Le légendaire Gilles Parent

Chronique 2: #MoiAussilAventure 

Une figure marquante de Val-David qui deviendra un jour légendaire! 

  • Intronisé au Temple de la renommée du ski des Laurentides en 2014 
  • Président de l’association des auteurs des Laurentides  

Toute une vie d’aventure marquée par les arts et le plein air! 

Gilles Parent 77 ans, citoyen de Val-David, danse depuis toujours entre les arts et le plein air sans jamais trahir l’un ou l’autre. Au contraire, Gilles a su les lier l’un à l’autre et leur donner un relief bien particulier. Cela dit, du relief, il a su en créer partout. En art, en plein air, avec ses amis, sa famille et que sais-je? Quand on est avant-gardiste, on défriche le chemin et ce n’est jamais de tout repos, ni pour lui, ni les autres. Gilles est de la classe de gens qui donne des coups d’accélérateur à la vie.   

Ses amis et ses ennemis en témoigneront : rien n’est jamais terne avec Gilles Parent. Chaque aventure qu’il vous raconte se termine bien et généralement à la buvette en fêtant avec les amis. 

Comment devient-on un aventurier quand on naît au centre-ville de Montréal?  

En suivant le chemin de son cœur et de ses talents. 

Né en 1942, en pleine guerre dans un quartier rude de Montréal où il n’y a pratiquement pas d’arbre ni de pelouse, il commence ses études classiques, mais doit prendre une autre direction faute d’argent.  

Il décide donc de suivre un cours de modeleur à l’École des arts et métiers. Les modeleurs réalisent sur bois, en plâtre ou avec différents matériaux, le modèle qui ensuite est coulé en fonderie. Ex. une roue de chemin de fer. Ils ne sont que sept élèves pendant que 62 étudient pour devenir électriciens. Déjà les prémisses de sa personnalité aventureuse font surface. Il n’a que 15 ans. 

Saut de page 

LES ARTS 

Tout en travaillant, il suit des cours du soir en architecture à l’École des Beaux-arts de Montréal. Mais, s’il est fort en dessin et en histoire de l’art, il coule les mathématiques et la géométrie. Il va donc noyer sa peine à la taverne (ancêtre de la buvette) et, la vie qui a horreur du vide et qui surtout semble aimer Gilles autant qu’il l’aime, met sur sa route juste à la table d’à côté, Pierre Bourassa le chef décorateur à Radio-Canada, et professeur à l’école des beaux-arts.  

G.P. : Bourassa me dit : je vais te prendre en sculpture. J’ai donc fait mes cours du soir en sculpture et de fil en aiguille je suis devenu professeur d’art plastique sans cours de pédagogie puisqu’à l’époque on n’en demandait pas pour certaines matières. 

Il enseigne depuis environ deux ans, quand un département d’éducation cinématographique ouvre ses portes et se niche bien solidement dans le cœur et la tête de Gilles. Il ne fait ni une ni deux et part pour la France compléter un stage à l’Institut des Hautes Études cinématographiques. Avec son certificat en poche, il revient et ouvre le département d’éducation cinématographique à l’école régionale. En peu de temps, il devient chef du département de l’enseignement des arts. Il a environ 24 ans et est responsable de trois disciplines; les arts plastiques, l’éducation cinématographique et la musique.  

Il rit et raconte 

G.P. Je ne connaissais rien à la musique, mais je faisais quand même du bon travail comme directeur du département. Au bout de six ou sept ans, des professeurs ont dénoncé le fait que je n’avais pas fait ma pédagogie. En réalité, c’est que je faisais du parascolaire le soir bénévolement et que je ne suis pas syndicaliste. C’est à ce moment que j’ai décidé d’aller respirer l’air frais. 

LE PLEIN AIR ET L’AVENTURE sous plusieurs formes 

L.A. Comment un petit gars du bas de la ville devient-il un grimpeur, un skieur, un passionné de nature et de sports de plein air doublé d’un aventurier? 

G.P. C’est le scoutisme! À 12 ans j’ai fait mon premier camp scout. 

Il rit et s’enflamme comme s’il me parlait de son premier coup de foudre. 

G.P. Je ne connaissais pas la nature. Pas compliqué j’avais peur de tout. J’pense que j’avais peur des feuilles! Et avec le scoutisme, j’ai vaincu la peur. Et, si je découvrais la nature et ses beautés, le scoutisme m’a aussi fait découvrir la lecture, particulièrement les livres d’aventure.   

Ses yeux brillent.  

