Isabelle Losier vers l’Ama Dablam

#MoiAussilAventure

Une figure marquante chez Attitude Montagne

Par Martine Lavallée

Je rencontre Isabelle Losier pour la première fois à l’été 2014 à Cathedral Ledge au New-Hampshire. Elle apprend à grimper une fissure en première de cordée. Mais, à l’observer, je ne me doute pas qu’elle en est à ses débuts. C’est son compagnon de vie, Dominic Asselin, guide de montagne, qui l’initie à l’escalade.

Isabelle qui se prépare à grimper. Collection Isabelle Losier

Isabelle est une femme douée, énergique, positive, rieuse avec de beaux yeux verts et à qui la vie sourit. Il fait bon rigoler avec elle, mais aussi échanger sur des sujets plus sérieux. Carburant aux projets, elle a la bougeotte. Son but ultime, s’accomplir et faire la différence durant son passage ici-bas. Isabelle trace son destin autour de ce pôle. Et dans ce sens, elle s’entraîne 20 heures semaines pour grimper l’Ama Dablam en 2020.

Citoyenne de Val-David, elle est le pilier d’une entreprise et d’un organisme sans but lucratif bien de chez nous. J’ai le plaisir de vous présenter Isabelle Losier, une femme incomparable au parcours unique.

Jeunesse

Elle est née en 1984 dans l’ancienne ville minière de Gagnon dans la MRC de Caniapiscau. Mais, avec la fermeture de la ville l’année suivante, ses parents emménagent à Fermont plus au nord. Loin du bruit et de la pollution, Isabelle grandit dans un environnement de nature. Elle apprendra plus tard que cette ville de grands espaces et de montagnes est un paradis du plein air dans le Québec d’aujourd’hui.

Fermont: Photo François Roy, archives La Presse

Isabelle doit aux années passées sur la Côte-Nord une véritable connexion avec la nature. Jeune, avec ses parents, elle fait déjà des expéditions de chasse et pêche sur la Manicouagan et sur l’île Levasseur qui occupe le centre du réservoir Manicouagan. L’hiver, ces périples exigent plus de cinq heures de voiture et huit heures de motoneige. Mais Isabelle, bâtie solide, développe une grande confiance en elle. Élevée dans la nature aux confins de la civilisation avec les risques que cela représente lui confère une base solide et une assurance à toute épreuve.

Études

Un groupe de parents soucieux de l’avenir de leurs enfants décident d’envoyer leurs adolescents à Québec, à près de mille kilomètres de Fermont, pour qu’ils y finissent leur secondaire. Sa mère infirmière et son père gestionnaire souhaitent qu’Isabelle profite des options de formation plus diversifiées que celles offertes à la polyvalente de Fermont. Pour Isabelle, étudier à Québec ouvre de nouveaux horizons.

Ensuite vient le CÉGEP à Montréal. Elle fait une session en sciences humaines pensant devenir ethnologue, mais se ravise et se lance en techniques de tourisme. Son stage d’étude l’amène à travailler chez Guidatour à Montréal où elle apprend tout depuis la gestion de l’entreprise jusqu’à la valeur du métier de guide touristique certifié. Elle s’y épanouit et retient de son expérience que la reconnaissance des guides spécialisés est à la base de la réussite dans les entreprises récréotouristiques.

Retour à la nature

En 2011, le tourbillon montréalais l’étouffe. L’appel de la nature la tenaille et elle se trouve un emploi peu stimulant dans les Laurentides. Elle démissionne en 2012 et consulte une spécialiste au Carrefour jeunesse emploi pour s’orienter vers un choix de carrière plus satisfaisant. Cette dernière l’encourage à demeurer dans le monde touristique et lui envoie une offre d’emploi de directrice commerciale chez Attitude Montagne une entreprise de guide établi à Sainte-Adèle à l’Hôtel Chantecler.

