L’égalité, c’est pour quand ?

Nous vivons des temps difficiles dont on espère voir la fin en 2021. On parle de changement, on doit apprendre de ce que nous avons vécu durant la pandémie et préparer un monde meilleur. Noam Chomsky nous a prévenus que c’est l’occasion ou jamais de s’y mettre. Si on baisse les bras, on contribue à ce que le pire se produise!

Il est question donc de donner au monde un nouveau visage, un visage fait de justice, d’équité, de paix et d’harmonie. Je pense ici à un visage exempt du pouvoir patriarcal, celui qui entretient le fossé entre les sexes, qui est nourri par le temps, la soumission et le silence des femmes. Ce pouvoir qui est responsable des violences faites aux femmes à la grandeur de la planète.

J’ai connu des hommes qui ont tenté de s’attaquer à ce système, sans grand résultat hélas! Je pense à Martin Dufresne, l’inclassable allié des féministes, fondateur du Collectif masculin contre le sexisme en 1979; à Maurice Champagne, qui mène un combat pour neutraliser cette suprématie de l’homme sur la femme. Il avoue que c’est très dur et qu’il se sent très seul. Il publie en 1991 un ouvrage de fiction « L’Homme têtard » dans lequel il avoue que le fossé entre les sexes existe toujours (1); au docteur Henry Morgentaler qui a passé sa vie à la défense des droits des femmes à l’avortement.

Et pourtant ce système est une construction sociale dont on peut retracer la genèse en remontant l’Histoire.

J’ai consulté le travail d’une collègue à l’Institut Simone de Beauvoir de l’université Concordia qui dénonçait en 1987 cette condition dans sa recherche en Études de la femme, condition qui remonte à des millénaires. Elle cite Aristote qui déclare que la femme n’est qu’un incubateur, donc passive; suivent saint Augustin qui associe la femme au mal et saint Paul qui ne veut pas entendre la parole des femmes. Les encyclopédistes, en 1791, ont décidé que la femme est un homme manqué, donc que les mâles ont le droit de commander aux femmes!

Plus près de nous, en 1874, c’est Darwin qui a prouvé que le cerveau de l’homme étant plus lourd que celui de la femme, il lui est donc supérieur dans le travail et les responsabilités sociales, et chez les psychologues on clame : « La féminité n’est pas une alternative à la masculinité, elle est considérée comme son négatif! » (Parker, Pollock 1981).

Et cette essayiste américaine, Rebecca Solnit qui publiait en 2018 Ces hommes qui m’expliquent la vie (2) et montrait de quelle manière le système patriarcal réduit les femmes au silence. Son discours est féroce, ce qu’elle pense de la violence faite aux femmes ce continuum qui va de la petite misère sociale à la mort violente en passant par le silence forcé et qui entretient la culture du viol est dérangeant.

IL Y A URGENCE !

Je veux reprendre ici le vœu que je formulais dans le dernier numéro de notre journal LE ZigZag. Je souhaitais que l’homme assume sa part de féminité et que la femme sa part de masculinité. L’idée n’est pas nouvelle! Qu’on en juge :

En 1917, Marcel Duchamp adorait s’habiller en femme et on ne compte plus les femmes qui se disaient androgynes et portaient le complet-cravate. C’était l’époque du dadaïsme. (3) La mode affichait : moitié l’un, moitié l’autre!

Durant les dures années de guerre, on a donné aux femmes des postes fort éloignés de leur rôle de maîtresses de maison, de fées du logis! Elles étaient ambulancières sur tous les fronts, et infirmières sur la ligne de feu; on leur a confié des postes responsables en usines et leur courage indéfectible a marqué l’histoire. D’autres ont montré leur valeur dans plusieurs champs d’action : il y eut des femmes de tête qui ont géré des royaumes, des fortunes, qui ont déployé un talent, une force, une énergie et réalisé des réformes importantes. On en parle un peu moins que les hommes qui eux aussi ont laissé leur marque, à ceux dont on évoque l’altruisme, leur générosité sans rivalité, leur guerre contre le pouvoir patriarcal. Gandhi, Martin Luther King, les philosophes dont Descartes, Condorcet qui a plaidé pour une répartition équitable du pouvoir entre les femmes et les hommes dans son essai en 1673 De l’égalité entre les deux sexes. Saviez-vous que Stendhal a proclamé : « l’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque de la puissance de la civilisation, car elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain »? Dans le même ordre d’idée, je place l’ex-président Barack Obama sans oublier le pape François!

L’été dernier, Thérèse Lamartine, une féministe engagée avec laquelle j’ai partagé les ardeurs en 1990, publiait en juin dernier un livre fracassant! Une planète en mal d’œstrogène, sous-titré Femmes et hommes du 21e siècle. La coïncidence m’a sidérée. Elle aussi a pensé aux hormones! J’ai lu dans ses pages savantes et bien documentées exactement ce que je souhaitais lire pour aborder le problème du pouvoir entre les sexes.

