La fraude des photos syriennes de Caesar

Photo de couverture de Lucas Jackson/Reuters tirée de The Guardian

Le journal LE ZigZag a choisi de ne pas publier de photographies relevant de la barbarie pour des raisons de décence et par respect pour les morts.

Une entrevue diffusée à la radio de Radio-Canada portait sur les photos prises par un certain Caesar – nom d’emprunt –, photographe militaire chargé de documenter et compiler les personnes mortes au cours de leur détention dans les prisons syriennes. Il s’était enfui du pays emportant avec lui 55 000 photographies illustrant, selon plusieurs médias, 11 000 victimes mortes par la torture. Les personnes participant à l’émission de radio que j’écoutais étaient outrées par l’ampleur de la barbarie et tenaient le régime al-Assad de même que son partenaire russe pour responsables de ce massacre. Comme j’étais en voiture, plusieurs détails m’ont échappé. Mais quelque chose n’allait pas. Ce récit avait pour moi quelque chose de déjà vu.

J’ai entrepris une recherche sur le Web pour tenter de brosser un tableau plus complet du cas Caesar, mais sans rien trouver de concluant dans les médias traditionnels. Cependant, quelques sites alternatifs sérieux et bien documentés racontaient une histoire différente que celle entendue à la radio. Voici le résultat de ma recherche.

Le site Web du Syria Solidarity Movement1 (SSM) a capté mon attention. Il s’agit d’un vaste réseau d’activistes qui s’oppose à la guerre d’agression contre la Syrie et qui s’est intéressé au cas de Caesar et de ses photographies de torture massive soi-disant liées au régime de Bachar Al-Assad en Syrie. Ainsi, le SSM a confié à Rick Sterling2, un journaliste d’enquête de grande réputation, la tâche de documenter ces affirmations. Il en a résulté un rapport de 30 pages3 – en anglais seulement – comportant plusieurs photographies, tout aussi insoutenables les unes que les autres et dont les conclusions laissent peu de doutes quant à la provenance des photos de Caesar et la véracité de son récit.

Voici une traduction libre d’un extrait du rapport du SSM.

P. 12 «[…] En résumé, les photos et les morts sont réels. Mais les causes et les circonstances dans lesquelles les morts sont survenues demeurent nébuleuses. Il existe des preuves solides que certains sont morts au cours d’affrontements armés. D’autres sont morts à l’hôpital. D’autres morts étaient déjà dans un état de décomposition au moment où ils ont été ramassés. Ces photographies semblent documenter une situation de guerre où de nombreux combattants et civils sont tués. […]»

Il semble que l’hôpital militaire d’où proviennent les photos faisait son travail routinier de maintenir un dossier photographique et documentaire des morts. Les cadavres ont été récupérés par diverses branches militaires ou de renseignement. Certains sont peut-être morts en détention, mais il semble que la grande majorité soit probablement morte dans les zones de conflit et non sous la torture.

Suite à ce rapport, on peut tirer la conclusion que les motifs de Caesar (à moins que ce ne soit uniquement l’argent) ont été de démoniser le régime syrien et perturber les négociations de paix sous l’égide des Nations-Unies. Cet alibi photographique, donnait un motif aux pays en guerre contre la Syrie, pour contourner les lois internationales et la Charte des droits des Nations Unies qui interdit l’agression d’un état souverain par un autre état souverain et intervenir avec des armes en Syrie.

Ceci suscitait d’emblée une autre question : qu’est-ce que ces pays envahisseurs ont donc à gagner dans tout ceci? À qui profite ce conflit? Malheureusement, répondre à cette question demanderait des mois de recherches.

Après la lecture du rapport de Rick Sterling, comment puis-je croire un photographe anonyme qui masque son visage et son identité et qui déclare posséder des photographies authentiques prouvant que le régime de Bachar Al-Assad pratique la torture à l’encontre de sa propre population? Quels intérêts auraient Assad à assassiner son peuple alors que les terroristes en territoire syrien affichent fièrement la torture qu’ils infligent aux populations civiles? Il me fallait pousser plus loin ma démarche pour trouver des réponses.