Dominic et Isabelle. Collection Isabelle Losier

Elle me raconte en riant que, lors de son entretien d’embauche, c’est elle qui fait passer discrètement en entrevue Dominic Asselin celui qui deviendra son nouveau patron. Conséquemment, elle vérifie si elle peut facilement travailler avec lui. Elle remarque que Dominic voue son succès d’entreprise à son équipe. Isabelle est conquise : Dominic et elle partagent les mêmes valeurs. Pour Isabelle les rapports humains avec les clients et les employés sont de toute première importance. Elle considère que chacun transforme et influence positivement son entreprise, notamment quand ceux-ci sont bien traités. Isabelle et Dominic se sont donc compris. Tellement qu’ils deviennent un couple.

En 2013, Isabelle et Dominic décident de relocaliser l’entreprise. Puisqu’ils habitent Val-David, le couple cherche un bâtiment à proximité. Ils trouvent un B & B sur le chemin de la Rivière, mais le zonage n’est pas commercial et impossible d’avoir une dérogation. De plus, l’accès l’hiver pour l’escalade de glace dans le parc régional Val-David/Val-Morin est on ne peut plus ambigu. Le couple a nettement le sentiment qu’on leur complique la vie parce qu’une autre entreprise d’escalade du village utilise le parc régional.

Par ailleurs, la MRC des Pays-d’en-Haut prend Attitude Montagne sous son aile et l’aide à trouver des parois propices à l’escalade sur des terres de la couronne. La MRC repère six hectares de terrain situés à Saint-Adolphe-d’Howard. La condition pour l’obtention d’un bail pour ces terres est le développement récréotouristique par Attitude Montagne. Et, le hasard aidant, Isabelle et Dominic trouvent dans le cœur du village de Saint-Adolphe-d’Howard, un motel à vendre. Ce bâtiment miteux, mais bien situé, coin du chemin de l’Avalanche et de la route 329, est un coup de cœur pour Dominic. À l’été 2014, après des mois de travail, Attitude Montagne aménage dans ses nouveaux locaux, un investissement majeur.

Sa prochaine aventure

Au printemps 2018, Dominic guide un groupe à l’Ama Dablam, une montagne difficile située au Népal près de l’Everest et qui a la réputation de compter parmi les montagnes les plus majestueuses du monde. Dominic est frappé par tous les déchets[i] camouflés sous les rochers par les alpinistes. Après le sommet, ses équipiers et lui prennent l’initiative de redescendre trente kilos de déchets. Dominic, quant à lui, rêve de créer un OBNL visant à développer des solutions pour les problèmes environnementaux en milieu montagneux.

Isabelle et lui fondent Nettoyeurs de Montagne en Haute Altitude (HACM[ii]), un OBNL qui voit le jour en décembre 2018 et qui aura comme premier défi le projet Ama Dablam2020 : retrait de 700 kg de détritus sur l’Ama Dablam incluant 4500 m de cordes abandonnées et l’ajout de 300 nouveaux ancrages permanents dans le roc. Tout ça en 21 jours à plus de 5800 m d’altitude.

Isabelle trouve inacceptable qu’en 2020 on fasse fi des principes de plein air « sans traces » lors d’une ascension de haute montagne. Elle insiste sur l’importance de préserver notre environnement. « Partout on abîme la terre, même dans des milieux aussi hostiles et isolés que les hautes montagnes. Pourtant, dit-elle, les grimpeurs et les alpinistes, amoureux de la nature, sont les mieux placés pour protéger ces milieux naturels. »

L’Ama Dablam

Elle souhaite qu’AmaDablam2020 puisse contribuer à changer les façons de faire des alpinistes de cette nouvelle décennie de sorte que les hauts sommets resteront purs et propres pour les générations à venir.

LE ZigZag souhaite à Isabelle une merveilleuse aventure alpine sur l’Ama Dablam en mars prochain. Bonne corvée et reviens-nous en superbe forme!


[i] Bombonnes d’oxygène, couches souillées, tentes, sacs de couchage, sachets de nourriture vides, etc.

[ii] High Altitude Mountain Cleaners

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