Le français, je le parle par 🧡

Quand la langue française glane son vocabulaire un peu partout sur notre planète

Comme les aventures et le plein air sont Ă  l’honneur dans ce numĂ©ro, j’ai pensĂ© dĂ©montrer la richesse de notre langue française en vous proposant un voyage qu’elle a commencĂ© depuis belle lurette et dont je ne peux vous prĂ©dire la fin, assoiffĂ©e qu’elle est de trouver les mots adaptĂ©s Ă  chaque Ă©poque, Ă  chaque invention, et Ă  chaque nouvelle mode vestimentaire! 

Vous pourrez constater qu’au cours des siècles, notre langue a empruntĂ© de nombreux mots ou expressions lors des conquĂŞtes des Français ou de l’occupation de leur territoire par des vainqueurs. Ainsi, les Gaulois, peuplades celtes, occupèrent progressivement la France et nous ont lĂ©guĂ© surtout des termes de la vie rurale : chĂŞne, bouleau, charrue par exemple. Puis, quand le latin y devint la langue officielle du territoire, comme on dirait aujourd’hui, lĂ  encore le vocabulaire français a hĂ©ritĂ© d’environ 50 % de mots provenant du latin parlĂ© en Gaule : agenda, dĂ©corum, forum, gratis, recto, verso et ultimatum par exemple.

Tout au long des siècles, la France s’est trouvĂ©e en relations commerciales ou en guerre; ses rĂ©sidants ont fait des voyages d’explorations et de dĂ©couvertes dans plusieurs pays du monde et se sont frottĂ©s Ă  beaucoup de langages, intĂ©grant ainsi des centaines de mots Ă©trangers dans la langue française. Ces emprunts proviennent, selon les circonstances et les types de relations, de l’agriculture, de l’architecture, des arts, du tourisme, de la guerre â€“ termes militaires â€“, de produits, d’objets, de patronymes reconnus, comme Sandwich et Ampère, ou de noms gĂ©ographiques comme moka (1767, Moka, nom du port du YĂ©men Nord) et sardine (1380, Sardaigne, Ă®le au sud de la Corse).

Venez dĂ©couvrir la provenance de quelques-uns de ces mots français qui vous permettront de voyager sur les cinq continents de notre planète. 

Associez les mots (chiffres) Ă  la langue (lettre) de laquelle ils sont issus

Votre réponseMotLangue d’origine
 1-Escalea-Espagnol
 2-Meringueb-Italien
 3-Bivouacc-Anglais
 4-Judod-Polonais
 5-Moustiquee-Japonais
 6-Tulipef-Russe
 7-Anorakg-Chinois
 8-Achiganh-Persan
 9-Pagaiei-Turc
 10-Auberginej-Inuktitut
 11-Yoyok-Allemand
 12-QuĂ©tainel-Sanskrit1
 13-Bougiem-Malais
 14-Sucren-Algonquin
 15-Handicapo-Arabe
 16-Mazoutp-QuĂ©bĂ©cois
1 Langue indo-européenne encore parlée en Inde par certains érudits

Voir le corrigé est à la fin du texte.

Si vous n’avez pas trichĂ©, vous pouvez maintenant consulter le corrigĂ© Ă  la fin de ce texte pour constater si vous avez vraiment fait le tour du monde sans « perdre le nord Â»! Dans le corrigĂ©, sont Ă©galement notĂ©es les annĂ©es oĂą ces mots se sont intĂ©grĂ©s au français. On peut donc affirmer que vous avez Ă©galement voyagĂ© dans le temps!

Étymologie de deux mots à l’histoire savoureuse

Quétaine, kétaine, quétenne

C’est probablement dans la rĂ©gion de Saint-Hyacinthe que le mot « kĂ©taine Â» prend son origine. Au cours des annĂ©es 1940, il est appliquĂ© aux rĂ©sidents du marchĂ© Ă  foin, surnom donnĂ© au quartier de la basse ville maskoutaine, pauvre et adjacent au marchĂ© Ă  foin de la municipalitĂ©.

