La suite des stratagèmes de Schopenhauer!

Voici comme prévu, dix autres stratagèmes de Schopenhauer qui peuvent être très utiles aux candidats et citoyens qui suivent de près la campagne électorale. Ainsi pourrons-nous peut-être reconnaître le vrai du faux.

Bonne lecture!

11- L’INTRODUCTION

Faire croire à l’adversaire qu’il a reconnu lui-même une « vérité générale admise » en lui faisant concéder plusieurs cas particuliers par induction.

Ex.: L’acier est un métal solide à la température ambiante. L’or aussi est un métal solide à la température ambiante. De même que l’aluminium, le bronze, etc. Donc, on peut dire que tous les métaux sont solides à la température ambiante.

12- TITRE RONFLANT

Choisir une désignation flatteuse pour désigner notre thèse, notre fonction, notre titre. Ou à l’inverse, utiliser des termes orduriers pour désigner une thèse que l’on cherche à discréditer. Un orateur trahit souvent à l’avance ses intentions par les noms qu’il donne aux choses.

Ex.: Désigner la personne atteinte de la maladie du SIDA comme « sidéen » plutôt que comme « sidatique », le premier terme s’apparentant à l’habitant d’un pays plutôt que le second qui désigne celui qui est affublé d’une maladie. Désigner les protestants comme « l’Église unie » alors que les catholiques les considèrent comme des « hérétiques ». Parler des cols bleus comme des « fier-à-bras » ou parler des intellectuels comme des « pousseurs de crayon » pour discréditer leur fonction sociale.

13- CONTRASTE ENGAGEANT

Pour faire en sorte qu’il accepte notre thèse, nous devons lui en présenter le contraire et lui laisser le choix, ayant pris soin de mettre en évidence l’aspect péjoratif de cette antithèse. L’adversaire, sous peine qu’on croie qu’il cultive l’art du paradoxe ne pourra faire autrement que de se rallier à notre manière de penser.

Ex.: C’est comme quand on met du gris à côté du noir : on dirait du blanc ; alors que si on le met à côté du blanc, on dirait du noir.

14- TRIOMPHE PROCLAMÉ

Un tour pendable consiste, quand il a répondu à plusieurs questions sans que ces réponses soient allées dans le sens de la conclusion vers laquelle nous tendons, à déclarer qu’ainsi la déduction à laquelle on voulait aboutir est prouvée, bien qu’elle n’en résulte aucunement. Il faut le proclamer triomphalement.

L’interlocuteur se retrouvera complètement déstabilisé du fait que, ne trouvant aucun lien entre le discours et la conclusion, on laisse entendre qu’il n’est pas assez subtil pour l’avoir saisi. Il a donc le choix entre perdre la partie ou paraître lent d’esprit. Il y a toutes les chances qu’il choisisse d’être perdant pour faire croire qu’il a compris le lien bidon et sauvegarder sa réputation « d’intelligent ».

Ce stratagème fonctionne admirablement avec les timides et les lents d’esprits, mais il peut générer la haine et la vengeance sournoise.

15- SE DÉCOINCER

Si nous avons posé une thèse paradoxale que nous avons du mal à démontrer, il faut présenter à l’adversaire n’importe quelle proposition exacte, mais d’une exactitude pas tout à fait évidente, afin qu’il l’accepte ou la rejette.

S’il la rejette par méfiance, nous le confondons par l’absurde et triomphons; mais s’il l’accepte, c’est que nous avons tenu des propos raisonnables et nous pouvons ajuster notre tir en conséquence. Ou bien nous ajoutons le stratagème n°14 et affirmons alors que notre paradoxe est démontré. Il faut pour cela être d’une extrême impudence, mais il y a des gens qui pratiquent ceci très adroitement de façon instinctive.

16- INCITER À SE COMMETTRE, À COHÉRENCE

Quand l’adversaire fait une affirmation, nous devons chercher à savoir si elle n’est pas d’une certaine façon, et ne serait-ce qu’en apparence, en contradiction avec quelque chose qu’il a dit ou admis auparavant, ou avec les principes d’une école ou d’une secte dont il a fait l’éloge, ou avec les actes des adeptes de cette secte, qu’ils soient sincères ou non, ou avec ses propres faits et gestes. Ce stratagème est très facile à appliquer puisque, n’ayant pas eu l’opportunité de faire le « ménage » dans leurs idées reçues, la plupart des gens sont des paradoxes ambulants.

Ex.: S’il prend parti en faveur du suicide, lui demander aussitôt : « Pourquoi ne te suicides-tu donc pas ? » Ou bien s’il dit que Montréal est une ville désagréable, s’écrier aussitôt : « Comment se fait-il que tu y habites ? », etc.

17- INTRODUIRE UNE DISTINCTION

Si l’adversaire a une parade qui nous met dans l’embarras, nous pourrons souvent nous tirer d’affaire grâce à une distinction subtile à laquelle nous n’avions pas pensé auparavant si tant est que l’objet du débat admette une double interprétation ou deux cas distincts.

18- DÉTOURNER LA CONVERSATION

Si nous nous rendons compte que l’adversaire s’est emparé d’une argumentation qui va lui permettre de nous battre, nous devons l’empêcher de parvenir au bout de sa démonstration en interrompant à temps le cours de la discussion, en nous esquivant ou en détournant le débat vers d’autres propositions.

Ex.: Lorsque l’adversaire vous dit que vous avez tort, faites-lui remarquer que son lacet de soulier est détaché.

19- GÉNÉRALISER (2)

Si l’adversaire exige expressément que nous argumentions contre un certain aspect de son affirmation, et que nous n’ayons rien de valable à dire, il faut se lancer dans un débat général et la contrer.

Ex.: Si nous devons dire pourquoi une certaine hypothèse physique n’est pas fiable, nous parlerons du caractère fallacieux du savoir humain et l’illustrerons par toutes sortes d’exemples.

20- CONCLURE

Si nous lui avons demandé les prémisses et qu’il les a admises, il faut, non pas lui demander en plus la conclusion, mais la tirer nous-mêmes; et même s’il manque l’une ou l’autre des prémisses, nous la considérerons comme admise et tirerons la conclusion. Nous donnerons ainsi l’illusion à l’adversaire qu’il approuve de fait cette conclusion puisque ce sont ses prémisses qui la soutiennent.

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