La COVID qui change tout

Le grand bouleversement

Par Mireille Hébert 

Comme beaucoup de gens, j’élargissais mon territoire malgré les avertissements de santépublique. Je suis bien, sportive, en forme, je porte le masque.

Alors que je me croyais invincible, j’ai attrapé la COVID-19 en allant visiter ma mère au CHSLD. Quelques symptômes : un peu de fièvre, mais constante. Un peu de faiblesse et de perte d’appétit. Je passe le test et le résultat est positif, mais mon cerveau refusait cette réalité.

Je faiblis, perds l’appétit, la capacité de me concentrer pour lire, mais refuse d’aller à l’hôpital jusqu’au moment où je ne suis même plus capable de monter les marches assise. Là, c’en est trop pour mon conjoint qui appelle l’ambulance.

À l’hôpital, je suis transférée aux soins intensifs. Je suis dans une sorte de brouillard. On parle de m’intuber, on me relie à des fils et des tubes, mais je ne peux penser, faire de liens ou avoir peur. Je me sens comme dans les limbes.

Dès qu’une pensée m’effleure, elle s’envole et après trois jours, une sorte de nouvelle certitude s’installe. Le vrai repos, la vraie détente c’est cela. Vivre uniquement la minute présente. Étant incapable d’orienter ma pensée vers le passé ou le futur, il ne me reste qu’à laisser aller. De plus, cette certitude se fait sans peur, sans angoisse. C’est cela et cela est. Par la suite, j’ai réalisé qu’aux soins intensifs, on retrouve l’état de nourrisson. Tout est fait pour nous et on prend soin de moi continuellement. Je crois que cet état a généré des prises de conscience qui n’étaient pas possibles dans le bruit et le mouvement constant.

Et je ne serai pas intubée. Ça, par contre, je le reçois pour ce que c’est : une très bonne nouvelle. Même si le sens de la vie me paraît différent, je ne suis pas insensée.

La réalité du quotidien s’est réinstallée avec lenteur quand j’ai été transférée dans une chambre rouge où j’ai été envahie par l’autre occupante. Elle voulait absolument me convaincre de me tourner vers Dieu. J’ai demandé d’être séparée d’elle et même si elle m’avait profondément irritée en me tirant brutalement de mon état de bien-être, je n’ai pas été en colère comme je l’aurais été auparavant. 

J’étais plus en mode constatation. Cette dame me dérangeait et donc, j’ai trouvé une solution pour retrouver mon bien-être et, pour une fois, sans me préoccuper de l’émotion de l’autre.

Ensuite, en chambre verte avec une autre personne. Elle est charmante. Là, j’ai refait connaissance avec la vie et le quotidien. Communiquer plus longuement, prendre conscience des besoins et désirs du corps comme se laver les cheveux, prendre une douche, lire une revue, mais dans un état de conscience différent.

À mon retour à la maison, j’ai voulu mettre en pratique certains acquis et changements qui s’étaient opérés à l’hôpital. La plus grande transformation étant de prendre soin de moi. Cette phrase que l’on entend constamment à la fin d’une conversation ou dans des publicités « prenez soin de vous, prenez soin de votre corps » et qui ne veut rien dire, a pris tout son sens.

Les deux premières semaines, j’ai été plongée dans un bien-être presque identique à celui des soins intensifs. Mon conjoint prenait soin de moi presque comme un bébé. Rien à faire, pas d’agitation, de téléphones ou de textos. Incapable de lire, je dormais, mangeais et pouvais quand même être un peu plus consciente.

Cette transition m’a permis de solidifier mes nouveaux acquis. J’ai quand même été surprise de ne pas être dépressive. On m’avait dit que je serais probablement en état de choc. Mais non, j’étais en état de bien-être.

Il est vrai que les réflexions que j’ai eues à l’hôpital sont demeurées bien ancrées et m’ont menée sinon à une transformation du moins à un grand changement. Je crois qu’avoir frôlé la mort m’a permis de comprendre, d’avancer et de changer mon regard sur ma place et mon rôle véritable.

Donc, cette horrible maladie qui laisse des séquelles dont une respiration difficile, une perte de la masse musculaire, des douleurs musculaires, de l’insomnie et l’obligation de travailler fort et sans répit pour récupérer pas juste l’énergie, mais une belle énergie. Elle nous oblige aussi à un magnifique travail sur soi, à réapprendre la vie sous d’autres angles et à VRAIMENT prendre soin de soi d’une manière humaine, pensée et voulue.

Je termine en citant Marie-Pier Therriault, thérapeute énergétique qui nous parle du lâcher-prise et l’acceptation après un évènement qui l’a marquée :

« Quand j’ai compris. J’étais absolument perdue. Dans ma tête, je me disais : ‘faut vraiment que je lâche prise. Qu’est-ce que tu veux que je fasse? J’essayais d’accepter la situation.

«Mais je ne suis pas capable. Je suis stressée, j’ai peur, je suis anxieuse et à ce moment-là, j’ai réalisé que finalement accepter ce n’est pas me dire c’est bien parfait que je vive cette situation-là de me faire croire que c’était O.K. pour moi de vivre ça. 

«Accepter c’était me permettre de ressentir, m’autoriser à vivre cette peur, cette anxiété. Laisser la partie qui avait peur ressentir. Observer cette partie de moi avoir peur comme si j’observais une femme devant moi. La laisser avoir peur, se mettre en boule, pleurer. L’observer et ensuite lui donner ce dont elle a besoin. Je lui dis que je suis là pour elle, je l’entoure.

«Et en l’autorisant à ressentir, en l’accompagnant dans son émotion c’est là que j’accepte la situation et en fait la situation n’a même plus rapport, mais la situation était pour me permettre de vivre mon émotion et d’accepter totalement ce qui était dans l’instant présent qui était la peur et l’anxiété.»

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