La culture du bannissement : une menace à la démocratie

Une personne haut placée de la municipalité croit à tort que notre journal se résume à être une plateforme électorale et qu’elle devait ainsi mettre en garde les autres maires de la MRC des Laurentides contre ce biais professionnel. Si tel était le cas, nous ne publierions que des chroniques contenant un ensemble de principes et de propositions appartenant au programme politique d’un quelconque parti politique. Or ce n’est absolument pas ce que nous offrons à nos lecteurs.

Dernièrement, l’équipe du journal LE ZigZag a reçu les doléances d’un élu de la région qui prévenait ses homologues de la MRC des Laurentides que nous ne sommes pas membres de la Fédération des journalistes professionnels du Québec (FPJQ), et que conséquemment nous ne sommes pas un journal à proprement parler. Or la FPJQ n’est pas la seule association à reconnaître les médias journalistiques au Québec et nous sommes actuellement en démarche auprès d’autres associations pour le devenir. La polémique remonte au fait que l’équipe du journal LE ZigZag s’apprêtait à faire une série d’entrevues portant sur les maires de la MRC dans la foulée de l’article sur le maire Tim Watchorn de Morin-Heights que nous avons publié en décembre 2019.

Rappelons qu’un journal est un organe qui relate les faits, qui les collige et les publie. Et c’est exactement ce que nous faisons. Aussi, le Guide de déontologie des journalistes du Québec[i] précise que « … au Québec, il n’existe pas de regroupement obligatoire des journalistes au sein d’un ordre professionnel.. Le milieu journalistique est un milieu ouvert et les journalistes le veulent ainsi. Il n’existe pas non plus de tribunal disciplinaire disposant de l’autorité légale nécessaire pour sanctionner les écarts déontologiques. Les journalistes sont soumis à l’ensemble des lois qui régissent la vie des citoyens ». Pour LE ZigZag, il est important d’approcher l’association la plus représentative de nos valeurs[ii].

En clair, notre média a le droit d’exister et il répond au besoin maintes fois évoqué par des citoyens et citoyennes de notre région mais aussi par ceux et celles d’autres régions du Québec, d’être entendus. Mais malgré le fait que nous nous efforçons de ne publier que les faits et que nos entrevues sont les plus objectives et impartiales que possible, on nous reproche parfois notre traitement éditorial. Nous tenons à souligner que l’on aime ou non ce que l’on publie, notre orientation est claire et nous sommes d’avis que cette directive sert bien nos lecteurs.

En ce qui concerne nos lettres ouvertes, LE ZigZag a pour mission, notamment, d’offrir une plateforme aux citoyens et citoyennes afin qu’ils s’expriment. Dans son segment « LETTRE OUVERTE », LE ZigZag se dégage entièrement du contenu envoyé par ses lecteurs, mais leur laisse démocratiquement la parole tout en s’assurant que les propos sont respectueux. Ce segment répondait à un besoin prépondérant des citoyens. Notre mentor, Daniel Deslauriers, est catégorique : ce segment doit être maintenu.

En cette période où les citoyens et les citoyennes demandent à être écoutés et compris par ceux qui détiennent le pouvoir, à l’heure où des médias émergents et indépendants essaient d’amener les gens à se questionner, à réfléchir et à s’impliquer dans leur village, n’est-il pas nécessaire de cesser de les diffamer sur les médias sociaux et dans des courriels de masse auprès de municipalités? Cette tactique de dénigrement visant à compromettre le droit à la démocratie, prend racine dans la culture du bannissement utilisé notamment dans les universités afin de justifier la censure des mots.

En utilisant la culture du bannissement au nom de la véracité de l’information – celle que parfois les élus ne parviennent même pas à exprimer ou à rendre publique – et la sensibilité individuelle, on salit la réputation des médias comme le nôtre soi-disant par respect pour la liberté des élus et leurs sensibilités. On voudrait façonner LE ZigZag en un espace de discussion réfractaire à l’expression de la dissidence. Or cette forme de militantisme, où on tente de purifier le débat public, ne peut aboutir qu’à une forme de tyrannie, explique M. Leclerc, écrivain.

Toujours, selon Michel Leclerc la culture du bannissement « … est imprégnée du même idéal messianique que les églises évangélistes américaines, il partage avec elles une identique quête de pureté morale et idéologique. Une même ferveur religieuse les anime, mélange de certitudes de fer et de fanatisme haïssable. » M. Leclerc précise, « … il est illusoire d’engager un dialogue rationnel et respectueux sur la base de tels principes. »

C’est la raison pour laquelle LE ZigZag ne tentera pas de se justifier auprès de certains lecteurs acrimonieux et se concentrera plutôt sur la mise en valeur des gens, des citoyens et des citoyennes, des personnes, des entités, des organismes et des élus et élues qui se démarquent par leur altruisme, leur respect de la démocratie et de l’opposition citoyenne.

Pour finir, voici les propos justes de Michel Leclerc :

« La culture du bannissement […] nous convie à une société des minorités où chaque groupe humain n’existe et se développe que par la seule force de ce qui le différencie de l’humanité collective, par essence perçue comme hostile. Cette conception du politique constitue une menace à tout projet démocratique. La démocratie n’existe que dans un tissu de relations contradictoires qui seul permet la diversité des opinions. Refuser le débat qui offense ou qui trouble, c’est amputer la liberté de tous. Avant qu’une idéologie archaïsante fasse main basse sur ce qui reste de bon sens, il est temps de réagir. »

Source:

Refuser le débat qui offense, c’est amputer la liberté de tous


[i] Guide de déontologie des journalistes du Québec

[ii] À propos du journal LE ZigZag

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