Ici trois histoires s’affrontent :

  • La plus rĂ©pandue et la plus plausible suggère que le mot soit un dĂ©rivĂ© du nom de famille Keeting, Keaton ou McKeaton, venant d’une famille d’origine irlandaise vivant dans ce quartier, famille malpropre, qui gardait mĂŞme des porcelets dans sa cuisine et qui aurait eu des goĂ»ts vestimentaires et une tenue publique discutables. Le nom se serait gĂ©nĂ©ralisĂ© pour identifier les gens du secteur.
  • L’autre histoire est celle d’AndrĂ©e ChampagnecomĂ©dienne, qui affirme que le mot aurait Ă©tĂ© une expression familiale dĂ©rivant de « quĂŞteux Â» et visant les mendiants de ce quartier qui portaient des vĂŞtements dĂ©modĂ©s et mal agencĂ©s. Selon ses dires, le mot se serait glissĂ© dans une conversation avec Dominique Michel et Denise Filiatrault et c’est ainsi qu’il se serait retrouvĂ©, quelques semaines plus tard, dans un des sketches de l’Ă©mission quotidienne des deux actrices.
  • Selon les mĂ©moires Ă©crites (volume premier, page 44) de TĂ©lesphore-Damien Bouchard, maire de Saint-Hyacinthe de 1917 Ă  1930, « QuĂ©tenne Â» provient du surnom d’une des plus notoires familles du bas de la ville, les Martin dits QuĂ©tenne.

Certains QuĂ©bĂ©cois en vue cultivent une image quĂ©taine, par exemple Mado Lamotte qui applique aussi ce qualificatif pĂ©joratif Ă  sa propre clientèle.

Tongs, gougounes

Sandales des dynasties hérakléopolitaines égyptiennes, source Wikipedia

VoilĂ  des chaussures qui ont beaucoup voyagĂ©! On leur donne plusieurs noms : samara, savate, savate deux doigts, claquette, sandale, slache et gougounes au QuĂ©bec. ConstituĂ©es au dĂ©part d’une semelle rigide en papyrus tressĂ© et dotĂ©es de lanières de cuir on les retrouve sur des bas reliefs Ă©gyptiens vers 3 200 avant J.-C.  Elle est prĂ©sente dans d’autres civilisations : Romains, Perses, Indiens et Japonais oĂą elles font encore aujourd’hui partie du costume traditionnel des geishas. Aujourd’hui, on les retrouve un peu partout sur la planète : BrĂ©sil, Afrique du Sud, Australie, PolynĂ©sie, Myanmar, Chine, Hong-Kong, les pays d’Europe, États-Unis, Canada, etc. En 2012, une sociĂ©tĂ© du BrĂ©sil en a fabriquĂ© quatre milliards de paires. Peu coĂ»teuse Ă  fabriquer, rapide Ă  chausser, adaptĂ©e Ă  la plage, laissant le pied nu Ă  l’air libre, elle est devenue une chaussure idĂ©ale Ă  porter en Ă©tĂ©.

En terminant, sachez que des tongs ou gougounes, il en existe pour satisfaire tous les goĂ»ts. Les moins chères se vendent environ 5 $, mais, dans l’édition du Soleil du 19 juillet 2014, la journaliste Carola SolĂ© de l’agence France Presse rapporte ceci : « On en a vu aux pieds de Madonna, David Beckham ou Kim Kardashian, pour laquelle le joaillier H. Stern a modifiĂ© une sĂ©rie de paires serties d’or pour 22 500 $ Â»!  

Alors, malgré cette pandémie mondiale, profitez bien de l’été pour vivre des aventures de plein air en portant vos gougounes et le soir, réchauffez-vous les orteils près d’un beau feu de camp, si les conditions le permettent!

Corrigé

1- Escaleb-Italien, 1507
2- Meringued-Polonais, 1737
3- Bivouack-Allemand, 1650
4- Judoe-Japonais, 1931
5- Moustiquea-Espagnol, 1654
6- Tulipei-Turc, 1600
7- Anorakj- Inuktitut, 1945
8- Achigann-Algonquin
9- Pagaiem- Malais, 1686
10- Aubergineh- Persan, 1750
11- Yoyog-Chinois, 1932
12- Quétainep-Québec, 1940
13- Bougieo- Arabe, 1300
14- Sucrel- Sanskrit,
15- Handicapc-Anglais, 1827
16- Mazoutf-Russe, 1902
Note : le chiffre après la langue indique l’année où il a été intégré dans la langue française..

Références

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