LA défenseure des animaux de boucherie

Mary Temple Grandin défenseure des animaux de boucherie

Numéro 4: Chronique santé et bien-être animal

Quand jadis j’étais inspectrice dans un abattoir de porcs, j’ignorais que la chaîne d’abattage de l’usine où je travaillais avait été conçue selon les plans de Mary Temple Grandin. J’entends parler de cette dame la première fois lorsque je visionne le film portant son nom en 2010. Retraçant son parcours, il met en valeur son engagement en matière d’autisme et de bien-être animal. Ce film, mis en nomination pour 15 Emmy Awards en rapportera finalement 7.

Qui est Mary Temple Grandin?

Mary Temple Grandin, née le 29 août 1947 à Boston, est une femme autiste, professeure, auteure et spécialiste de renommée internationale en zootechnie ainsi qu’en sciences animales détenant un doctorat de l’université d’État du Colorado. Fille de Richard McCurdy Grandin – ancien militaire devenu agent immobilier –, et d’Anna Eustacia Purves, écrivaine, actrice et chanteuse, Temple Grandin est l’aînée de quatre enfants. Atteinte du syndrome d’Asperger[i] elle est diagnostiquée autiste de haut niveau à l’âge de 4 ans.

Temple Grandin à 2 ans

Au cours de sa carrière, Temple reçoit environ 80 récompenses et distinctions pour ses travaux. D’après certains,elle est l’une des plus importantes autorités internationales en matière de bien-être et de comportement animal. Elle gagne le respect des associations de protection animale américaines (PETA) et d’éleveurs industriels de viandes, mais certains sont choqués par le paradoxe entre son amour des animaux et ses équipements d’abattoirs. Elle donne des conférences sur le bien-être animal et l’autisme partout sur la planète. Elle s’oppose : aux techniques d’élevage telles que l’élevage en batterie et la manipulation brutale des poussins[ii]; au confinement des truies d’élevage et à l’électrocution par décharges électriques. Elle plaide pour une meilleure prise en compte de la souffrance animale pendant l’élevage et l’abattage.

Son parcours

Son autisme est génétique. Ses deux grands-pères, paternel et maternel, ainsi que son père sont touchés du syndrome d’Asperger. À deux ans, on lui décèle des « dommages cérébraux » et elle subit une intervention afin de lui permettre de parler.

Temple a un amour inconditionnel pour les bovins.

Son père veut qu’elle soit placée en institution, mais sa mère s’y oppose formellement. Cette dernière croit qu’avec une éducation individuelle spécialisée, Temple va s’épanouir. Cependant, l’enfant doit travailler fort : plus de vingt heures semaine de traitements orthophoniques et d’apprentissage de règles sociales strictes. À 5 ans, Temple fréquente une école privée mieux adaptée à ses besoins. Elle est très reconnaissante envers sa mère :

« Maman a accompli un travail héroïque. En fait, elle a découvert toute seule le traitement standard que les médecins appliquent aujourd’hui ».

Adolescente, sa vie sociale est difficile. Aussi, elle ignore qu’elle est autiste lorsqu’elle entre au secondaire, les pires années de sa vie. Elle se passionne pour la littérature, les séries de science-fiction et la réalisation de maquettes d’avion. Temple est rejetée par ses collègues de classe provoquant des crises d’angoisse et de panique.

Elle obtient un premier emploi à 13 ans et à 14 ans, Temple découvre les animaux de son école à Rindge. Elle y pratique l’équitation et s’occupe des chevaux ce qui calme ses angoisses et son hyperactivité. Elle adore construire des objets et son professeur de sciences l’encourage à poursuivre des études d’ingénieur.

À l’été 1965, sur le ranch de sa tante Ann Becham en Arizona, Temple est encouragée à mettre à profit son ingéniosité en modifiant certains éléments de la ferme. Elle se découvre un intérêt pour l’observation du comportement des bovins et remarque que ceux-ci se calment lorsqu’ils sont placés dans une cage de contention. Elle construit un appareil similaire servant à lui donner des câlins.

Elle obtient avec mention, en 1970, son baccalauréat universitaire en psychologie à l’université Franklin Pierce terminant seconde sur 400 élèves. Lors de ses études, elle conçoit son prototype de machine à câlins pour réduire ses angoisses, qu’elle teste sur elle-même et sur d’autres élèves.

Elle obtient ensuite une maîtrise en zootechnie à l’université d’État de l’Arizona portant sur le comportement des bovins d’élevage, spécialité inexistante en 1975. Étudiante à mi-temps, elle travaille comme ouvrière dans des élevages bovins où elle visite de nombreux abattoirs. En 1989, elle obtient un doctorat (PhD) en zootechnie à l’université de l’Illinois à Urbana-Champaign.

Carrière de zootechnicienne

En 1980, Temple Grandin fonde la Grandin Livestock Handling Systems une société-conseil en ingénierie se spécialisant dans l’équipement pour le bétail. Consciente de la peur et de l’anxiété qu’éprouvent les bovins, elle expérimente diverses techniques pionnières qui tiennent compte du confort et de la perception des animaux. Elle est réputée reconnaître ce qui effraie les animaux et innove en améliorant les systèmes de gestion du bétail et de l’abattage aux États-Unis. Elle invente des corridors sinueux avec planchers antidérapants qui plaisent aux bovins. Ce domaine n’avait jamais fait l’objet d’attention auparavant.

Elle devient professeure de zootechnie à l’université d’État du Colorado en 1990. Temple est conférencière auprès d’éleveurs et améliore sa capacité de parler en public en maniant l’humour. Des sociétés comme McDonald’s et Burger King, sensibilisées par Grandin sur le bien-être animal en abattoir, lui commandent des audits. Éventuellement, de nombreux abattoirs et éleveurs modernisent leurs installations, de crainte de perdre leur clientèle.

Ses réalisations

Elle utilise son aptitude à « penser en images tridimensionnelles » pour développer certains concepts. Cette technique lui permet de passer maître dans la conception d’installations destinées au bétail. Aujourd’hui, en Amérique du Nord, environ la moitié du bétail envoyé à l’abattoir emprunte un appareil de contention conçu par Mary Temple Grandin.

Elle publie en 2008 une théorie qui fait consensus chez les neuroscientifiques : les animaux et les autistes repèrent ce qui est imperceptible plus facilement que chez l’humain non autiste.

De plus, Temple dresse un parallèle entre la maltraitance envers les animaux et celle envers les personnes handicapées. Elle remarque que dans les États américains où les animaux sont les plus maltraités les handicapés font face à davantage de maltraitance. Elle désire que davantage d’enfants occidentaux jouent à l’extérieur en contact avec la nature et les animaux afin de développer leurs capacités à résoudre des problèmes.


[i] Le syndrome d’Asperger a été décrit la première fois par le pédiatre autrichien Hans Asperger, en 1943. Ce pédiatre présentait dans son enfance quelques aspects du syndrome.

[ii] … occasionnant des fractures douloureuses des ailes.

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