Marie-Hélène Gaudreau, députée du Bloc québécois

La femme qui a donné naissance à la députée.

La serveuse vient me prévenir qu’elles auront 15 minutes de retard, je trouve que c’est une belle délicatesse.  

Elles, ce sont Marie-Hélène Gaudreau, députée de Laurentides-Labelle et Isabelle Paré, son attachée politique et conseillère aux affaires régionales. 

Nous n’avons qu’une heure pour couvrir un sujet aussi vaste que sa vision de la vie. Heureusement, elle se livre sans barrières et sans méfiance. Elle raconte. 

Mariée et mère de deux belles adolescentes de 15 ans et 12 ans elle partage sa vie depuis 25 ans avec son compagnon et mari Yannik Thibault.  

M-H.G : « Ce qui fait notre force c’est qu’on ne s’est jamais détachés de notre essence profonde. Cependant, cette essence est évolutive. » 

Et il semble que cette ouverture à l’évolution soit génétique. En effet, le jour de l’élection, une personne demande à ses filles : « Comment trouvez-vous cela de perdre votre mère?» Je n’ai pu m’empêcher de sursauter en entendant cela! Comment peut-on poser de telles questions à des enfants? Que répondre à cette question insidieuse? Intelligente, la plus grande a répondu qu’elle ne perdait pas sa mère, que depuis qu’elles sont au monde, leur mère a partagé son temps entre elles et leur grand-père – décédé depuis – qui était en perte d’autonomie. 

Puis, elle a ajouté : « Ma mère aime aider alors maintenant nous allons la partager pour le mieux-être des gens».  

Marie-Hélène Gaudreau plonge dans ses pensées, dans ses souvenirs.  

M-H.G : « Quand mes filles sont venues au monde, j’étais maman avant tout ».  

Elle me dit ces choses avec beaucoup de sérieux, car elle est consciente de sa chance et du fait qu’elle fait partie des femmes qui ont pu jouir d’un long congé de maternité. Elle poursuit avec une pointe de nostalgie. 

M-H.G : « L’attachement était si grand que retourner au travail arrivait comme un déchirement.» 

L.A. : « Alors, aujourd’hui qu’elles sont grandes, comment arrivez-vous à concilier le travail et la famille? » 

Elle plisse un peu les yeux et me regarde sans me voir. Je devine les nombreuses tâches à accomplir, les voyages à Ottawa, le travail de bureau, les rencontres avec les citoyens et prendre du temps de qualité avec sa famille qu’elle adore. 

Photo tirée de la page Facebook de Marie-Hélène Gaudreau, députée de Laurentides-Labelle

M-H.G : « Ça va bien, mais je trouve que je manque d’aide à cause de la rareté de la main-d’œuvre. » 

Elle pince un peu les lèvres. 

M-H.G : « Finalement ce sont les deux personnes que l’on devrait aider qui nous aident le plus : ma mère et ma belle-mère. »  

La politique et la famille ne sont pas ses seules occupations. 

M-H.G : « Mon mari et moi avons une fibre entrepreneuriale.» Très tôt ils font des acquisitions en immobilier. Location de chalets, immeubles à logements et l’année dernière ils ont acheté le salon de quilles de Mont-Laurier : 16 allées et 900 clients par semaine, un investissement de plusieurs centaines de milliers de dollars. 

Un petit haussement de sourcil.  

M-H.G : « Je ne m’étais pas engagée en politique lors de cette acquisition. C’est comme s’il y avait quelque chose qui était en train de mûrir. Elle rit. Cela me fait penseà l’accouchement. J’étais prête à écouter les signes que la vie m’envoyait. C’est devenu clair que c’était ma route. Mais il y a toujours la petite voix cachée des femmes qui fait tant douter. Est-ce que c’est pour moi, est-ce que c’est ma place? Est-ce que je suis trop jeune? Est-ce que je suis assez forte, assez grande, assez belle? Y’a une petite cassette qui faisait entendre sa ritournelle mais que j’ai refusé d’écouter. » 

L.A. : « Lculpabilité? » J’ai à peine le temps de prononcer le mot. 

M-H.G : « C’est l’enjeu de ma vie. Chaque fois que j’allais voir mon père au CHSLD il me disait : arrête de t’occuper de moi, occupe-toi de ta famille. Un jour, je lui ai dit : C’est assez! Si je suis ici c’est parce que j’ai envie d’être ici. Je n’en pouvais plus de me dire que, pendant que je suis ici, je ne suis pas en train d’aller reconduire ma fille, je ne suis pas avec ma mère qui vit un deuil de ne plus être avec son mari et que sais-je encore. C’était trop difficile de toujours me dire que je n’étais jamais au bon endroit au bon moment. Heureusement, j’ai de bons mécanismes de défense. 

L.A. : « Il en faut car être élue députée, c’est être sur un siège éjectable non?» 

