La conversation banale a-t-elle encore sa place en 2019?

LETTRE OUVERTE

Par: Claude Lavallée

En effet, l’exercice de converser de façon banale a-t-il encore sa place? Car, converser d’après le dictionnaire Larousse c’est; « s’entretenir amicalement de façon spontanée » ce qui semble être de moins en moins la façon de faire pour les générations qui me suivent. Une conversation ne veut pas dire que le contenu est précis en son genre! Car, il est normal je crois, que ce contenu soit décousu et parfois imprégné d’imprécisions (au risque de passer pour des incultes, c’est la façon dont on dialoguait à une époque pas si lointaine).

Échanger ses opinions en prenant le risque de ne plus se rappeler certains détails durant une conversation (ce qui toutefois semble pertinent aujourd’hui) n’était pas nécessairement mal vue dans le passé. En effet, personne ne cherchait à se référer au dictionnaire pour moindre imprécision des propos de l’interlocuteur. Car, ce recours fréquent par les plus jeunes que moi aux plateformes d’informations sur Internet, me donne l’impression qu’il faut être à la fine pointe des connaissances pour maintenir ce privilège de dialoguer (je dirais même placoter) avec eux et se rendre intéressant.

Dans le passé, durant mon enfance, au temps des soirées d’antan, avant que la radio ou la télévision ne soit inventée, nos aînés s’amusaient précisément à échanger sur toutes sortes de sujets plus ou moins imprécis qui parfois portaient à la controverse certes, mais qui amusaient tout le monde. Personne n’en faisait de cas, même que pour rigoler certains discoureurs se permettaient d’enjoliver certains faits pour les rendre encore plus imprécis sinon comique (une habitude de mon père adoptif, Roméo Bérubé). D’aucuns auraient eu l’idée de se référer au Larousse pour vérifier le discours des interlocuteurs (même que dans la majorité des cas le seul livre actuel dans la maisonnée était l’évangile).

Mais voilà qu’aujourd’hui, durant une conversation qui se veut relativement banale, soudain l’un des interlocuteurs (et même les deux chacun de leur côté), cherche la définition précise d’un mot ou d’une expression, avant de continuer le dialogue (ce qui le plus souvent retarde la conversation en risquant d’en perdre le fil). Cette habitude de référer à leur téléphone intelligent, à leur tablette où à leur ordinateur portable avant de poursuivre la conversation me semble un geste irrespectueux envers l’interlocuteur, peu importe son âge (ce qui devrait être proscrit quand il s’agit d’une conversation avec des gens âgés en perte de mémoire qui n’ont pas toujours l’habitude de converser au même rythme que leurs cadets).

À mon avis (sans avoir consulté les réseaux Internet), cette recherche de la précision pour la vérité à tout prix, atténue l’esprit de ce que doit être une conversation, peu importe l’importance du contenu du dialogue des interlocuteurs. Dévaloriser des opinions (même s’ils sont imprécis) n’est pas la solution idéale pour socialiser convenablement. La valeur d’une conversation banale serait-elle en perdition? Je suis curieux de savoir ce qui pousse la jeune génération à tout vérifier durant une conversation qui se veut le plus souvent sans conséquence!

La vie sociale débonnaire à une certaine époque ne semble plus être de mise dans notre monde numérique. En fait, ceux qui ne se réfèrent pas à leur téléphone intelligent pour tout et pour rien sont inconsciemment pointés du doigt parce qu’il ne semble pas « In », parce qu’ils apparaissent être aussi déphasés qu’ignorants (du moins c’est la sensation que j’ai quand cela se produit devant moi).

Pour toutes ces raisons, du haut de mes 86 ans, j’ai l’impression que la bienséance et la sociabilité des gens que je côtoie aujourd’hui en 2019 sont deux éléments qui se font de plus en plus rares durant une conversation.

Texte de Claude Lavallée résident de Val-David

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