J’essaie de l’interrompre le moins possible. Je regarde cet homme que j’estime et que j’admire, redevenir sous mes yeux un petit garçon qui sourit à la vie. Le spectacle est magnifique. 

J’écoute. 

G.P. En 1957, il y a eu le Jamboree international des scouts qui se tenait en Angleterre. J’ai été sélectionné pour le groupe de Montréal. Mais (il grimace) ça coûtait autour de 500 $ et je n’avais pas d’argent. Alors, plein de gens se sont cotisés pour que je puisse y aller. C’était fabuleux!  

J’imagine qu’à cette époque déjà, les gens et le mouvement scout reconnaissent qu’il serait leur meilleur ambassadeur. 

G.P. On était 35 000 jeunes du monde entier, c’était le plus gros rassemblement de scouts jamais vu. Imagine, la reine Élisabeth qui avait 24 ans et qui était belle comme un cœur, est venue faire l’ouverture. J’ai rencontré des scouts de partout et de toutes les religions. En ‘57 au Québec, à part les protestants à propos de qui l’Église attisait notre peur, on ne connaissait pas grand-chose aux musulmans, aux hindous ou aux orthodoxes.  

Il ferme les yeux à demi et conclut. 

G.P. Je me suis déniaisé. L’ouverture aux autres races, la lecture, l’échange international. 

Après le Jamboree en Angleterre, le mouvement scout nous envoyait en France faire un séjour dans des familles. Moi, j’ai eu le bonheur d’être accueilli par la famille Roubeau à Marseille.  

RENCONTRE AVEC LA MONTAGNE 

G.P. Il y avait trois ados, dont une fille qui était belle, belle! Mais j’étais trop jeune, je ne la voyais même pas. C’est après que j’ai réalisé ce que j’avais manqué.  

Les deux gars avaient 15 et 17 ans et faisaient partie du Club alpin français. Ils m’ont amené grimper dans les Calanques. On escaladait des parois au-dessus de la méditerranée. C’était indescriptible, j’en avais le souffle coupé. C’était mes premiers pas sur le rocher. De retour au Québec, j’ai continué à grimper avec le clan Routiers Saint-Jacques, la branche aînée du mouvement scout. J’ai joint ainsi l’équipe de montagne. 

Les années passent et Gilles fonde le Club de montagne et de grandes randonnées. Par la suite il crée avec Claude Lavallée, qu’il croise aux parois de Val-David, la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME) qui a fêté dernièrement ses 50 ans et a honoré ses deux fondateurs.  

Gilles s’implique déjà dans divers organismes qui gravitent autour de la montagne et de l’aventure, il suit des cours en France et découvre ainsi le ski de montagne.  

De retour au pays, la vie de Gilles prend une nouvelle tournure et il fonde une famille.  

Un jour, il postule à l’ACDI qui désire ouvrir une école d’art plastique en Côte d’Ivoire. Il obtient le poste. L’ACDI fournit la maison, la bonne, un chauffeur et un boy. Thérèse, sa femme, est prête à partir avec les enfants. Sauf que, en même temps, la base de plein air Le P’tit Bonheur au lac Quenouille le recrute comme directeur général. Et, comme un bonheur n’arrive jamais seul, pas plus qu’un malheur, il se retrouve placé devant un choix déchirant. Le nord ou le sud? Les arts ou le plein air? 

Le plein air gagne cette fois-ci. Il prend la direction du P’tit Bonheur de 1971 à 1976. Comme on ne peut extirper la passion de l’homme, il travaille avec d’autres à créer l’Union des centres de plein air du Québec, qu’il calque sur l’UCPA en France.  

G.P. Ça m’a permis de cultiver des liens extraordinaires avec les centres de plein air de France. J’ai développé mon école de voile, j’ai fait venir de France des moules pour construire des canots et des kayaks. C’était une vraie belle base de plein air! J’étais aussi responsable du camp Jeune-air et de l’auberge Foyer du skieur à Tremblant. 

Gilles qui se rend régulièrement en France pour les affaires tisse des liens avec, entre autres, Yves Pollet-Villard, professeur à l’ENFA et guide de montagne et conseiller technique à l’Union internationale des associations de guides de haute montagne. Grâce à Pollet-Villard, Gilles deviendra éventuellement aide-guide dans les Alpes et développera finalement une passion pour le ski de montagne. Pollet-Villard périra, quelques années plus tard, au fond d’une crevasse au mont Blanc. Gilles garde un souvenir immense de cet homme qui lui a fait découvrir les multiples dimensions de la montagne et qui a cru en lui. 

