La guerre des motoneiges

Il y a trente ans, alors que Val-David trônait déjà comme destination de plein air, on se demandait ce qui allait advenir de la voie ferrée désaffectée du P’tit train du Nord. Un homme d’affaires de Sainte-Adèle avait choisi de profiter de la situation pour promouvoir la pratique de la motoneige et d’utiliser ce corridor désaffecté, qui passait par Val-David, comme chemin d’accès privilégié aux Hautes-Laurentides. Cette décision allait entraîner une véritable guerre entre les motoneigistes et les pratiquants du ski de randonnée (c’est ainsi qu’on appelait la pratique du ski de fond à l’époque).

Bien que les motoneigistes rendaient des services importants aux skieurs en agissant comme secouristes motorisés, notre village était devenu un lieu de passage important entre les Basses-Laurentides et les Hautes-Laurentides et la voie ferrée demeurait une avenue de prédilection pour ces sportifs dont l’affluence devenait de plus en plus insoutenable. Ainsi, les abus associés à cette activité se faisaient sentir péniblement, surtout pour ceux qui habitaient à proximité de la voie : cortèges interminables de motoneiges bruyantes et pétaradantes jusque tard dans la nuit, odeurs d’essence, circulation dans le village, empiétements sur les terrains privés par les fêtards, dégâts dans les pistes de ski de fond, slalom à haute vitesse entre les skieurs, etc. En contrepartie, avec l’augmentation de ces désagréments parfois dangereux, les gestes des skieurs devenaient de plus en plus agressifs : engueulades, batailles à coups de cannes de ski, plaintes à la police, plaintes à l’assemblée municipale, articles dans les journaux; une motoneige qui se promenait dans les sentiers de ski courait le risque de se voir immobilisée et les clés du véhicule projetées dans la neige; le pont des motoneigistes qui enjambait la rivière du Nord a été sévèrement endommagé par des activistes. De 1986 à 1992, l’ampleur et l’intensité des tracas s’étendaient de la simple obstruction aux menaces de mort.

On trouvait, d’un côté, les membres du Club de plein air de Val-David et ceux du Club de plein air de Val-Morin avec les François Gibeau, Allastair Mackenzie, Gilles Parent, Bernard de Pierre et moi-même face à des adversaires tenaces avec, en tête, M. Poiré président du club de motoneiges des Laurentides et ses membres, les adeptes de motoneiges de notre village et les employés d’une firme de services de Sainte-Adèle.

L’enjeu était de taille : nous avions remarqué que la cohabitation entre les motoneiges et le ski de randonnée était impossible et que les pratiquants d’activités de plein air risquaient de déserter notre village en faveur de destinations plus accueillantes. Mais surtout, on ne pouvait imaginer que notre village, véritable Mecque du plein air au Québec, soit assailli par la motoneige. En d’autres termes, il fallait trouver un arrangement viable pour tous. En 1991, l’élection de Laurent Lachaîne à la mairie de notre municipalité marquera le tournant de ce conflit. Suite à une importante consultation populaire, il interdit la pratique de la motoneige sur tout le territoire de la municipalité tout en réservant deux corridors pour permettre aux motoneigistes de le contourner. En guise de remerciements, Laurent Lachaîne recevra une balle de fusil déposée dans une enveloppe adressée à son nom, sans toutefois qu’il se laisse intimider.

Enfin, la création du Parc linéaire du P’tit train du Nord porte le coup de grâce à la pratique de la motoneige. En effet, il est décidé que le ski de fond se pratiquerait de Saint-Jérôme à Val-David et qu’à partir de Sainte-Agathe, la motoneige prendrait la relève jusqu’à Mont-Laurier.

Ainsi se terminait la guerre des motoneiges qui aura durée 6 longues années, une de plus que la Seconde Guerre mondiale.

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