L’École de La Sapinière

Une deuxième assemblée pour Réflexion Val-David

Image de couverture tirée du site Internet du Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs qui représente une partie de l’intérieur du LAB-École Shefford.

Lundi 8 mars 2021, Réflexion Val-David organisait sa seconde assemblée. En tout, 125 personnes se sont inscrites et 65 personnes ont assisté à cette rencontre par visioconférence.

Au programme, quatre conférenciers.ères chevronnés.es sont venus décrire leur vision d’une école en pleine nature. Ils ont partagé leur expertise professionnelle ainsi que leur passion, afin de permettre à tous de mieux imaginer l’école rêvée dans leur municipalité. Dans l’ordre d’apparition, les conférenciers.ères étaient:

  1. Patrick Daigle : professeur au cégep Jean-de-Brébeuf, chargé de cours au département des sciences de l’activité physique de l’UQAM et spécialiste de la pédagogie en plein air;
  2. Pierre Thibault : architecte et concepteur du LAB-École;
  3. Isabelle Giasson : présidente de l’Association des architectes paysagistes du Québec (AAPQ);
  4. Isabelle Doyon : ancienne vice-présidente du conseil d’établissement de l’École Saint-Jean-Baptiste, militante de la première heure pour le projet d’école.

Le but de cette rencontre était d’ouvrir la discussion, de mieux saisir les enjeux qui entourent le projet d’école à La Sapinière et de permettre à plusieurs de participer à la réalisation d’une école à la hauteur des aspirations à tous. L’assemblée est animée par Pierre Gaudreault et Denis Fagnan. Ce dernier ajoute en guise d’ouverture d’assemblée;

« L’heure est à la mobilisation afin de construire notre école de rêve! »

PATRICK DAIGLE

Pour cet intervenant, ce projet d’école représente une belle opportunité pour y développer quelque chose d’unique. Quoique M. Daigle n’ait pris connaissance du projet d’école à La Sapinière peu de jours précédant cette assemblée, il est d’avis que celui-ci détient un potentiel tant au niveau du plein air que de son milieu naturel. Il indique qu’une école dans un milieu naturel doit par ailleurs être aussi connectée avec sa clientèle.

M. Daigle présente des écoles de types différents, pouvant ressembler à celle qui est rêvée pour La Sapinière et qui peuvent inspirer les intéressés:

Selon Patrick Daigle, les défis / enjeux et avantages d’une école pleine nature sont les suivants :

  • Plan de développement du CSSL
  • Ressources humaines appropriées et adaptées provenant du CSSL
  • Financement (déjà, accordé par le gouvernement 29M$)
  • Proximité du noyau villageois
  • Promotion de saines habitudes de vie avec le transport actif
  • Qualité incontournable pour des projets éducatifs

La pédagogie en plein air se définit par une dizaine de critères où l’on reconnait que cela crée un contexte d’apprentissage très stimulant pour l’élève. M. Daigle termine sa présentation en citant des écoles ayant des projets éducatifs aux valeurs distinctes. En voici trois d’entre elles :

  • École Freinet de Québec : un projet éducatif alternatif basé sur des valeurs de coopération, de communication, de gestion d’apprentissage et d’autonomie.
  • École de style friluftsliv : l’enseignement en plein air influencé par nos racines anglaises et scandinaves.
  • École Montessori : Une école au service du potentiel humain et du développement de l’enfant.

Bref, la pédagogie en plein air forme l’élève à la vraie vie en le mettant en contact avec son environnement.

PIERRE THIBAULT

M. Thibault connaissait déjà Val-David et a même séjourné à l’hôtel La Sapinière. Pour lui, un des éléments les plus importants, c’est l’harmonisation du projet d’école avec la nature qui s’y trouve actuellement, comme le font plusieurs écoles de Suède où l’on inclue l’élève à la nature. Il est nécessaire, selon Pierre Thibault, de créer un véritable milieu de vie réalisé avec la collaboration de la communauté et des experts. Cette recommandation a déjà été émise par le gouvernement, mais M. Thibault fait plutôt ressortir l’importance de la participation citoyenne.

