Sylvie Parent une Valdavidoise colorée !

Certains l’adorent, d’autres pas. Mais, quel que soit le regard que l’on porte sur elle, ce petit bout de femme de 5 pieds 1 pouce, inconnue il y a à peine un an, ne laisse personne indifférent, car elle défend bec et ongles ses convictions et ses valeurs. Elle s’est battue pour la mémoire de son père et pour dénoncer certaines pratiques inhumaines dans le milieu hospitalier. Aujourd’hui elle réclame justice, vérité et équité dans son village de Val-David.

À l’instar des LAURE GAUDREAULT (1889 – 1975) et des MADELEINE PARENT (1928 – 2012) dont la portée des revendications a transformé le paysage politique ou social du Québec en profondeur, Sylvie Parent fait partie des gens qui s’engagent, mènent des luttes et vont au bout de leurs convictions. Elle fait partie des gens qui changent les choses. D’ailleurs, c’est en partie grâce à ses demandes d’accès à l’information, ses analyses, ses recherches et ses dénonciations que la saga du Marché a été étalée au grand jour et que l’ex-directeur général de Val-David qui commettait impair sur impair a finalement dû quitter le village.

« Au sein d’une communauté, quelle que soit sa taille, c’est la justesse de la cause qui détermine la grandeur du geste. » Anonyme

PORTRAIT D’UNE CITOYENNE ENGAGÉE DANS SON VILLAGE

Sylvie Parent, une battante à l’image de son père

Elle a 54 ans et dit fièrement : « Je suis la fille de mon père! » Il avait du caractère ainsi que de solides valeurs de droiture et de justice, un héritage avec lequel Sylvie vit très bien. Il lui a appris à ne jamais se laisser marcher sur les pieds quand on pense qu’on a raison et que notre cause est juste.

Les yeux brillants et la voix empreinte d’admiration, Sylvie raconte : «Ce sont de mauvaises expériences qui ont amené mon père à devoir se battre. Et moi, j’ai pu l’aider.» Elle dit aussi :

«C’est dans ma nature. Quand je suis témoin d’injustice ou de mensonge et que j’ai le temps d’y mettre mon grain de sel, même pour des étrangers je le fais. Toute ma vie j’ai été une battante».

Sylvie Parent devant le Taj Mahal

RÉCIT D’UN LONG PARCOURS QUI LA MÈNERA FINALEMENT À VAL-DAVID

Au milieu des années 1980, après des études collégiales en informatique et une première expérience de travail pour un cabinet-comptable dans le domaine artistique, elle entre à titre de programmeuse-analyste dans une firme d’ingénierie et y restera jusqu’en 2001. Pendant 10 ans, elle consacre ses soirées et ses week-ends à l’obtention d’un baccalauréat en administration des affaires. Puis, elle découvre le travail à l’international et c’est le coup de foudre. Elle raconte : «La firme de mon employeur avait une petite filiale dans le domaine de l’éducation entre autres, avec laquelle j’ai pu travailler à l’étranger. J’ai eu la piqûre.»

À 35 ans, elle possède un condo sur le Plateau, un beau poste et un compagnon gaspésien. Cependant, elle sent que la vie lui trace un autre chemin et comme son instinct ne l’a jamais trompée, elle fait un virage à 180⁰. Femme d’action et de conviction, elle démissionne, vend son condo, laisse son amoureux et part pour Sherbrooke dans sa Honda Civic avec quelques chaudrons et dictionnaires où elle fait une maîtrise professionnelle accélérée en développement international axée sur les coopératives et le développement local. «Je voulais apprendre comment être utile dans de petites communautés.»

Pour son stage terrain, elle choisit d’étudier le système coopératif financier à Querétaro au Mexique où elle séjourne presque six mois pendant lesquels bien sûr elle apprend l’espagnol. Elle me confie que le Mexique est devenu son deuxième pays.

© Photo collection Sylvie Parent

À son retour de Sherbrooke, maîtrise en poche, elle obtient un poste en gestion de projets internationaux au Service des relations internationales de l’UQAM. Amoureuse du plein air, pas question de retourner vivre à Montréal, elle s’installe à Saint-Sauveur.

