Facebook est-il fiable?

Facebook où la libre expression n’est pas synonyme de démocratie.

Depuis la création de Facebook, la communication de l’information personnelle et professionnelle de l’humanité est passée à la vitesse grand V. Voici la mission de Facebook, «(…) donner à tous la possibilité de créer une communauté et de rapprocher le monde entier». Facebook, offre à tout individu, une ouverture sur le monde sans précédent. Néanmoins, connaissons-nous vraiment toutes les personnes de notre communauté qui réagissent, et commentent nos propos sur Facebook?

Les groupes et plus particulièrement les pages que l’on consulte sont-elles véridiques, sont-elles partisanes, impartiales et documentent-elles leurs contenus de manière objective ou essaient-elles de provoquer leur auditoire? Les administrateurs du groupe incitent-ils à la grogne, laissent-ils des conversations acerbes s’y propager sans intervenir de façon adéquate? Sommes-nous exclus d’un groupe, d’une page sans raison apparente? Ne réagissons-nous pas la plupart du temps, impulsivement sans connaître suffisamment le sujet ou la personne impliquée dans une conversation? Voilà de nombreuses questions auxquelles il est difficile de répondre.

La convivialité et la facilité d’utilisation de Facebook attirent plus de deux milliards d’usagers. Pour certains de ces utilisateurs, la plateforme est un merveilleux outil professionnel fort utile et efficace. Pour d’autres, elle permet de garder le contact avec les proches et les amis. Pour quelques-uns, Facebook représente la chance de revendiquer leurs droits, de dénoncer ce qui pour eux est la vérité, de faire réagir, d’attirer l’attention, ou voire même s’amuser. Il n’est pas étonnant de constater qu’on retrouve des gens qui ne sont pas tous bien intentionnés sur cette plateforme. Ceux-ci peuvent, par exemple, publier des faussetés, de fausses nouvelles, ouvrir de fausses pages ou de faux comptes, faire des commentaires acerbes ou racistes, le tout, fréquemment sous le couvert de l’anonymat.

Facebook menacerait la démocratie

Cass Sunstein, professeur de droit à Harvard et auteur de l’ouvrage La démocratie délibérative écrit que les «Les réseaux sociaux sont formidables pour la démocratie par bien des aspects, mais mauvais sur d’autres». Rappelons-nous qu’en démocratie, «Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières.» Ce texte provient du premier alinéa de l’article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (UE). Cependant, une des grandes difficultés de Facebook, est de trouver l’équilibre entre la garantie du droit fondamental à la liberté d’expression et la protection de l’honneur et de la réputation des personnes.

Par ailleurs, Samidh Chakrabarti, responsable de l’engagement civique chez Facebook, avouait en janvier dernier que Facebook déchire le tissu social, donc la démocratie, par la présence de fausses nouvelles sur sa plateforme, mais aussi des bulles d’informations incomplètes. Il évoque aussi la présence de messages à caractère haineux ou raciste.

Aussi, parce que les fausses nouvelles suscitent la méfiance contre les médias et que depuis deux ans Donald Trump nourrit la crainte vis-à-vis ces derniers, cela pourrait amener les sources d’information les plus partisanes, mais pas nécessairement les plus fiables, à tirer leur épingle du jeu. De plus, certains utilisateurs s’exprimant davantage que d’autres, se rendant ainsi plus visibles, amènent les élus à surestimer leur poids dans la population. Or, «Si les politiciens confondent l’avis d’une minorité avec celui de la majorité, cela peut entraîner de mauvaises décisions», prévient Chakrabarti.

Aujourd’hui, après avoir longtemps évité le sujet, Facebook est désormais conscient de son pouvoir d’influencer l’existence de plus de deux milliards d’utilisateurs sans compter qu’elle est assise sur une montagne de données confidentielles, du jamais vu dans l’histoire de l’humanité.

Rappelons-nous le scandale Facebook-Cambridge Analytica, ou la gestion des données personnelles de presque 90 millions d’utilisateurs a échappé à Facebook. Cette dernière n’a pas su prévenir la fuite de données Facebook amassées par la société Cambridge Analytica depuis 2014. Pour Will Oremus, du site d’informations Slate, l’approche de Facebook quant à sa façon de développer et de gérer sa plateforme «semble terriblement simpliste et naïve».

Différencier le vrai du faux

Rumeurs, désinformation ou manipulations d’images, clairement la vérité ne sort pas toujours de la bouche des membres de Facebook. Garder un esprit critique face à ce que l’on y lit est donc nécessaire. Vérifier l’information diffusée doit devenir un réflexe naturel. On le disait, Facebook est propice à la diffusion de fausses informations. La facilité avec laquelle celles-ci sont partagées rend leur prolifération difficile à contrôler. Si la propagation d’informations trompeuses est parfois le résultat d’erreurs ou d’incompréhensions, elle est souvent faite de manière intentionnelle, dans le but de nuire à des individus ou à des groupes.

En général, les sources d’où nous proviennent les sujets toxiques circulant sur Facebook sont les suivants:

  • les sites parodiques: l’exagération des informations est généralement flagrante et souvent parodiée.
  • la manipulation d’image: une photo supposément liée à un événement particulier.
  • les théories du complot: sont parfois plus difficiles à vérifier. Les thèses conspirationnistes sont généralement dirigées contre des groupes particuliers (identifiés par leurs auteurs comme étant à la source du «complot») et qui font dès lors souvent l’objet de messages haineux, voire de menaces. Pierre-André Taguieff sociologue spécialiste dans le domaine, nous énumère les grandes lignes:
  • «rien n’arrive par accident;
  • tout ce qui arrive est le résultat d’intentions ou de volontés cachées;
  • rien n’est tel qu’il paraît être; tout est lié, mais de façon occulte.»

Voici ci-dessous, une série de bonnes mesures à prendre pour éviter de tomber dans le piège des sujets toxiques et des fausses nouvelles.

Le premier réflexe pour vérifier l’information est de vérifier quelle en est la source. Tout d’abord, favorisez les sources reconnues: grands titres de presse, agence de presse, sites institutionnels, etc. Toutefois, une source fiable ne peut garantir à 100% la véracité d’une information. En effet, même les journalistes professionnels peuvent parfois être à l’origine de la diffusion de fausses nouvelles. Idéalement, comparer et de recouper diverses sources pour procéder à une vérification fiable.

Dans le cas des images, des outils tels que Google Images Reverse Search ou TinEye permettent d’effectuer une recherche à partir d’une image et consulter la liste des diverses pages Internet sur lesquelles elle a été publiée. Aussi, comparer la date de publication de ces pages avec la date de l’évènement qui est attribué à la photo est une bonne façon de vérifier la véracité de celle-ci.

Pour terminer, n’hésitez pas à consulter des livres, encyclopédies ou dictionnaires, ou à contacter une personne de votre entourage qualifiée ou voire même concernée par l’information diffusée. Vaut mieux parler en privé directement à la personne à qui l’événement se rapporte que d’écrire des faussetés publiques.

Martine Lavallée

Sources:

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