En effet, le Ministre de l’Éducation, a mis en ligne en 2020 un Guide de planification immobilière, établissements scolaires primaires, où, à la section Défis de réalisation et sous Conception intégrée, concertée, structurée et collaborative, on indique les éléments suivants :

« Implication, dès le début du processus de conception, des acteurs suivants : le [centre de service scolaire], l’équipe-école, la direction, les usagers, les responsables de l’opérabilité du bâtiment, la ville, la sécurité publique, les professionnels [:] architectes, ingénieur civil, ingénieur en structure, ingénieur mécanique, ingénieur électrique, architecte paysagiste, acousticien et analyste de contrôle des coûts… »

M. Thibault évoque tous les incontournables d’un projet d’école pleine nature :

  • Être à l’échelle humaine;
  • Être inclusive au niveau de la communauté;
  • Adapter des éléments acoustiques pour réduire les bruits environnants;
  • Introduire des gradins centraux multifonctionnels;
  • Élaborer des cours adaptés qui peuvent se donner à l’extérieur;
  • Mettre en place des potagers et des serres;
  • Que la salle à manger soit polyvalente pour d’autres usages en dehors des cours;
  • Construire des corridors qui deviennent des ruelles d’apprentissages, des lieux d’échange;
  • Que les classes soient flexibles en terme physique et d’utilisation.

Bref, adapter l’école à l’élève et non le contraire.

D’autres éléments importants selon M. Thibault sont que la cour d’école/récréation soit faite pour que l’élève se dépasse et ait envie de le faire. Il dit aussi qu’une école pleine nature doit être ouverte sur sa communauté quant à son utilisation. Il souligne que pour rendre ce projet inclusif, la participation citoyenne est essentielle et pourrait se faire en assemblée de cuisine.

Et pour terminer, Pierre Thibault explique que la conception architecturale doit s’arrimer, être cohérente et en adéquation avec le programme éducatif ainsi que le projet pédagogique.

Un participant, Félix Parent-Sirard, pose des questions à M. Thibault :

« Comment éviter les critères imposés par le gouvernement? »

PT : Par l’implication de la communauté au CSSL et instaurer un dialogue.

« Comment éviter une cour de récré clôturée? »

PT : On peut remplacer la clôture par des éléments naturels (haie) afin de délimiter la cour.

« Quelles sont les différentes architectures du LAB-École ? »

PT : Elles ont toutes une typologie différente adaptée au projet pédagogique où les zones de partage sont en fonction des cycles (voir LAB-École Shefford).

ISABELLE GIASSON

Isabelle Giasson, citoyenne de Val-David, explique que l’architecture de paysage (AP) est l’organisation de l’espace extérieur avec son milieu, incluant la gestion des eaux pluviales et printanières. C’est donc aussi d’adapter l’architecture à la nature et ses écosystèmes en place. Quand AP fait partie prenante du milieu d’une école, c’est beaucoup plus facile que d’essayer de rapprocher la nature à une école traditionnelle.

Exemples de matériaux et installations possibles à l’extérieur de l’école

-Billots ou rondins de bois pour des parcours agissant aussi comme séparation;

-Cailloux de différentes grosseurs;

-Glissoire en talus;

-Surfaces poreuses au sol.

On peut aussi adapter l’extérieur à un thème précis comme une des créations de madame Giasson, la salamandre à point bleu – aires de jeux et de pique-nique du parc du Mont-Royal. Également, il est primordial d’adopter des installations extérieures permettant l’enseignement et les loisirs des enfants : potagers pour les cours d’agriculture; des sentiers pédestres d’été pour l’entraînement qui se transforment en l’hiver en patinoires ou en sentiers de ski de fond; et des stations d’observation pour des cours d’art ou d’ornithologie.

Isabelle Giasson recommande la lecture de Last Child in the Woods: Saving Our Children From Nature-Deficit Disorder ou l’importance de sauver nos enfants du trouble déficitaire de la nature.