La coopération à l’international

Son travail consiste en partie à ficeler les partenariats en matière de coopération internationale avec l’Afrique de l’Ouest. Elle détaille : «Je fais une veille des appels d’offres en provenance de ministères et d’organismes étrangers financés majoritairement par la Banque Mondiale qui demandent une expertise spécifique. J’appuie les professeurs dans l’élaboration de leurs propositions techniques et financières. Je participe à la négociation des contrats. Mais, à quelques mois de ma préretraite, je ne voyage plus en Afrique. Je préfère rester loin des problèmes géopolitiques. J’analyse aussi les programmes de subventions qui pourraient être pertinents pour les professeurs qui ont un intérêt à collaborer avec l’Afrique».

© Photo collection Sylvie Parent

En 2006, elle entreprend un doctorat quand soudain…

DÉFENDRE LA MÉMOIRE DE SON PÈRE CONTRE VENTS ET MARÉES

Les premiers pas d’un engagement qui ne se démentira pas.

Un matin de juin 2010, alors qu’elle revient à peine du Mexique où elle faisait son étude terrain pour un doctorat en tourisme communautaire, elle apprend que son père, aidant naturel, s’est cassé la hanche dans la porte-tourniquet de l’hôpital Pierre Le Gardeur alors qu’il venait visiter son épouse handicapée, hospitalisée pour quelques jours. Après une opération, il est transféré au Centre multivocationel Claude David. Quelques jours plus tard, il ressent une douleur violente à l’abdomen. Il supplie d’être transporté à l’hôpital, mais l’infirmière du Centre refuse et l’oblige à attendre la visite du médecin le lendemain. Sylvie raconte : « Il a souffert le martyre toute la nuit, détresse respiratoire, manque d’oxygène et le lendemain matin vers 8 heures il est mort. Ils n’ont pas cru bon d’appeler ma sœur qui habitait à quelques kilomètres de là ni moi. Il est décédé en souffrance, maltraité et abandonné ».

Plusieurs se seraient tus, mais pas Sylvie. Elle épluche le dossier médical de son père, le rapport d’autopsie, virgule par virgule pour découvrir, le cœur brisé, que son père avait été complètement laissé à lui-même. L’infirmière ne voulait pas envoyer son père à l’hôpital sous prétexte que l’urgence était bondée.

Elle s’arrête, puis murmure : « c’était vraiment dur de lire tout cela ».

Elle poursuit : « J’ai passé quasi trois ans à virer mer et monde. J’ai déposé des plaintes partout où je le pouvais. L’ombudsman, le Commissaire aux plaintes de l’Hôpital, le directeur du Comité d’aide aux usagers, le Protecteur du citoyen et le CSSS de Lanaudière. J’ai écrit aux Conseils d’administration des hôpitaux, à Radio-Canada, à TVA, à La Presse, au Journal de Montréal, à Lisette Lapointe, alors députée du Parti Québécois, qui a présenté le cas de mon père à l’Assemblée nationale. À l’époque, on dénombrait 14 autres décès dans la même période au Centre multivocationel Claude David. J’ai réussi à faire les manchettes télévisées et la page frontispice du Journal de Montréal à deux reprises ».

Louis Plamondon, président de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), et Sylvie Parent, fille d’Eugène Parent décédé par négligence. © Archives QMI

Cette tourmente la place devant un choix déchirant. Elle est épuisée, inquiète de voir sa mère maintenant dans un CHSLD et doit choisir entre finir son doctorat qui est presque terminé ou continuer la lutte pour son père. Elle choisit son père. Celui-ci avait signifié dans ses dernières volontés de respecter même les volontés qui n’étaient pas inscrites dans le testament, mais qu’il aurait exprimées de son vivant. Juste avant de mourir, il lui disait qu’il fallait communiquer avec l’animateur Denis Lévesque pour dénoncer l’histoire de sa blessure à la hanche dans la porte de l’hôpital Pierre Le Gardeur. Sylvie me regarde avec insistance et une pointe de fatalisme : « Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre, j’étais l’exécutrice testamentaire et c’était mon papa? Grâce à Louis Plamondon, président à l’époque de l’Association de défense des droits des personnes retraitées (AQDR), j’ai été contacté par la recherchiste de Denis Lévesque et j’ai été reçu à son émission. Je voulais que les gens sachent les mauvais traitements infligés à nos aînés sans défense, dans certains hôpitaux et centres de réadaptation. Avant d’entrer en onde, j’ai fait un clin d’œil au ciel. »

Avec la permission de sa mère, elle dépose une poursuite contre le Centre multivocationnel Claude David, l’infirmière qui a abandonné son père et l’hôpital Pierre Le Gardeur.

