L’économie du don, un choix à envisager

L’économie du don est un principe vieux comme le monde! Pensez à la nature, grande pourvoyeuse de cadeaux, à la maternité et aux traditions ancestrales des autochtones. Ajoutez l’échange, le recyclage, le bénévolat et tout autre geste généreux qui va dans le sens d’une vie plus satisfaisante.

La formule de l’économie du don a été conçue en février 2001 par les membres de « Femmes sages », un collectif finlandais qui en a fait la présentation au Forum mondial des sociétés1 qui allait se tenir à Porto Alegre au Brésil en novembre 2001.

Ces femmes activistes luttaient contre la répression des femmes, pour la protection de la diversité environnementale, pour résister à la soi-disant mondialisation de nos économies et de nos ressources, et pour créer une culture de paix.

J’ai tiré les lignes qui suivent de leur document :

«Depuis le début des temps, les cadeaux venant des femmes ont créé et soutenu bien des communautés et elles ont lutté pour que le monde soit un lieu plus agréable où vivre. Au cours des dernières années, ce type de mobilisation s’est axé sur de nouvelles formes de contestation, y compris le refus de la guerre et de la violence, sur la protection de l’environnement et toutes les formes de vie grâce à l’instauration de nouvelles et nombreuses aires politiques sans oublier celles relatives aux soins, à l’esprit communautaire, à la compassion et au resserrement des relations d’indépendance.

[…] Geneviève Vaugh propose une économie fondée sur le cadeau et sur le don de l’excédent, tout en démontrant comment l’économie fondée sur l’échange est tributaire de celle qui est fondée sur la pratique du cadeau, même si la première essaie de détruire celle-ci.»

Quinze ans plus tard, les Cahiers de la femme2, un magazine féministe bilingue publié par l’Université York de Toronto, ont repris le plaidoyer avec l’aide d’une vingtaine de collaboratrices qui se sont penchées sur le sujet avec des exemples percutants tirésdes cultures traditionnelles et des expériences personnelles. Le prochain numéro (le 34e) prévu pour le printemps 2020 aura comme thème : L’économie du don : une alternative matriarcale au patriarcat.

Certains articles s’appuient sur les références puisées dans les cultures autochtones, dont les traditions du don et du partage perdurent sous l’influence du matriarcat. Des chercheures ont trouvé des exemples de matriculture autochtone à l’époque coloniale du Canada; dans la religion juive, alors que les hommes et les femmes qui accompagnent des amis ou même des étrangers en fin de vie ne recevront jamais de gratification; dans l’Islam, le don fait partie des codes de loi du Coran. Le musulman a le choix : c’est soit le don spontané, soit le don perçu comme taxe religieuse ou soit le don comme un engagement humanitaire ou politique.

Je reviens au texte du Forum :

«Toute tâche qu’effectuent les femmes sans être payées en retour est en somme un cadeau qu’elles font au monde du travail. On estime que ces tâches ajoutent au moins 40 % au PNB de plusieurs pays, même parmi les plus industrialisés3. Les biens et services qu’offrent les femmes aux membres de leur famille sont des cadeaux qualitatifs qui représentent le fondement matériel et psychologique de la communauté. Ces cadeaux passent par la famille pour se retrouver sur un marché qui ne pourrait survivre sans eux.»

Autour de nous, la plus belle expression du don est visible : on l’appelle le bénévolat. Il est l’affaire de tous. C’est un engagement sérieux et ils sont nombreux ceux et celles qui sont prêts à aider les malades, les aînés, les enfants, les moins fortunés. Ils y trouvent contentement et joie, celui qui donne, donne sans attendre de remerciement.

J’inclus ici un texte de madame Andrée Bruyère4, élue bénévole de l’année à Saint-Sauveur en 2016.

 […] Le bénévole reçoit tellement, c’est un cadeau en permanence. Il reçoit un sourire, de l’amour, de la reconnaissance. Il donne de l’amitié, de la tendresse, de l’amour. Il est un pilier pour la société. Il sème le bonheur. Il est sans âge, il touche tous les cœurs. Il aide à ouvrir de nouveaux horizons, il donne sans attendre rien en retour. C’est une mission qui mérite l’admiration. Le bénévolat nous fait grandir. Dès la plus tendre enfance, il faut apprendre à partager. C’est une action enseignée dans les familles, dans les écoles. C’est un idéal qu’il faut atteindre, il faut réveiller ce grand sentiment de vouloir donner, aider, partager. C’est une qualité de vie! Souvent dans l’ombre, le ou la bénévole a une grande valeur. Sa parole, son geste sont importants!

Il ou elle va son chemin, sa destination est là où le besoin se fait sentir. Merci à toutes ces femmes, à tous ces hommes qui, de près ou de loin, contribuent à un monde meilleur […]

La tentation est forte d’instaurer la tradition du don et des économies de partage qui serviraient de modèles pour une continuité devenue urgente face aux changements climatiques. Une alternative matricentrique est de loin préférable à notre système patriarcal et capitaliste. Les « Femmes sages » de Finlande rêvaient d’un monde basé sur des relations sociales radicalement transformées, un monde où il serait possible de garder intacts notre humanité, nos espoirs et… notre sens de l’humour.

Est-ce trop demander?

  1. Forum mondial des sociétés, Porto Alegre, 8 novembre 2001
  2. Canadian Women Studies – Les Cahiers de la femme.   www cwscf.ca
  3. Le travail de soin non rémunéré équivaut à 10 800 milliards de dollars, soit trois fois la valeur des technologies. (Le Devoir, 8 mars 2020)
  4. Andrée Bruyère, Saint-Sauveur
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