L’homéopathie: une voie alternative

Photo de couverture, gracieuseté de Doctissimo

Avant de plonger dans le cœur du sujet, l’homéopathie une voie alternative, il me semble essentiel, puisque toute cette édition du Journal LE ZigZag s’y consacre, de répondre aux questions «Qu’entend-on par voie alternative et qu’est-ce qui amène à s’y aventurer?» Qu’il s’agisse de modes de vie alternatifs, de méthodes éducatives alternatives ou de médecines alternatives, ce sont, à la base, des choix qui vont à l’encontre des normes et du commun. Alternatif signifie à l’inverse du courant et fait opposition à convention. Ne serait-ce pas une remise en question des enseignements reçus, des croyances véhiculées, des tendances et des normes sociales de fonctionnement, ayant bien entendu servis de cadre de référence et points de repère, mais qui ne répondent plus aux besoins ou n’assouvissent plus les souffrances à un moment de notre vie qui conduit à enquêter au-delà du connu?

Sans nier l’utilité de ce cadre de référence et du sentiment de sécurité qu’il a su conférer, il est tout aussi essentiel, pour évoluer et améliorer sa condition, de se forger une opinion personnelle, d’expérimenter diverses avenues, et de poursuivre cette quête de l’inconnu afin de répondre à la question : y a-t-il d’autres réalités, d’autres avenues ou d’autres possibilités?

Portrait de Samuel Hahnemann par Marie Mélanie d’Hervilly Gohier Hahnemann, Paris 1838

C’est précisément ce que le médecin allemand Samuel Hahnemann s’est déterminé à faire, à partir de 1790, quand il fait le lien entre la guérison de la malaria par l’écorce de quinquina (arbuste : Cinchona officinalis) et des symptômes induits par la prise de celle-ci sur l’homme sain. Profondément déçu des résultats obtenus par les moyens thérapeutiques de l’époque, et inspiré par sa découverte, il se mit à expérimenter plusieurs substances sur lui-même et ses collègues pour connaître leurs vertus thérapeutiques. En appliquant la loi des semblables lors du choix du remède, c’est-à-dire en trouvant la correspondance entre la symptomatologie du malade avec celle provoquée par les substances expérimentées préalablement, il observa que ses patients s’amélioraient et retrouvaient la santé. C’était le début de l’homéopathie, en tant que voie alternative!

Cinchona officinalis par Franz Eugen Köhler, Köhler’s Medizinal-Pflanzen

Le Dr Hahnemann était plus qu’un simple médecin, il était doté d’un esprit inquisiteur et se posait des questions fondamentales sur la nature de l’homme, de la santé et de la maladie, car il croyait que ces trois entités ne faisaient qu’une, percevant clairement que l’homme était bien plus que la somme de ses parties! Reconnaissant les méthodes thérapeutiques de son époque comme dérisoires, il entreprit une révision critique de la conjecture de la thérapeutique et publia sa doctrine homéopathique en 1810, la première de six éditions du livre Organon de l’art de guérir.

Samuel Hahnemann était un visionnaire et un avant-gardiste qui développa davantage, dans sa 6e édition de l’Organon, les questions de la force vitale. Il y approfondit la notion d’étiologie et préconisa l’importance d’un mode de vie sain et des soins prénataux au cours de la grossesse. C’est également le premier médecin qui établit ses prescriptions médicales sur l’ensemble des symptômes physiques et psychiques, subjectifs et objectifs, présents chez le malade.

Afin de bien saisir la profondeur de cet homme et de sa doctrine homéopathique, je tiens à énumérer quelques observations tirées de son livre Organon de l’art de guérir qui précisent sa vision et sa compréhension de la force vitale, de la totalité des symptômes ainsi que de la maladie et la santé, car ils sont l’essence et les caractères distinctifs de l’homéopathie.

