La maltraitance envers nos aînés

Je suis président d’un comité qui lutte contre la maltraitance et contre l’abus de pouvoir envers les personnes aînées et nous traitons de ces sujets lors de rencontres avec diverses associations de retraités et lors de formations données à différents groupes de personnes aînées.

Comment ne pas se sentir outré par l’abus de pouvoir qui accompagne la maltraitance faite envers les personnes aînées? Ces états de fait existent depuis longtemps dans notre société, dite évoluée, mais passent sous le radar quand vient le temps de choisir où mettre les efforts et l’investissement nécessaire par les différents paliers gouvernementaux ou dans les politiques de gestion des établissements responsables de personnes aînées. Et nous, citoyens et citoyennes, n’avons-nous pas aussi une responsabilité envers nos personnes aînées… Se ferme-t-on aussi les yeux? On pense peut-être que ce n’est pas à nous de nous impliquer?

Plusieurs secrets, plusieurs tabous existent en ce qui concerne la maltraitance et l’abus de pouvoir. Souvent, les personnes aînées, qui en sont victimes, n’osent pas en parler par peur de représailles, par honte, par manque de connaissances des ressources existantes pour les aider, etc.

Tout comme la maltraitance, il y a plusieurs types d’abus de pouvoir envers les personnes aînées. En voici quelques-uns;

  • L’abus psychologique;
  • L’abus physique;
  • L’abus matériel et financier;
  • L’abus organisationnel;
  • L’abus vis-à-vis les droits et libertés.

L’abus de pouvoir psychologique est souvent exercé par des proches qui essaient de jouer sur les sentiments de la personne aînée pour en retirer des bénéfices, par exemple, le chantage affectif. Il se fait par manipulation, humiliation, insulte, dénigrement, menaces verbales, privation du pouvoir, surveillance à outrance, rejet, indifférence, isolement social. On constate aussi que certains de ces sentiments existent entre résidents d’une unité qui, par exemple, refusent une personne à leur table ou à leurs jeux en groupe.

L’abus de pouvoir physique comporte aussi son lot de gestes inappropriés qui s’exercent de la façon suivante : en bousculant la personne aînée, en la rudoyant voire même en la frappant. Ce type d’abus se manifeste aussi en forçant l’alimentation et en menaçant la personne aînée de ne pas lui donner de services d’hygiène en retour.

L’abus de pouvoir matériel ou financier, c’est l’obtention ou l’utilisation frauduleuse, illégale, non autorisée ou malhonnête des biens ou des documents légaux de la personne aînée. L’absence d’informations ou de désinformation financière sont aussi considérées comme de l’abus de pouvoir matériel ou financier. On n’a qu’à penser à la modification, sous pression, du testament, aux transactions bancaires sans consentement, au détournement de fonds, aux coûts excessifs imposés pour divers services et au refus de fournir les biens associés.

L’abus de pouvoir organisationnel se fait souvent par des procédures d’organisations privées, publiques ou communautaires qui sont responsables d’offrir des soins ou des services de tous types, qui compromet l’exercice des droits et libertés de la personne aînée. Offrir des services de façon brusque ou inadaptée en est un bon exemple. Aussi, un manque de directives claires, du personnel mal formé ou non mobilisé sont malheureusement des situations qui entraînent de l’abus de pouvoir organisationnel.

L’abus de pouvoir par la violation des droits et libertés c’est de refuser aux personnes aînées le droit de choisir, de voter, ledroit à l’intimité, à leur pratique religieuse, de reconnaître leurs capacités en leur imposant un traitement médical, etc.

Malheureusement, ces types d’abus de pouvoir existent vraiment dans notre société et ce, même si nous sommes en 2021. Peu de personnes aînées sont capables d’exprimer et de dénoncer l’abus de pouvoir, quel qu’en soit le type. C’est pourquoi nous devons être leurs yeux et leurs oreilles. Nous devons leur en parler ainsi qu’à leur famille ou proche-aidant pour les en informer.

Au cours des dernières années, le gouvernement provincial a mis en place des actions pour aider nos personnes aînées. Je pense, entre autres, à la loi 6.3 adoptée le 30 mai 2017 et visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés et toute personne majeure en situation de vulnérabilité. Cette loi oblige les établissements, les médecins et autres professionnels à dénoncer ces situations. D’autre part, des commissaires aux plaintes, dans les établissements publics comme les CISSS, CIUSSS, s’occupent aussi des plaintes déposées envers les résidences privées.

Beaucoup de travail reste à faire pour contrer l’abus de pouvoir et la maltraitance envers les personnes aînées. Cette pandémie nous a démontré que nos personnes aînées ont été relayées aux oubliettes avec tout ce que ceci engendre dans leur vie de tous les jours. Ne fermons pas les yeux, impliquons-nous lorsque possible de le faire, dénonçons les situations que nous constatons et n’oublions pas que notre qualité de vie d’aujourd’hui c’est, en grande partie, à nos personnes aînées que nous la devons.

  • Pour de l’aide immédiate
  • Ligne INFO-AIDANT 1-855-852-7784
  • Ligne AIDE ABUS AÎNÉS 1-888-489-ABUS (2287)

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