie qui ne lui convient plus, mais sans avoir la moindre idée de sa destination. 

Il me confie : 

E.D. J’avais pris la décision de quitter quelque chose, pas d’aller chercher autre chose. Je voulais briser ce moule dans lequel je m’étais placé, c’est-à-dire suivre les traces de ma famille en allant dans le domaine des affaires. J’avais beaucoup de difficultés à gérer cette pression d’être toujours le meilleur. D’ailleurs, je lisais dernièrement qu’un jeune sur trois est aux prises avec un problème de dépression, d’angoisse ou d’anxiété.  

Il soupire. 

Je pense que je me suis sorti de ça au bon moment : je vivais une écœurantite majeure de vivre une vie qui ne me ressemblait pas. 

Il raconte avec un sourire dans la voix. 

E.D. Tu vois, le bac en actuariat nous encourage à regarder le futur et d’évaluer les chances que telle ou telle chose arrive. Je regardais donc beaucoup par en avant pour tenter de prédire l’avenir financier quand, petit à petit, ces réflexions m’ont amené à positionner ma vie par en avant. Mais où je m’en vais? Il y a eu un effet domino. L’actuariat m’a amené à me poser des questions sur ma vie, questions qui sont devenues réflexions et qui finalement ont débouché sur le plus grand changement de mon existence.  

 Automne 2015, il quitte l’université et en juin 2016 il déménage à Cap-Chat. Il n’abandonnait pas ses études par paresse, il avait prouvé depuis longtemps qu’il était un travailleur acharné. Il quittait un mode de vie qui ne lui convenait plus.  

Il quittait son étoile pour découvrir d’autres planètes. 

E.D. Mais si ma mère était heureuse parce qu’elle savait que je doutais de ma carrière en actuariat, il a fallu un an et demi à mon père avant qu’il l’accepte.  

Il ajoute avec un sourire dans la voix et presque en aparté 

Mais maintenant, ça fait 6 mois qu’ils ont acheté un chalet à 15 minutes de chez nous et je suis persuadé qu’ils vont prendre leur retraite ici. La famille, c’est très important pour moi. 

L.A. Pourquoi la Gaspésie?  

E.D. Je ne savais pas où aller. Je connaissais un peu la haute Gaspésie, parce que mon grand-frère y habitait depuis 9 ans.  

Mais quand Éric s’y rendait, il ne voyait rien d’autre que la route, la tête complètement absorbée dans ses études. En 2016, il se sent prêt à découvrir ce coin de pays et plonge dans l’aventure qui en Gaspésie rime avec nature.  

E.D. Je ne savais même pas ce que c’était une randonnée. Je n’avais même jamais monté le mont Saint-Hilaire. 

Il arrive en Gaspésie sans emploi et il n’en veut pas. En bon comptable, il a mis de l’argent de côté et peut faire un bout sans travailler. Il part à la découverte des montagnes et découvre que chaque pas le ramène à lui-même.  

L.A. Et la photographie? 

E.D. Je pense que j’ai eu envie de montrer à ma famille et mes amis, des images de ce que je voyais. Je voulais leur montrer comment c’était beau ici. J’ai acheté une caméra à 500 $ chez Best Buy. Au début je prenais des photos de n’importe quoi. Mais quand j’ai mis les pieds dans les montagnes, ç’a été un coup de foudre majeur. C’était doux, apaisant et riche.  

Il prend une pause, puis avec une lumière dans la voix il poursuit. 

E.D. En octobre je fais mes premières rencontres avec les orignaux et je tombe en amour avec eux. Je ne suis pas tombé en amour avec un paysage figé dans le temps, mais avec la vie sauvage, la faune que je n’avais jamais, jamais pris le temps de regarder.  

Je l’entends écouter son cœur pendant de longues minutes. 

E.D. Ça fait bientôt 4 ans et je commence à peine à être prêt à en parler.  

Après quelques mois, Éric doit trouver une source de revenus. Il est embauché à l’Auberge de montagne des Chic-Chocs comme responsable de la logistique. Il amène les gens à l’Auberge à partir de Sainte-Anne-des-Monts. Quand il voit les gens faire 10 heures de route pour aller à l’Auberge, il réalise la chance qu’il a d’y habiter. 

LA PHOTO  

Il ne connaît pas grand-chose à la technique de la photo. C’est un autodidacte. Il apprend sur Internet.  

E.D. Moi ce qui m’intéresse c’est capter l’émotion. La caméra c’est l’outil que j’utilise pour le faire. Je m’approche des animaux. 

L.A. Tous? 

E.D. Oui. Je regarde l’animal, je l’étudie, je l’analyse, je comprends ses routines. Je me positionne pour faire en sorte que l’animal s’approche à une bonne distance. Par exemple, un pluvier semi-palmé s’est approché de moi une fois. Il ne pèse que quelques dizaines de grammes, c’est gros comme un poing d’enfant. J’étais ébahi. Tellement heureux. 

Éric poursuit. 

E.D. Je suis témoin de moments uniques de la nature sans être un acteur. J’essaie de créer les meilleures conditions pour observer sans avoir d’impacts sur le comportement des animaux sauvages. C’est quelque chose de difficile à faire. Si je prends la photo et qu’à cause de moi des centaines d’oies blanches prennent leur envol, j’ai manqué mon coup. Mon approche est plus longue et demande de la patience, mais c’est un partage complètement pur. J’ai beaucoup de respect pour la faune. Pour moi,il y a la période avant la photo, il y a le pendant, puis, l’après. C’est quand je suis rendu à l’après que je sais que j’ai eu un contact pur et sain avec la faune ou un contact raté.  