Évidemment, les avocats des parties défenderesses la cuisinent durant la préparation du procès et veulent minimiser la responsabilité de leur client prétendant que monsieur Parent était vieux et malade. Elle maintient le cap, car elle sait que sa cause est vraie et juste. L’affrontement dure quelques années. Avec la mort de sa mère en septembre 2012, drainée de ses énergies, elle a besoin de voir la fin de cette poursuite. Elle accepte quelques mois plus tard une entente hors Cour. Elle ajoute : « Ce qui m’est resté, c’est qu’il ne faut pas lâcher malgré les embûches, car le mensonge, l’iniquité et l’abus de pouvoir n’ont pas leur place dans nos sociétés, c’est intolérable. »

Admirable et touchante, Sylvie m’avoue que jamais, dans toute cette bataille, elle n’a pensé à elle. Il a fallu qu’un médecin lui signe un arrêt de travail pour qu’elle prenne enfin du répit.

SON ARRIVÉE À VAL-DAVID ET SON IMPLICATION

© Photo collection Sylvie Parent

En 2014, elle se laisse gagner par Val-David et son beau parc qui accueille les chiens, sa charmante petite rue commerciale, la piste cyclable à proximité et la possibilité de faire du kayak au centre du village. Après quelque temps, elle réalise que son village se transforme en Plateau-Mont-Royal, celui qu’elle avait quitté 14 ans plus tôt. Inquiète de cette nouvelle orientation, elle décide de s’impliquer, de questionner et d’étudier les documents qui pourraient l’éclairer sur la ligne de développement prévue pour son patelin.

Sylvie se relève les manches, pour son village cette fois

« J’aide lorsque j’ai l’énergie, j’ai le temps et j’ai l’intérêt. Quand une de ces trois composantes n’est pas là, je m’en vais. »

En avril 2017 elle se rend à l’assemblée citoyenne pour la Place publique et elle trouve très particulière la dynamique entre la mairesse Nicole Davidson et Bernard Généreux le directeur général.

« J’avais l’impression qu’ils nous prenaient pour une bande de cons. J’ai également eu l’impression que Diane Séguin était la troisième leader du groupe. La mairesse disait de ne pas nous en faire avec l’argent, qu’ils allaient avoir une subvention et qu’ils avaient les moyens. En d’autres termes, fermez vos gueules, on mène la baraque. Je n’en revenais pas ».

LE DÉCLENCHEUR DE CETTE ÉPOPÉE

© Photo Information du Nord – Daniel Deslauriers

Au moment des élections municipales de 2017, comme elle ne sait pas pour qui voter, elle crée une page Facebook appelée : Élections Val-David – les Indécis. Cette page lui permet de lire diverses opinions. Comme Sylvie a de forts doutes sur la rectitude du financement de la Place publique, elle demande des documents à Bernard Généreux, via la loi d’accès à l’information, précisant qu’elle désire les avoir le vendredi avant les élections pour les afficher sur sa page Facebook. De toute façon c’était la date limite selon la loi pour les lui remettre.

Le directeur général décide de les faire acheminer par la poste alors que la greffière lui avait promis en format courriel en fin de journée. Elle est en furie : « Ç’a été l’élément déclencheur. Là je me suis dit : toi tu penses que t’as le gros bout du bâton, ben tu ne sais pas ce qu’il y a dans ce petit bout de femme de 5 pi 1 po ».

Le jour des élections comme elle n’est pas encore décidée, elle annule son vote. Toutefois, elle se dit que « si le directeur général s’est permis d’agir comme ça, j’en déduis qu’il a des choses à cacher et que c’est peut-être le reflet d’une certaine culture qui règne à l’intérieur de cet organisme. J’avais le temps, l’énergie et l’intérêt. En plus, mon horaire de télétravail me le permettait ». Elle commence à assister aux assemblées, mais surtout elle visionne toutes les assemblées du Conseil de l’année 2017. « J’étais estomaquée. Là, les valeurs inculquées par mon père sont remontées. Je l’ai dit au début, j’ai horreur de l’injustice, de l’abus de pouvoir et du mensonge ». Elle poursuit donc ses demandes d’accès à l’information pour débusquer la vérité.

