La croisade d’un résident en CHSLD de Granby

Bravo à ce citoyen engagé! LE ZigZag

Par: Jean-François Guillet pour La Voix de l’Est

Photo de couverture de M. Jean Royer collection Christophe Boisseau-Dion

Jean Royer en a ras le bol de débourser pour des soins et des services qu’il ne reçoit pas, faute de personnel. L’exaspération du résident du CHSLD Vittie-­Desjardins à Granby est telle qu’il a décidé de lancer une pétition sur les réseaux sociaux pour dénoncer la situation. Il veut, par le fait même, inciter des gens de partout au Québec qui, comme lui, se sentent lésés à cesser de payer pour «faire réellement bouger les choses».

«Je veux appeler ma banque pour lui dire de mettre mon chèque sur la glace. Ça ne peut plus continuer comme ça. Du côté du gouvernement et des directions d’établissement, il faut arrêter d’invoquer qu’il n’y a pas de gens pour occuper les postes de préposé et d’infirmière. Il faut se retrousser les manches pour trouver des solutions. Ça presse !»

Jean Royer réside au centre d’hébergement Vittie-­Desjardins depuis huit ans. L’homme est non-voyant et dit avoir une panoplie de problèmes de santé. Au cours des dernières années, il a constaté une dégradation rapide des conditions de vie au sein de l’établissement. «Quand je suis arrivé ici, c’était le fun. Aussitôt que Gaétan Barrette [NDLR : ex-ministre libéral de la Santé] est arrivé, tout a changé. J’ai vu disparaître les infirmières auxiliaires. Après, on a commencé à faire affaire avec des agences de placement pour le personnel. C’était le début de la fin», a-t-il imagé.

Selon M. Royer, les soins de santé ont à ce point dépéri que des résidents ont lancé la serviette. «Plusieurs résidents autonomes qui vivaient sur le même étage que moi sont morts. Une personne s’est suicidée, l’autre a cessé les soins et l’autre a arrêté de manger. Il me semble que c’est un signe assez fort qu’il y a quelque chose qui cloche», a-t-il déploré.

Jean Royer réside depuis huit ans au CHSLD Vittie-Desjardins, qui abrite une vingtaine de personnes.
Jean Royer réside depuis huit ans au CHSLD Vittie-Desjardins, qui abrite une vingtaine de personnes.CHRISTOPHE BOISSEAU-DION

Précarité

Jean Royer dit mener ce « combat » pour faire respecter les droits des personnes vivant en CHSLD «à travers le Québec». 

«Dès que j’ai besoin d’un service, j’ai l’impression de quémander, a-t-il déploré. Ce n’est pas par manque de volonté du personnel. Ils ne savent plus où donner de la tête. Plusieurs personnes n’ont même pas leur bain une fois par semaine. Ça n’a pas de bon sens. On doit arrêter de payer.»

Une infirmière de Vittie-­Desjardins a qualifié la situation de «critique». 

« On est souvent une infirmière et un préposé pour s’occuper de tous les [19] résidents. C’est simple, il manque 75 % des effectifs. Ce n’est pas sécuritaire. Impossible de réussir à bien faire nos tâches dans des conditions comme ça. Et comme si ce n’était pas assez, on est obligés de faire du temps supplémentaire obligatoire à répétition. On a beau aimer notre travail, plusieurs démissionnent ou sont en arrêt maladie. »

L’infirmière déplore également « l’attitude » de la direction de l’établissement et du CIUSSS. 

«Plutôt que d’écouter les employés et d’essayer de trouver des solutions, on est surveillés. Si on parle pour dénoncer une situation, on se fait appeler pour se faire menacer par la direction.»

Si tout se déroule comme prévu, M. Royer compte lancer la pétition en ligne sur Facebook et sur un site spécialisé. Le document contestataire serait ensuite remis au ministère de la Santé. L’initiateur du mouvement interpelle la ministre de la Santé, Danielle McCann, et le député de Granby, ministre des Transports et responsable de l’Estrie, François Bonnardel, afin qu’ils «prennent position dans le dossier».

«L’ajout et le recrutement de personnel sont une priorité pour l’établissement, a indiqué par courriel Félix Massé, du département des communications du CIUSSS de l’Estrie. […] Plusieurs entrées de personnel sont prévues, particulièrement dans les prochains mois. […] Nous ne pouvons, à ce stade-ci, nous avancer sur la répartition des ressources ou confirmer le nombre d’entrées de personnel pour ce CHSLD.»

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