Je comprends alors que l’appareil photo n’est pas l’outil le plus important d’Éric. Alors que tout se déroule à vitesse grand V, c’est la patience qui fait toute la différence, qui fait son succès. 

LA PHOTO DE LA CHOUETTE RAYÉE  

L’histoire commence au moment où il se tenait à l’affût dans une héronnière pour prendre en photo une femelle nourrissant ses petits. 

La chouette rayée par Éric Deschamps

E.D. L’an dernier, pendant que j’observais le va-et-vient des hérons tout en me faisant bouffer par les moustiques, j’entends le chant d’une chouette rayée et je ne peux évidemment pas m’occuper d’elle. 

Je décide donc de revenir l’année suivante aux mêmes dates à la fin mai pour trouver ma chouette rayée. Je sais qu’elle est très fidèle à son site de nidification et que normalement elle devrait se trouver sur le même territoire.  

Je me promenais donc en regardant et surtout en écoutant quand soudain, je l’entends. Elle doit être à environ 800 mètres de moi. Je me dirige vers elle, mais trop tard, la nuit tombe. J’approche mon véhicule, et je m’installe pour la nuit, les fenêtres ouvertes au cas où je l’entendrais. Comme de fait, à minuit et demi elle me réveille. Je l’entends très clairement. Je sors et, comme la lune éclaire de tous ses feux, je l’aperçois juchée sur la cime d’une épinette à contre-jour. Elle est revenue, elle est bien là! C’est un moment de bonheur. Je me rendors doucement pour me réveiller à l’heure bleue. Encore dans un demi-sommeil, je tends l’oreille. Rien. C’est le silence.  

Je pars à sa recherche jusqu’à la tombée de la nuit. Rien. Je décide de rester quand même. Je sais qu’elle est là. La nuit suivante, même stratégie. Cette fois, je me fais réveiller vers 2 h 30 par un grand-duc d’Amérique. Il est tout près, à peine à 100 mètres de mon véhicule. Je reste réveillé. Je veux le voir s’envoler et découvrir sur quelle cime d’épinette il va se poser, car le lendemain, j’essaierai de le voir dans la lumière.   

À environ 30 minutes avant le lever du soleil, je réussis à le prendre la photo et à peine quelques secondes plus tard, j’entends ma chouette rayée. Enfin, ma patience est récompensée. Je l’entends, elle est tout près. Cependant, je trouve bizarre que la chouette rayée et le grand-duc se partagent le même territoire. C’est comme si deux super prédateurs se partageaient un territoire de chasse. Je pressens qu’il y aura une altercation entre les deux.  

La forêt se tait. 

Soudain dans un grand bruit d’ailes la chouette fonce sur le grand-duc et le chasse violemment alors que normalement le grand-duc qui est le plus agressif des deux.  

Pour que la chouette soit aussi déterminée, c’est qu’il y a un site de nidification tout proche. 

Je la suis à la trace. Je ne la vois pas, mais je l’entends. Je dois être patient. En restant au même endroit toute la journée, j’entends son bruit d’ailes aux quatre points cardinaux. Au son, je sais qu’elle fait un cercle. Je découvre finalement où elle niche. Je vois son nid. 

Il se tait. Il est ému, tellement ému que je ne peux plus prononcer une parole. 

J’attends. 

Au bout de quelques minutes. 

E.D. J’entends deux chouettes le mâle et la femelle qui roucoulent ensemble comme un chant d’amour. C’est un spectacle auditif hallucinant. 

E.D. Soudain, la chouette vient se placer à la hauteur de mes yeux. Est-ce le mâle ou la femelle? Difficile à dire. Elle est là, à environ 3 mètres devant moi sur une branche. Elle est là, comme un cadeau!  

Je plonge ma lentille dans ses yeux. Je tente de me cacher le plus possible, car je veux saisir cette ambiance très sombre quand la forêt semble plus dense, d’un début de journée en forêt, une heure à peine après le lever du soleil.  

Après la photo, encore enveloppé de la magie qui flotte autour de moi, je la suis grâce à son chant et je trouve l’endroit où elle a fait son nid. Je vois deux chouettes rayées entrer dans une cavité de 3 mètres de haut par 30 centimètres de large sur un grand érable. Clairement, les bébés ne sont pas encore nés.  

Je reviendrai l’année prochaine, dès la fonte des neiges. 

LA PLANÈTE NATURE 

Les jours qui passent trouvent toujours Éric dans l’attente de quelque chose.  

Le grand duc par Éric Deschamps

Il termine en disant : 

E.D. J’ai un amour que je ne pensais jamais rencontrer dans ma vie. Cet amour me nourrit d’une manière tellement forte, je suis tellement comblé que… 

L.A. Que? 

E.D. J’espère rencontrer une femme qui se sentira aussi comblée que moi par la nature. 

L.A. Merci Éric pour ce moment unique. 

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Éric Deschamps est publié dans le Canadian Geographic Magazine, il a gagné le prix de la meilleure photo animalière de l’année. On ne compte plus les revues qui veulent le publier.  

Chlorophyle lui fournit tous ses vêtements et la SÉPAQ lui donne un coup de main. 

Les Éditions Lafond préparent un livre de ses photos. 

Nous pouvons acheter ses calendriers, tous plus beaux les uns que les autres et pourquoi ne pas en faire des cadeaux de Noël.    

Nous pourrons bientôt acheter ses photos sur son site Web. 

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