UNE FRAUDE QUI VISAIT À FAIRE S’ÉCROULER LES NÉGOCIATIONS POUR LA PAIX EN SYRIE

Le rapport du SSM sur les photos de Caesar offre un regard éclairé dans ce bourbier. J’ai traduit une partie du texte contenu dans ce rapport ainsi que ses conclusions.

P. 5 «Il existe un modèle d’événements sensationnels, mais faux qui ont conduit à l’acceptation par le grand public de l’intervention militaire américaine et occidentale dans les pays du monde :

* Dans la première guerre du Golfe, des informations ont fait état de troupes irakiennes volant des incubateurs au Koweït, laissant des bébés mourir sur le sol froid. Amnesty International a fait le constat de ces fausses accusations.

* Dix ans plus tard, il a été signalé que l’Iraq s’approvisionnait en uranium (Yellow cake) en vue de développer des armes de destruction massive.

* Une décennie plus tard, des rapports ont fait état de soldats libyens drogués au viagra et qui violaient des femmes tout au long de leur progression.

 «Le 20 janvier 2014, deux jours avant le début des négociations en Suisse sur le conflit syrien, un reportage sensationnel fait la une de tous les médias du monde entier. L’histoire raconte que Caesar – nom d’emprunt – un ancien photographe de l’armée syrienne était en possession de 55 000 photographies documentant la torture et le meurtre de 11 000 détenus par les autorités de sécurité syriennes.»

Le rapport du SSM nous indique que d’autres enquêtes ont été menées et viennent confirmer en tout ou en partie le récit de Caesar. Forts de ces affirmations, les médias ont pris la relève.

« […]CNN, London’s Guardian et Le Monde lancent l’histoire qui a ensuite été diffusée dans les reportages du monde entier. Des comparaisons ont été faites avec les nazis et les Khmers rouges, le gouvernement Assad en Syrie était diabolisé renforçant le message : Assad doit partir. »

CONCLUSIONS DU RAPPORT SSM

P. 12 «Les accusations de « Caesar », qui s’appuient entre autres sur les rapports Carter-Ruck et Human Rights Watch selon lesquels les victimes sont toutes décédées « en détention », « par la torture » ou en « garde à vue » sont presque certainement fausses.»

Quoiqu’on ne puisse juger l’entièreté d’un cas comme celui de Caesar avec les quelques mentions du rapport que j’ai choisies, il n’en demeure pas moins que le (ou la) recherchiste de l’émission de Radio-Canada aurait pu faire un travail plus pertinent et qu’un mot de mise en garde aurait dû être fait par l’animatrice de l’émission. Alors, vérité ou mensonge? Il reste à chacun à se poser les bonnes questions, à lire le rapport SSM, à consulter d’autres médias alternatifs sérieux, et à tenter d’en tirer ses propres conclusions.

Sources :

1Syria Solidarity Movement : www.syriasolidaritymovement.org.

2 Rick Sterling, journaliste d’enquête et fréquent collaborateur au Centre de recherche sur la mondialisation.

3Rapport intitulé The Caesar Photo Fraud that Undermined Syrian Negotiations http://www.syriasolidaritymovement.org/wp-content/uploads/2016/03/CaesarPhotoFraudReport_v6.compressed.pdf

Factbox: Caesar Syria Civilian Protection Act - Atlantic Council
Photographie : REUTERS/Jonathan Ernst tirée de Atlantic Council

Photographie de Caesar dont on ne voit jamais le visage et qui apparaît toujours déguisé et vêtu d’une veste cagoulée bleue.

Partagez nos articles !
Vous avez aimé cet article ? Partagez-le.

Laisser un commentaire