Maltraitance des aînés : il faudra plus que des bons sentiments !

LETTRE OUVERTE

De Jean-Claude Rocheleau: président du Comité de lutte à la maltraitance envers les aînés de L’ASR-L.L-FTQ, du RSR et de la FSRQ

Le cas dramatique vécue à la résidence privée Herron de Dorval et mis en lumière par les médias est certes une honte dans un pays riche et développé comme le nôtre, mais malheureusement pas un cas isolé. Si c’est le nombre de morts qui a secoué tout l’appareil jusqu’au Premier ministre, il faut noter que les nombreuses plaintes ainsi qu’un rapport du coroner pourtant connus dans les officines gouvernementales n’avaient mené à aucune action de redressement.

Pour avoir vécu les services aux aînés de près, je peux affirmer que ça va prendre plus que des bons sentiments et de l’empathie pour que la situation, par ailleurs hautement prévisible qui a été vécue à la résidence Herron, ne se reproduise plus jamais. Car il y a ce que les propriétaires de la résidence ont fait ou pas fait, ce que le CISSS a fait ou pas fait, puis il y a tous les autres mécanismes de protection qui auraient dû être enclenchés et qui n’ont pas fonctionné. Le fait de ne pas prioriser la situation des personnes âgées les plus vulnérables semble malheureusement généralisé. C’est moins criant que les urgences qui débordent et moins « glamour » qu’un nouveau traitement contre le cancer. Alors peu de monde s’en préoccupe.

Il y a exactement un mois, funeste présage, je déposais un mémoire en commission parlementaire sur le projet de loi 52 visant à renforcer le régime d’examen des plaintes du réseau de la santé et des services sociaux pour les usagers qui reçoivent des services des établissements privés. Je faisais état des mauvais traitements qu’a subis ma mère atteinte de la maladie d’Alzheimer en toute impunité pendant des années et de l’incurie bureaucratique qui a suivi le dépôt de mes multiples plaintes tant dans le réseau qu’au Protecteur du citoyen. On parle de mauvais traitements documentés, filmés avec une caméra vidéo pendant des mois, même si notre famille de six enfants se relayaient régulièrement à son chevet.

Les députés ont été unanimes à dénoncer la situation qu’elle a vécue et à me féliciter d’avoir le courage de témoigner. Mais il faudra plus que des bons sentiments et de l’empathie. Il faudra se poser collectivement les bonnes questions et avoir le courage d’y répondre. Il faudra investir aussi de l’argent, du temps, des ressources, de la formation, du soutien, etc. Ce que Régine Laurent et sa commission font pour les enfants maltraités, nous le devons à nos aînés. Il faut que ce virus mortel qui a fauché trop de parents et de grands-parents soit le déclencheur d’un changement profond et durable dans la façon dont nous les traitons comme société. Nous n’avons plus le droit de détourner les yeux.

Je l’ai promis à ma mère, cette bataille pour la dignité de nos aînés, je vais la mener au plus loin possible sans relâche en sa mémoire.

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