L’assurance-emploi est une protection sociale

Pierre Céré; photo d’archives, Agence QMI

Par: Pierre Céré, porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC)

Chômeur? Chômeuse? Voilà une situation peu enviable et bien souvent dénigrée. L’expression de préjugés n’a pourtant pas sa place dans une société moderne, surtout quand on rappelle ce « bon vieux temps » où il n’y avait qu’un peu de charité et beaucoup de pauvreté pour celui et celle qui se retrouvaient sans emploi.

Ce que nous avons autour de nous, et qui assure notre filet social, nous l’avons, comme société, beaucoup désiré et beaucoup débattu. Nombre d’organismes, de partis politiques, et de personnes dévouées à une cause sociale, en ont fait le cheval de bataille de leur vie. L’histoire de l’assurance-chômage s’inscrit en droite ligne dans cette perspective.

Le chômage n’est ni une condition de vie ni un état permanent. Il s’agit plutôt d’une situation passagère, trop souvent intériorisée par plusieurs comme un sinistre personnel.

Osons un parallèle avec le système de santé. Le fait de n’avoir jamais été malade ou n’avoir jamais eu recours au système de santé invalide-t-il l’importance d’un système public assurant une couverture universelle à tout citoyen confronté à un problème de santé, même si un tel système nécessite des changements et des améliorations? La même logique s’applique à un programme de sécurité économique en cas de chômage.

Pourquoi l’assurance-emploi?

L’organisation du travail actuel produit le chômage. Le tiers de la population active n’occupe pas un emploi permanent : près de 20 % des salariés et salariées travaillent à temps partiel. De ce nombre, on calcule qu’il est composé aux deux tiers par des femmes et que près de 15 % des travailleurs occupent un emploi temporaire – contrat déterminé, saisonnier, sur appel et autres. Ce phénomène, largement étudié parmi les pays développés, ne cesse de s’accroître. Le travail et le chômage ne sont pas deux réalités différentes. Elles sont intrinsèquement liées, comme les deux côtés d’une même médaille.

Même dans le monde de l’éducation et de la santé, largement représenté par des femmes et que l’on croit à tort blindé par la sécurité d’emploi, un pourcentage important de travailleurs et de travailleuses occupe un emploi temporaire. Ailleurs, des employeurs ont recours à la sous-traitance et autres procédés pour empêcher la permanence.

Le chômage est là, présent, malgré une situation d’emploi qui n’a jamais été aussi florissante. Au Québec, nos taux de chômage sont à un plancher historique : plus bas qu’en Ontario, plus bas que la moyenne canadienne. C’est inédit, et à la fois formidable. Dire et comprendre cela n’évacue pourtant pas une autre réalité : nombre de travailleurs et de travailleuses vivent une situation d’emploi précaire, parfois de pauvreté, et se retrouveront, à un moment ou à un autre, en situation de chômage, c’est-à-dire entre deux emplois.

Tous et toutes, nous travaillons dur. Nous en connaissons les difficultés et nous savons intimement, chacun et chacune, disposer de bien peu de marge de manœuvre financière. Alors, quand survient la perte d’un emploi, l’urgence d’un revenu de remplacement s’impose, ne serait-ce que pour assurer au minimum la capacité de payer les comptes. C’est ça l’assurance-emploi.

Une protection sociale à améliorer

Malheureusement, ce régime de protection sociale a considérablement été malmené au cours des années 1990. Nous vivons toujours, d’ailleurs, sous le coup de ces paramètres inéquitables : un travailleur sur cinq est refusé à l’assurance-emploi à cause de la raison de fin d’emploi; nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à cumuler le nombre d’heures de travail suffisant pour se qualifier; d’autres se retrouvent aux prises avec un acharnement bureaucratique qui en décourage plus d’un.

Un exemple parmi tant d’autres où nous sommes intervenus comme groupe de défense des droits : après avoir reçu les 15 semaines de prestations de maladie prévues au programme, une travailleuse a été jugée par son médecin apte au travail, mais dans un cadre de travaux légers. Elle s’est donc retrouvée techniquement en chômage. Un enquêteur s’est mis sur son dos, ne la croyant pas capable de travailler, questionnant cette personne sur ses allées et venues. Il cherchait à lui refuser ses prestations régulières. Cette femme, une mère de famille qui venait de perdre son fils – d’où la raison de son arrêt maladie – se trouvait encore dans un état fragile, émergeant tant bien que mal d’une période fort douloureuse, se cherchait un nouvel emploi. Seule face à ce fonctionnaire, elle n’aurait pas réussi à s’en sortir. Il a fallu notre intervention.

Le régime d’assurance-emploi, tel qu’il est devenu, cherche trop souvent à refuser des gens en les rendant coupables de leur situation. Il faut que cela change, qu’il y ait un nouvel équilibre : une norme d’admissibilité mieux calibrée, prenant en compte les réalités particulières du monde saisonnier typique de nos régions. Il nous faut encore des bonifications aux prestations maladie et un système plus humain, plus proche des gens. Le monde du travail mérite cela.

Si vous subissez un litige, ou avez besoin de soutien face à l’assurance-emploi, n’hésitez pas à contacter l’un des groupes membres du Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) : www.lecnc.com

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