OK boomers! Qui sont les Z qui se cachent derrière vous?

Par: Eric Montigny Ph. D. ; professeur au Département de science politique ; directeur scientifique des programmes de 2e et 3e cycles ; Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval

Depuis quelques mois, une nouvelle expression a fait son apparition sur les réseaux sociaux. Lancée par des jeunes, «OK boomers!» est devenu pour certains un véritable cri de ralliement pour que la jeunesse prenne davantage de place dans les débats publics et sur le marché du travail. Elle est aussi chargée de beaucoup de reproches envers la génération du baby-boom notamment quant à l’état de la planète qu’ils laissent derrière eux.

Il importe cependant de faire la part des choses. Chaque nouvelle génération tente de faire sa place en blâmant la précédente. Lorsque j’avais 20 ans, le «tasse-toi mon oncle» était une expression en vogue. Pour les plus âgés, mai 1968 représentait une rupture avec leurs parents. Ce qui est nouveau, c’est plutôt de faire porter le blâme de ce qui ne va pas sur une seule génération, celle des baby-boomers, la génération qui, dans les pays industrialisés, a profité de l’abondance de l’après-guerre où la croissance paraissait éternelle.

Le renouvellement générationnel est un concept bien étudié en science politique. Sur le plan démographique Statistique Canada définit une génération de la façon suivante : «un groupe de personnes qui ont à peu près le même âge et qui ont vécu, le plus souvent pendant leur enfance ou au début de l’âge adulte, des événements historiques particuliers (…)». Ces événements liés au contexte économique, à des crises ou à des changements politiques importants peuvent influencer leur vision du monde. 

Ainsi, la génération dite silencieuse est née entre 1925 et 1945, alors que celle du baby-boom apparaît entre 1946 et 1964. Suivent ensuite la génération X entre 1965 et 1979, puis les milléniaux (ou Y) entre 1980 et 1994. Généralement des enfants des X, la génération Z regroupe les jeunes nés ensuite. C’est cette génération qui prend aujourd’hui sa place et bouscule l’ordre établi. Sortant des bancs d’école, elle souffle dans le cou des milléniaux.

Comme nous l’illustrons, François Cardinal et moi, dans un ouvrage intitulé Révolution Z publié cet automne, il s’agit de la génération la plus scolarisée de l’histoire du Québec. Une génération plurielle, habituée au sur mesure. Une génération plus entreprenante, qui souhaite faire sa marque et donner un sens à son travail. Branchée en permanence, il s’agit d’une génération où la réussite est valorisée au point même d’engendrer du stress de performance.

Ces jeunes ne forment pas un bloc monolithique sur le plan idéologique. Cependant, ils ont été socialisés politiquement par d’autres enjeux que leurs aînés. Moussée par une Greta Thunberg devenue un véritable symbole de cette génération, la question environnementale leur importe davantage. Au Québec, en lien avec la crise étudiante de 2012, les enjeux de gauche et de droite prennent plus d’espace au détriment du débat Oui-Non sur l’indépendance.

Les conflits de générations ne sont pas nouveaux. Le défi pour une nouvelle génération repose sur sa capacité d’imposer de nouvelles priorités collectives. Maîtres des médias sociaux, les Z partagent rapidement leurs nouveaux codes. Ils sont performants. Contrairement à leurs parents, ils arrivent sur un marché du travail où on se les arrache, où ils souhaitent se réaliser. Ils ont tous les outils pour transformer le Québec.

Publications récentes :

Eric Montigny et Steve Jacob, 2019. «Les Cabinets ministériels au Québec : pouvoirs et paradoxes», Canadian Public Administration/Administration publique du Canada. Septembre.

Dominic Duval, Steve Jacob, Éric Montigny et Mathieu Ouimet 2019. «La couverture médiatique des rapports du Protecteur du Citoyen», International Review of Administrative Sciences-Revue internationale de sciences administratives.

Dufresne, Charles Tessier et Éric Montigny, 2019, « Generational and Life-Cycle Effects on Support for Quebec Independence », French politics, ( ), 1-14. 

Partagez nos articles !
Vous avez aimé cet article ? Partagez-le.