La station Mont-Tremblant, 70 ans!

En février 1938 Joe Ryan, héritier d’une riche famille de Philadelphie, revient d’un tour du monde et aboutit à l’hôtel Gray Rocks. Attablé dans la grande salle à manger vitrée, il admire le mont Tremblant enneigé et givré. Il demande à ses voisins de table qui s’apprêtent à en faire l’ascension s’il peut se joindre à eux. Joe grimpera la montagne avec Tom Wheeler, fils du propriétaire de l’hôtel, et du journaliste new-yorkais Lowell Thomas. Skis aux pieds, ils grimpent la montagne de peine et de misère. Joe est épuisé. Mais la beauté du paysage lui fait oublier l’immense effort.  

« En arrivant au sommet, Joe a un coup de cœur pour le paysage qui se déploie devant lui. Ce qu’il voit l’émeut profondément. C’est si grand, si calme et si majestueux qu’il a l’impression que le temps n’a plus d’emprise sur lui et que la liberté s’y étend à perte de vue. (…)Tout devient clair (…) Sa vie vient de changer, il a trouvé sa montagne et sa maison. Désormais il n’a qu’un seul but, rendre le sommet du mont Tremblant accessible à tous. »i 

Il dit à Lowell Thomas : It’s too damn hard to get up here. But I think Ill fix that! (C’est trop difficile de monter jusqu’ici, mais je vais arranger cela.) 

Ces paroles à peine murmurées semblent être portées par l’écho jusqu’aux oreilles de Charles-Hector Deslauriers, curé du village de Mont-Tremblant.  

L’arrivée de Joe Ryan est une bénédiction et le curé ne laissera pas le miracle lui échapper. En effet, depuis que la Standard Chemical a fermé ses portes, le village est plongé dans la misère. 

Il devient donc le complice de Joe et il fera tout pour que le rêve du Philadelphien se matérialise : il trouve la main-d’œuvre, gère les relations humaines, facilite les relations avec le gouvernement, motive les travailleurs et, en un mot, devient le bras droit de Joe. Ce dernier en a bien besoin, car le mont Tremblant est situé à l’intérieur des limites du parc du Mont-Tremblant et toute construction y est interdite sans un arrêté ministériel. 

Malgré l’interdiction, Joe entreprend la construction d’une auberge de 20 chambres qu’il nomme le Inn, ainsi que plusieurs petits cottages, quelques boutiques et un grand restaurant dans lequel on a oublié de prévoir une cuisine. Parallèlement on défriche le tracé de la piste Flying Mile du nom de son cheval de course.  

Et quand Maurice Duplessis, premier ministre du Québec, lui donne enfin un vague assentiment, les constructions sont déjà bien amorcées.  

Le temps presse. Joe connaît la situation politique qui prévaut en Europe; la guerre est proche et bientôt les Alpes ne seront plus accessibles aux grandes familles fortunées. Joe dote alors son projet d’un cachet unique : sa station de ski située dans ce qu’il appelle le Grand Nord offrira le caractère de la France provinciale du XVIIe siècle, et elle sera située sur le plus haut sommet de la plus vieille chaîne de montagnes sur terre. 

Toutefois, il a beau mettre de la pression sur le gouvernement, il n’a toujours pas ses autorisations. La facture monte. Il a déjà investi près de 50 000 $. Joe en a assez et refuse d’aller de l’avant. Le 14 octobre 1938, il met la clé sur le chantier et part pour New York. 

Toutefois, le curé ne l’entend pas de cette oreille. Il presse le gouvernement de délivrer les permis, mais se bute lui aussi aux lenteurs administratives. C’est alors que sans sourciller, il menace le premier ministre Duplessis : « De Mont-Laurier à Saint-Jérôme, pas une âme ne votera pour vous si les autorisations de construire dans le parc sont refusées. Je m’en occupe personnellement ». Duplessis prend l’affaire très au sérieux et donne son accord.  

Il reste à trouver Joe. Le curé téléphone à New York et demande l’aide d’une téléphoniste : « Connect me with Joseph B. Ryan somewhere in New-York City! » Le jour suivant le curé parle à Joe descendu à l’hôtel Gotham. S’agit-il d’un nouveau miracle? L’histoire ne le dit pas. Quoi qu’il en soit, les téléphonistes new-yorkaises semblent avoir été inspirées. Mais le 12 février 1939,  une foule de skieurs et de journalistes très enthousiastes viennent assister à l’ouverture de la station de ski. Le clou du spectacle : un curieux manège de chaises fixées à un câble, qui permet aux skieurs de remonter la montagne tout en demeurant assis confortablement. Pour le Canada, c’est une immense première! 

Le hic, c’est que l’engin miraculeux refuse de démarrer et que tous doivent attendre de longues heures sous un froid de canard. Mais ça, c’est une autre histoire. 

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