Portrait de Blaise Lavallée-Hétu

Numéro 1: Nos jeunes et l’avenir!

Blaise Lavallée-Hétu a 30 ans. Il a grandi à Val-David. Il vient d’une famille de grimpeur et aime taquiner le roc de temps à autres mais son activité préférée est le ski de fond. Il se passionne pour les champignons sauvages ainsi que pour la permaculture en milieu forestier. Après des cours universitaires en traduction, aujourd’hui, il aimerait se rapprocher de la terre et faire un DEP en production horticole. Pour le moment, il retourne pour la cinquième fois planter des arbres en Colombie-Britannique.

Blaise dans Petit Coeur à la Dame de coeur
Blaise dans Joker à la Dame de coeur

Il est grand, probablement 6’2 ou 3, une belle tête brune ébouriffée, de beaux traits réguliers et un sourire un peu timide, mais qui en dit long sur son appétit pour la vie.

Après quelques mots qui nous permettent de faire connaissance, je plonge dans le vif du sujet.

Blaise, quelle relation entretiens-tu avec Val-David?

Sans l’ombre d’une hésitation, il me répond : j’ai une relation amour/haine avec Val-David.

Il voit ma surprise et rit.

J’enchaîne. Bon, commençons par la relation d’amour.

Alors, qu’aimes-tu de Val-David?

Blaise devient songeur. Ce que j’aime ?

La nature. Je suis attaché à la nature, au Parc. Il faut dire que je fais de l’escalade. Présentement je suis en pause parce que je me suis disloqué l’épaule, mais je fais beaucoup de ski de fond. En fait (il éclate de rire) j’aimerais qu’il y ait de la neige à l’année.

Quand j’étais plus jeune Val-David, c’était mon terrain de jeu et j’y étais en sécurité. C’était une chance. C’était un beau petit village. On partait faire du vélo plusieurs heures, sans casque, sans téléphone cellulaire et nos parents n’étaient pas inquiets. Ils me faisaient confiance. J’avais un tel sentiment de liberté. Et comme on avait un chalet au lac Doré, je pouvais me baigner aussi. Et puis, depuis tout petit, ma famille m’a transmis, entre autres, de belles valeurs d’ouverture sur le monde.

C’est tout?

Il lève les épaules en souriant.

Alors, qu’est-ce que tu n’aimes pas ?

Val-David s’embourgeoise beaucoup. Il y a trop de monde, trop d’autos. Remarque, si le ponceau de la rue de la rivière était réparé, cela aiderait à désengorger. Mais la municipalité ne semble pas prête à bouger.

Et il y a une population de «bobo» (bohème/bourgeois) qui m’agace. C’est dommage, car j’aime certaines de leurs valeurs comme le partage et le respect mutuel. Mais, je trouve qu’ils imposent leurs points de vue et leurs opinions, de façon un peu dictatoriale. J’ai parfois l’impression de me faire juger et cela m’agresse. C’est comme bien des choses, j’imagine, un sou a toujours deux faces.

Mais ce qui me dérange le plus c’est le manque de démocratie. Ils font des consultations bidon qui ne sont même pas annoncées clairement. Ce n’est pas ça la démocratie.

Qu’est-ce que c’est pour toi la démocratie?

C’est nous demander de voter sur des décisions. Bien organisés, les votes peuvent fonctionner.

Donc, je partirai d’ici.

Pour aller où?

Dans Lanaudière. Je suis inscrit au Centre de formation agricole de Mirabel en production horticole et après mon diplôme j’irai m’installer là-bas. J’ai accès à une terre grâce à Pierre mon beau-père.

Je sens l’urgence de me nourrir avec des aliments dont je connais la provenance. J’ai envie d’apporter quelque chose à mon entourage et non pas juste de prendre. J’ai envie de créer de la vie. J’ai envie de créer quelque chose qui va durer dans le temps. Je sens aussi l’urgence climatique qui pèse fort sur ma conscience. Si je ne cultive pas la terre ou si je ne réduis pas mon impact, j’aurai un sentiment de culpabilité.

Parle-moi de ton projet?

(Il s’enflamme) Mon projet c’est cultiver la terre et c’est sûr que je m’inspirerai de la permaculture et c’est aussi de construire un lieu multigénérationnel où on fait pousser nos fruits et nos légumes et où éventuellement nous serons autosuffisants. Je sais que ça prendra entre 10 et 20 ans. Mais je sais aussi que c’est possible.

De mon point de vue, c’est triste de voir Blaise cultiver la vie ailleurs.

Dis-moi Blaise, qu’est-ce qui te ferait rester à Val-David?

Hum…plusieurs choses, je crois.

Je t’écoute.

Blaise commence une énumération inattendue.

Un village plus autonome, des emplois locaux, de la nourriture produite ici et avec un besoin de se développer pour inciter les générations futures à rester.

J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de familles de Montréal qui arrivent, mais après il y a quoi pour retenir les jeunes?

La municipalité met beaucoup d’efforts et d’argent dans le marché pour attirer les touristes, mais rien pour retenir les jeunes. Si les jeunes veulent vieillir ici, ils doivent devenir entrepreneurs. S’ils ne le sont pas, ils s’en vont.

Ils embourgeoisent le cœur du village pensant que les gens se serviront moins de leur auto, ce qui ne tient pas la route (sans jeu de mots), mais ils remplissent le village de touristes qui arrivent en auto.

Il réfléchit. Si j’avais accès à une terre ou à un prêt pour acheter une terre, ça ferait une différence. J’aimerais bien aussi une monnaie locale, mais dans l’équation ce n’est pas prioritaire. Par contre, une plage au lac Doré! Ah oui ! Mais surtout, une vraie démocratie directe à 100%. Ça, c’est mon idéal.

En résumé, Blaise aimerait que l’on développe l’agriculture à Val-David et souhaiterait sentir qu’on travaille d’abord pour les gens de Val-David et que l’on met des efforts pour retenir les jeunes.

Et moi je termine en disant, merci Blaise, pour ce beau témoignage honnête et bonne chance pour tous tes projets.

À Saint-Damien sur les terres familiales.
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