Il plonge dans ses souvenirs et raconte en soupesant chaque mot, comme s’il grimpait une paroi glissante. 

G.P. La montagne c’est quelque chose de sensuel. Le rocher a une odeur, une texture et je faisais constamment un rapprochement entre l’art et la montagne. En haute montagne j’ai découvert aussi les petits villages de montagnes. J’aimais les refuges qui sont réservés aux alpinistes ainsi que l’atmosphère qui règne dans ces maisons construites à 2 000 ou 3 000 mètres d’altitude! J’ai développé un respect et un amour infini pour la montagne. 

Je reçois en plein cœur son amour de la montagne.  

L.A. Es-tu en train de me parler d’un sentiment de liberté? 

G.P. Non, plutôt une forme de défi. La montagne est un milieu dangereux pour l’homme. C’est gigantesque et puissant. Quand tu es là, tu dois contrôler ton environnement immédiat sinon tu te casses la gueule. Il y a les tempêtes, le tonnerre et bien d’autres dangers. Tu es infiniment petit. Ça va chercher le courage, l’amitié et la générosité. En cordée, t’es deux ou trois, tu dois avoir une confiance sans faille envers ton compagnon de cordée. Tu mets ta vie entre ses mains. C’est un environnement grandiose, magnifique, mais impardonnable. Elle a des grandes mains la montagne et si elle te sacre une claque, ça peut être fatal. 

Par contre, de fil en aiguille, il délaisse l’escalade pour le ski de haute route. Il a trouvé sa façon de parcourir la montagne. Il a skié toutes les hautes routes qui existent et il y a 10 ans il a fait pour la quatrième fois la liaison Chamonix-Zermatt. 

AVENTURE DANS LES TORNGAT 

C’est en revenant de France en avion, alors qu’il travaille pour le P’tit Bonheur, qu’il aperçoit des montagnes qui ressemblent aux Alpes, mais de ce côté-ci de l’Atlantique. L’hôtesse lui apprend que cette chaîne de montagnes s’appelle les monts Torngat. Il a un choc et comme on le sait, quand Gilles a un choc, il agit. 1972, il forme une équipe. Cependant, il faut trouver de l’argent. Ambroise Lafortune (le père Ambroise) lui avait obtenu une entrevue à Radio-Canada et François Prévost, créateur des Grands Explorateurs, qui travaillait avec Pierre Valcourt, entend cette entrevue. Il donne rendez-vous à Gilles au consulat du Rwanda à Montréal pour lui parler d’un projet dans les Torngat. 

Il éclate de rire 

G.P. Évidemment, je suis intrigué. Mais le brouillard s’est vite dissipé quand j’ai appris que Valcourt était consul du Rwanda et qu’il dirigeait les Grands Explorateurs de là. Ils m’offrent le financement. C’est tout ce qui manquait.  

Il poursuit 

G.P. Ç’a été la première expédition à ski dans les Torngat. Mais on était trop lourd, on avait de l’équipement alpin, alors, on a été obligé de rebrousser chemin. Par contre, l’année suivante, Marc Blais, Pierre Gougoux et d’autres on fait la traversée. Alors, je me suis repris. J’ai refait les Torngat en 1980 et en 1981 je suis retourné en radeau. On est parti d’une pourvoirie sur le fleuve George et on a abouti au pied des Torngat. Puis, j’y suis retourné quand on a réalisé la série les Contes et légendes du monde.  

L.A. Qu’est-ce qui t’attirait tant dans ces lieux sauvages? 

G.P. J’aimais vivre en autonomie totale. Tu survis ou tu ne reviens pas. C’était le risque extrême. Aujourd’hui ce sont des parcs nationaux avec des maisons et des dortoirs.  

L’auberge du P’tit Bonheur lui a entre autres donné la chance de vivre cette expédition et de développer de beaux partenariats avec la France ainsi qu’une expertise certaine en direction d’entreprise et en organisation. 

Il veut mettre à profit ses fabuleuses expériences au P’tit Bonheur. Bien sûr sa vision de ce que devrait être une base de plein air a évolué. Cependant, le père de La Sablonnière, président du P’tit Bonheur et créateur du Centre sportif Immaculée Conception à Montréal, ne partage pas cette vision et trouve que Gilles va un peu trop vite. L’avant-gardisme est souvent un obstacle. 