Il écrivit au sujet de la force vitale et de l’état de santé ce qui suit :

«Dans l’état de santé, l’énergie vitale immatérielle – Dynamis – animant la partie matérielle du corps humain, règne de façon absolue. Elle maintient dans leurs activités fonctionnelles et réactionnelles, une harmonie entre toutes les parties de l’organisme vivant et qui force l’admiration. Sans force vitale, l’organisme matériel est incapable de sentir, d’agir et de maintenir sa propre conservation. C’est uniquement à l’essence immatérielle (principe de vie), l’animant en état de santé et de maladie, qu’il doit ses sensations et l’accomplissement de ses fonctions vitales.» Aphorismes 9 et 10

Voici ce qu’il enseigne sur la nature et la cause de la maladie :

«Quand l’homme tombe malade, cette énergie vitale immatérielle, active par elle-même et partout présente dans le corps est, dès le début de la maladie, la seule à ressentir l’influence dynamique de l’agent morbide hostile à la vie. Seul le principe vital, après avoir été ainsi désaccordé, peut procurer à l’organisme les sensations désagréables qu’il éprouve et le pousser aux actions insolites que nous appelons maladies. C’est uniquement la rupture d’équilibre de l’énergie vitale qui est la cause des maladies.» Aphorisme 11

Et enfin, voici ce qu’il nous explique quant à la nature des remèdes à utiliser pour contrer la maladie :

«Le médecin ne peut donc écarter ces troubles morbides (les maladies) qu’en faisant agir sur cette énergie immatérielle des substances douées de forces modificatrices également immatérielles, perçues par la sensibilité nerveuse partout présente dans l’organisme. C’est seulement par les actions dynamiques sur l’énergie vitale que les remèdes curatifs peuvent rétablir et rétablissent réellement l’équilibre biologique et la santé.» Aphorisme 16

En plus de ces pierres d’assises, c’est sa vision de l’idéal thérapeutique qui le conduit à produire des remèdes non toxiques et sans compromis qu’on décrit comme étant à dilution infinitésimale :

«L’idéal thérapeutique consiste à rétablir la santé d’une manière rapide, douce et permanente, à enlever et à détruire la maladie dans son intégralité, par la voie la plus courte, la plus sûre et la moins nuisible, cela d’après des principes clairs et intelligibles.» Aphorisme 2

Un élément fort important, mais ignoré, sur lequel est fondée toute sa méthodologie, concerne l’expérimentation scientifique. Hahnemann fut connu comme le père de l’expérience pharmacologique puisqu’il fut le premier médecin à préparer des médicaments respectant des lois et principes stricts et ayant été expérimentés préalablement pour découvrir leurs vertus thérapeutiques. Il exprime clairement que la médecine ne peut que reposer sur l’expérimentation. C’est un travail minutieux et laborieux qui consiste à expérimenter les substances à l’aide de doses non toxiques pour ne pas nuire, sur un échantillon de personnes saines afin de noter tous les changements produits dans le moindre détail sur une période de plusieurs mois. Voici ce qu’il nous dit à ce propos :

«Ce n’est que par l’expérience et par l’observation des effets qu’elle (force immatérielle des médicaments) produit en agissant sur l’économie humaine1 qu’on parvient à s’en faire une idée intelligible» Aphorisme 20

Non seulement était-il assidu lors des expérimentations scientifiques des substances, il l’était tout autant lors d’expérimentations cliniques où il nota judicieusement dans ses registres la totalité des symptômes initiaux et, par la suite, ceux guéris après l’administration d’un remède respectant la loi des semblables aux sujets malades. Ce n’est qu’après plusieurs reproductions des mêmes résultats lors des expérimentations que les propriétés thérapeutiques d’une substance furent compilées dans les matières médicales homéopathiques.

Comme vous avez pu le constater, je n’ai point repris les discours et les explications habituels au sujet de l’homéopathie, mon désir étant ici d’insuffler la véritable nature de celle-ci. Quand vous la comprenez et la ressentez, les doutes se dissipent et la curiosité les remplace. Je termine en vous offrant une citation (traduite de l’anglais) de Ian Watson, auteur du livre « The tao of homeopathy », qui me rappelle pourquoi je suis devenue homéopathe!

«La vraie guérison implique un processus de prise de conscience, un cheminement vers la pleine conscience et le retour vers le « soi » véritable. Tout le reste n’est que palliation de symptômes.»

1Le terme économie humaine utilisé par Hahnemann pour nommer la structure humaine dans son ensemble (corps, psychique, et esprit)-toutes les parties/systèmes qui font l’ensemble de l’humain.

Pascale Gannon est homéopathe, naturopathe et mère de trois enfants. 
pasgan70@gmail.com
Homeopathielaurentides.ca  

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