M-H.G : « Oui, mais dans ma vie professionnelle, j’ai toujours été sur des sièges éjectables et je ne travaillais pas en politique, sauf une fois : j’ai été attachée politique. Une de mes premières expériences de travail s’est passée dans l’industrie forestière, une industrie centenaire où je croyais être à l’abri pour longtemps. Eh bien, j’ai été la première à être mise à pied quand l’industrie a battu de l’aileAprès, je me suis replacée dans le communautaire au CSSS qui est devenu le CISSS18mois plus tard. J’ai été éjectée à cause d’un projet de loi. Et ainsi de suite. À 39ans, j’avais roulé ma bosse et je voulais trouver quelque chose que j’aimais. J’ai suivi un cours de coaching à Montréal qui m’a coûté dixmille dollarsHeureusement, mon père m’a aidée. Mais une idée me hantait constamment, comment se fait-il qu’à 39ans, je cherche encore ma voie ? » 

Quand la politique est entrée dans sa vie, elle a su qu’elle l’avait enfin trouvée! 

Photo tirée de la page Facebook de Marie-Hélène Gaudreau, députée de Laurentides-Labelle

L.A. : « Une chose m’a frappée dernièrement. J’ai lu l’article sur l’intimidation que subissent des femmes en politique dans le journal Accès. Je trouve que vous êtes la seule à tirer votre épingle du jeu. Vous donnez des faits sans jamais tomber dans la victimisation. » 

M-H.G « J’ai été dans des sphères où c’était rempli d’hommes et dans des environnements atypiques. Par exemple, dans l’industrie forestière, j’avais 23ans et on me donne comme mandat de créer le sentiment d’appartenance des gars avec l’entreprise. Le président m’a dit que je devrais donner les lignes directrices dans la «shop» des gars. Je devrais négocier et présenter nos objectifs de production parce que le président ne se sentait pas aimé! Elle rit. Bon, je suis quelqu’un qui nomme les choses. J’ai montré des chiffres et des tableaux. Ça n’a pas empêché des gars de tenir différents propos que j’aimais moins, mais j’ai appris à lâcher prise. Ça été une grande école. » 

Elle a appris à développer un discours rationnel et d’analyse. Elle a appris à ne pas tout prendre contre elle. Elle tente de comprendre la logique masculine et l’époque dans laquelle nous vivons.  

M-H.G : « À un moment donné on dépose les problèmes et on nomme tout. Je nomme les malaises toujours, partout. L’enjeu dans la vie c’est de décoder la perception de l’autre. » 

L.A. : « Être une femme d’affaires vous a-t-il préparé à devenir politicienne?» 

M-H.G : « Oui, la femme d’affaires en moi comprend les enjeux monétaires. Par contre la connaissance de mon coin de pays, du territoire, de la culture et des enjeux professionnels des commerçants ont aussi été très précieux. Mon passage dans l’industrie forestière m’a permis de comprendre le rôle d’un maire, comprendre son expertise. J’ai réalisé que si l’on veut représenter les gens, il faut aussi les connaître. » 

L.A. : « Quels objectifs personnels poursuivez-vous à travers la politique? » 

M-H.G : « Je veux contribuer au mieux-être collectif. Je veux combattre la pauvreté, apporter des changements en sécurité publique et en environnement. » 

L.A. : « Que vous apprend votre poste de députée?» 

M-H.G : « Cela me confirme que j’aime les gens et qu’ils ont besoin de se faire entendre. Ce rôle de députée a trois volets : gestion, représentation – ce qui à mon avis devrait être reconnu davantage parce que c’est sur le terrain qu’on peut connaître les gens– et celui de législateur.» 

L.A. : « Vos valeurs? » 

M-H.G : « Respect mutuel, amour, partage, c’est ce que je veux semer. Ne pas vivre que pour soi. Donner des réponses à tout le monde tout le temps. » 

L.A. : « Dans un article, j’ai lu que vous disiez être une ambassadrice. Pouvez-vous définir?» 

M-H.G : « C’est le fruit d’une démarche. Quand je travaillais dans le communautaire, je participais à la table nationale des corporations de développement communautairePresque toutes les régions du Québec y étaient représentées. Mais cette table nationale se tenait toujours dans le Centre-du-Québec. Alors, j’ai osé demander que ce soit chez nous et je l’ai obtenu. Par la suite, des participants sont revenus grimper la montagne du Diable et pratiquer un ensemble d’activités dans notre régionAujourd’hui, je suis en lien avec, entre autres, des députés qui représentent l’industrie forestièrde la Colombie-Britannique. On tente de se comprendre et de se connaître pour créer des alliancees.» 

L.A. : « Vous approchez de votre 100ejour en tant que députée. Quels sont vos vœux pour la suite de votre mandat?» 

M-H.G : « Je voudrais que ce qui a été bâti jusqu’à présent puisse être la base pour propulser ce qui s’en vient. Bien maîtriser le milieu et mon rôle de législatrice. Je veux être capable d’agir au bon endroit au bon moment et non pas prendre trop de temps pour apprendre parce que c’est maintenant que ça se passe. Donner une meilleure posture aux aînés(es) pour qu’ils puissent contribuer et agir dans leur communautéRamener les retraités sur le marché du travail sans les pénaliser fiscalement et ainsi profiter de leur savoir. Je veux aussi me pencher sur le sort des détaillants en encourageant l’achat local.»   

Isabelle nous rappelle à l’ordre et notre entrevue doit se terminer ici. Nous nous levons pour nous dire au revoir. Notre députée, cette femme toute simple et vraie, ouvre les bras et vient m’embrasser. 

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