Pour Mme Giasson, on doit toujours prendre en compte le facteur d’innovation ainsi que l’éco-corridor laurentien qui lie Montréal à la Ville de Mont-Tremblant. De plus, elle trouve important de mettre en valeur, d’une façon ou d’une autre, le patrimoine architectural actuellement bâti sur La Sapinière.

Un projet existant et qui pourrait être inspirant pour la nouvelle école de La Sapinière, est le ProjectFrog ou les matériaux, la construction et l’énergie d’utilisation soient durables et tendent vers le zéro déchet.

Pour terminer, Mme Giasson suggère à tous les intervenants impliqués dans le projet de consulter et de faire appel à différents experts :

ISABELLE DOYON

Pour créer un projet de nouvelle école qui répond aux besoins de la
collectivité, Isabelle Doyon expose l’idée d’adapter le projet éducatif aux enfants de notre communauté. Actuellement, dans les écoles existantes de Val-David, le projet éducatif couvre trois volets : plein air (de la 1re à la 6e), culture et Anglais.

Aussi, Mme Doyon tient à faire comprendre l’urgence d’agir pour construire la nouvelle école. Depuis plusieurs années, les écoles de Val-David débordent. Pour répondre au nombre d’enfants inscrits aux deux écoles (Sainte-Marie et Saint-Jean-Baptiste), on a graduellement éliminé des locaux et des classes destinés par exemple à l’anglais. On a agrandi par l’intérieur. Mais aujourd’hui, ça n’est plus possible de continuer ce genre de chose.

Également, Isabelle Doyon explique qu’il y a une raison logistique, surtout de proximité, d’avoir l’école à La Sapinière : les sentiers, les infrastructures municipales et le cœur du village. Ce dernier point est important à ses yeux, car le cœur villageois, avec ses parcs et ses aires de jeux, est un endroit sécuritaire pour les enfants. On ne doit pas oublier que l’école à La Sapinière permet le transport actif des élèves afin d’instaurer de saines habitudes de vie.

La proximité de l’école au Parc régional Val-David / Val-Morin (PRVDVM) est aussi une valeur ajoutée. Selon Mme Doyon, c’est une bonne façon de préserver le PRVDVM. Puisqu’un parc habité/occupé par les enfants qui s’y développent crée chez eux un sentiment d’appartenance.

Elle signale qu’il y a eu deux consultations, une en 2018 (commission scolaire des Laurentides) et l’autre en 2019 (Municipalité de Val-David), où on recherchait les meilleures idées pour la création d’une école. Pour une école qui nous [citoyens] ressemble.

Un participant demande à Mme Doyon :

« Quels sont les enjeux d’accessibilité concernant les autobus scolaires dans un cul-de-sac et de la quiétude des lieux? »

ID : Madame précise qu’elle n’est pas experte en urbanisme et qu’il est préférable de poser cette question au CSSL. Elle ajoute que l’école Norbert-Morin à Sainte-Adèle est située dans un cul-de-sac et qu’il ne semble pas y avoir de problème de circulation et de sécurité. Par ailleurs, à la Polyvalente des Monts, à Sainte-Agathe-des-Monts, on déplore un décès causé par la circulation des autobus et pourtant l’école n’est pas située dans un cul-de-sac.

CONCLUSION

Les Valdavidois.es font clairement preuve de conscience collective quant à l’avenir réservé aux enfants. Est-ce que cette conscience collective inclut la conservation du caractère identitaire de Val-David, je crois que tous l’espèrent. L’initiative de consultation de Réflexion Val-David est irrévocablement une démonstration de la capacité des citoyens.es de s’unir et d’échanger afin de viser le même objectif. Également, beaucoup d’éléments de cette nouvelle école peuvent être encadrés par la municipalité, mais beaucoup relèvent de la volonté de toute la population. L’avenir de l’École de La Sapinière reste donc encore à être défini, mais cette rencontre était un excellent début.

_________________________________________________________________________________________________________________

Partagez nos articles !
Vous avez aimé cet article ? Partagez-le.