Il dit avec un souon de mélancolie 

G.P. J’étais avant mon temps. Je l’ai toujours été et ça ne m’a jamais payé. T’es mieux d’être suiveux que prédécesseur. Mais, j’ai eu du fun!  

Toutefois, il mettra à profit sa vision en ouvrant une base de plein air au lac Supérieur avec des complices.  

LES ARTS REFONT SURFACE  

Pour des raisons familiales, Gilles doit se réorienter. Il choisit bien sûr d’aller vers le cinéma.  

G.P. Je connaissais bien Daniel Bertolino qui faisait du film d’exploration avec Les Grands Explorateurs. Je suis parti en tournage avec lui, en commençant comme photographe de plateau et finalement délégué de production. Après une première série, il me demande de faire de la recherche et finalement d’écrire des scénarios. 

Il s’enthousiasme. Je sens qu’il va me parler d’une nouvelle passion. 

G.P. Je me suis découvert une autre passion. 

Je le savais! 

G.P. J’ai travaillé sur de multiples séries, entre autres les légendes indiennes du Canada, et les Contes et légendes du monde et les Intrépides. Ça m’a amené à lier deux passions. J’ai proposé la réalisation de l’histoire du ski des Laurentides. Mais je n’ai pas réussi à avoir l’aide financière du gouvernement du Québec.  

Et, comme rien ne semble pouvoir le décourager, il se dit : 

G.P. Bon ben, je vais écrire l’histoire mondiale du ski. Je suis allé voir Bertolino, qui me dit en s’étranglant : 10 heures de neige à la télé! Pas un diffuseur ne va accepter ça! Mais si j’arrive avec une vedette comme présentateur? Je pensais à Jean-Luc Brassard qui venait de gagner une médaille olympique à Lillehammer. Tout le monde l’aimait. Ça a marché. On a couvert 11 pays de neige. La Grande aventure du ski a été traduite en anglais sous le nom Gliging throught Time. J’ai donc proposé de faire une autre série portant sur dix des plus illustres stations ski des Alpes et qu’on a appelé : Les sommets de la gloire. Ça a été un succès international.  

Puis, pour faire connaître le ski nordique, Gilles s’est donné à fond. De ‘90 à 2000, il prend la présidence de l’Association des centres de ski de fond du Québec qui deviendra le Regroupement ski de fond Laurentides et de la région de Québec et le Regroupement de la région de Québec. 

Il développe entre autres le réseau de ski nordique à travers le Québec et participe à l’élaboration des normes de signalisation et des types d’aménagement. 

RETOUR AU PLEIN AIR 

Puis la municipalité de Val-David lui offre le poste de directeur du Parc Dufresne, ce qu’il fait avec brio pendant quatre ans. Tout comme dans ses premières années d’enseignement, il avait eu de la difficulté avec la mentalité des gens syndiqués, là encore, il se sent limité par une vision différente de la sienne.  

RETOUR À L’ÉCRITURE 

G.P. Je suis retourné à l’écriture. J’ai un sixième roman qui vient de sortir. L’action se passe sur le front de l’Ouest pendant la Première Guerre mondiale. 

Il n’abandonne pas pour autant le plein air. Il siège au conseil d’administration du Musée du ski des Laurentides basé à Saint-Sauveur, une expérience qu’il qualifie d’absolument formidable.  

En 2014, il est intronisé au Temple de la renommée du ski, pour l’ensemble de son implication dans le développement du ski. 

Il dit en riant 

G.P. Là, je suis au musée. Je vais faire du ski pour l’éternité! 

En terminant, Gilles adresse ces mots aux jeunes. 

Il y a presque une centaine d’auteurs dans les Laurentides et pas de jeunes. Pourquoi? Pour écrire, ‘faut que tu aies du vécu. Et tu peux l’avoir à 15 ans. Mais, ce qui apporte le vécu, c’est l’audace, c’est l’aventure, c’est l’implication. ‘Faut prendre des risques. Ce qui paralyse la créativité des jeunes, c’est qu’ils ne prennent pas la décision d’aller vers l’aventure ou l’activité marginale comme l’escalade et le ski hors-piste. ‘  

Je crois qu’une des raisons c’est qu’ils n’ont pas l’information. 

Quand j’étais jeune, je lisais des livres d’aventure et les vies de grands aventuriers comme Hillary, le premier à avoir grimpé l’Everest. Tous ces aventuriers me faisaient rêver.  

L.A. Tu vis encore à 150kilomètres-heure Gilles? 

Il me regarde, les yeux brillants et il sourit.  

Et si on finissait la conversation à la buvette? 

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