Dans son introduction, je la cite : « je veux raviver la vision radicale, le surgissement d’une volonté commune et acharnée d’éradiquer le pouvoir des hommes sur les femmes partout sur le globe ». (4) Elle rappelle les paroles mêmes de Louki Bersianik, la grande prêtresse du féminisme de la première vague en 1970 : « cette vision radicale n’a d’autre objectif que d’aller à la racine du mal et que 50 ans de luttes féministes pensées et organisées n’ont pas réussi à déraciner. » (5)

Thérèse Lamartine illustre dans de nombreux chapitres le mal que le pouvoir inflige aux femmes, elle aligne les horreurs qui ne cessent de faire la manchette, les viols, les menaces, les agressions, les harcèlements, la mort. Le féminicide est un nouveau mot du vocabulaire. Que de couples ont éclaté quand les relations femmes/hommes ont basculé, quand la femme est plus diplômée que lui, quand elle a accédé à un meilleur statut, à un meilleur salaire alors qu’il a perdu son rôle de pourvoyeur principal, celui qui lui donnait du pouvoir dans le couple. Il se fâche et claque la porte!

L’auteure appréhende une deuxième vague plus féroce d’un patriarcat qui sort ses griffes devant la place et la voix des femmes qui sont plus nombreuses à revendiquer l’égalité. Pas pour prendre la place des hommes, mais bien pour équilibrer les forces. Les deux sexes ayant tellement à gagner, en amitié, en solidarité, en liberté.

Elle utilise l’approche biologique et elle parle d’hormones! « Les hommes et les femmes possèdent les mêmes hormones sexuelles, la différence réside dans leurs concentrations respectives chez l’un et l’autre sexe. La testostérone, par exemple est à une concentration sanguine de 5 fois plus faible chez la femme que chez l’homme. On ne sait pas trop bien la concentration de l’œstrogène chez l’homme… »   (6)

L’égalité, c’est pour quand?

Thérèse Lamartine donne plusieurs solutions qu’elle développe avec minutie : « La parité parfaite tend vers une fusion des cultures masculines et féminines pour en extraire le meilleur, avancer dans la même direction. Il faut l’établir sur les convergences entre les deux sexes plutôt que sur les divergences. Penser le monde jamais plus sans les femmes! (4 ibid,  p 251)

« Nous avons besoin des hommes.

« La parité parfaite exige une réorganisation humaine et l’abolition du patriarcat n’adviendra qu’avec le concours des hommes. Ils comprennent très bien qu’une poignée d’entre eux assujettissent et dominent la majorité des êtres humains. Ils érodent chaque jour un peu plus notre humanité. » (4 ibid, p 264)

Le livre de Thérèse porte un message d’espoir et quelques moyens simples d’accéder à un monde meilleur.

D’abord, un conseil aux hommes : « ceux qui souffrent des pratiques patriarcales doivent s’y mettre et explorer la mystérieuse psyché masculine. Ces hommes doivent repenser leur humanité. Découvrir ou redécouvrir ce que c’est que d’être humain. D’être à la fois fort et sensible, déterminé et souple. Aimant et autonome. » (4  ibid, p 255)

Messieurs, essayez de gagner la confiance des femmes. Mesdames, partagez la complicité et la bonne entente sans acrimonie. Thérèse Lamartine nous donne une petite recette en quelques mots :

  •                               Parler moins, écouter mieux
  •                               Prendre moins, donner mieux        
  •                               Convoiter moins, aimer mieux
  •                               Simplement

Pour finir, elle dessine trois scénarios :

  1. Approcher les sociétés et les gouvernements, travailler ensemble pour atteindre la parité parfaite.  
  2. Les femmes devront viser une organisation de plus en plus désexuée, vers un androgynat qui rassemble chez chaque être humain les meilleurs attributs culturels de l’un et de l’autre sexe.
  3. Un autre scénario peu envisageable celui-là : un sexe détruit l’autre! Devinez qui l’emportera… (4 ibid p 250)

« Tant que la planète sera en manque d’œstrogène, elle sera en manque d’oxygène. » (4 ibid, p 268)

BIBLIOGRAPHIE

  • (1) Maurice Champagne; L’homme têtard; Montréal; 1991
  • (2) Rebecca Sulnit; Ces hommes qui m’expliquent la vie; New York; 2018
  • (3) Dada, Art and Anti-art; New York; 1964
  • (4) Thérèse Lamartine; La planète en mal d’œstrogène, Femmes et hommes du 21e siècle; Montréal; 2020
  • (5) Louki Bersianik; L’Euguélione; Montréal; 1976  
  • (6) Anatomie et physiologie humaine; 1981
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