UNE COMMISSION D’ENQUÊTE À ELLE SEULE et une générosité sans borne

© Photo collection Louise Arbique

Bien plantée derrière le micro à chaque assemblée municipale, Sylvie dérange. Solide comme un roc, elle dénonce sans relâche et toujours preuve à l’appui :

« La recherche et l’analyse de documents, c’est ma force, alors je la mets au service de ma communauté. J’aimerais aider les gens à ouvrir les yeux. J’ai donc créé une nouvelle page Facebook intitulée : Val-David, on y voit! »

« Mon père me disait qu’il ne faut jamais se laisser intimider par ceux qui nous gouvernent, par des mises en demeure bidon, par des fonctionnaires ou par des détracteurs.»

Je ne mets jamais mes gants blancs avec des gens qui me mentent en pleine face. J’en suis incapable. Avec notre dette qui se chiffre à 17 millions $, je veux dire aux gens de ma communauté de dénoncer le favoritisme et la mauvaise gestion et tout ce qui est inacceptable.

Mais, je ne suis pas enquêteuse. Je ne suis pas en autorité pour savoir s’il y a de la collusion, des enveloppes brunes et des pots-de-vin. Mon but c’est d’inciter les gens qui ont un soupçon à dénoncer. C’est tellement simple maintenant. Je peux même les aider sous le couvert de l’anonymat. »

ELLE RÊVE D’UN VILLAGE OÙ LES VALEURS COMMUNAUTAIRES RÉGNERONT

Sa scolarité doctorale portant sur le tourisme communautaire, un tourisme qui profite à tous, l’amène, en 2010, jusqu’à Chacala, un petit village de pêcheurs mexicains qui borde une baie magnifique sur le Pacifique. Ses habitants très pauvres ont pu bonifier leurs revenus grâce à un tourisme communautaire. Ils ont agrandi leurs maisons pour accueillir des touristes en profitant de subventions provenant d’un programme mexicano-italien nommé Les Techos de Mexico (les Toits du Mexique). Ce projet de développement touristique conçu pour de toutes petites communautés est réglementé par des balises que la communauté a elle-même fixées, et qui peuvent s’appliquer partout.

© Photo collection Sylvie Parent

Son implication à Val-David l’amène à étudier les documents pertinents, elle se penche sur le fonctionnement du marché et elle visionne les assemblées. Ce faisant, elle mesure le gouffre qui sépare les deux communautés : d’un côté, un tourisme communautaire développé par et pour la communauté avec quelques pesos et de l’autre, un développement touristique qui tend vers la démesure pour le petit village qu’est Val-David avec comme devanture, un Marché qui se dit local, mais qui a des allures de foire commerciale pour attirer le tourisme de masse.

Sylvie n’a de cesse de répéter qu’elle aime les marchés : « Mais, quand ça coûte 150 000 $ par année aux citoyens, ça me dégoûte. Regarde les kiosques! Y’en a trop. Certains sont éparpillés n’importe comment dans le parc. Ça nous a coûté 5 000 $ chacun. Était-ce nécessaire d’avoir ce type de kiosques? Est-ce que les marchands vendent plus depuis? Qu’est-ce qu’il y a de local, d’original, d’authentique dans ces kiosques de métal et de fibre de verre fluo? C’est n’importe quoi! Qui a décidé de ce n’importe quoi là? Quand ce n’est pas transparent, il faut fouiller et dénoncer les mensonges. »

Il n’y a pas que le Marché qu’elle dénonce, il y a un ensemble de dossiers litigieux qui sont traités avec opacité. Alors, elle fait des demandes d’accès à l’information, analyse les documents et tente de faire la lumière. Elle ajoute avec force : « Si personne ne fait jamais rien, on ouvre la porte aux abus et au favoritisme. »

© Photo collection Sylvie Parent

« Au bout du compte, si j’ai réussi à convaincre une ou deux personnes qu’il faut arrêter de se faire passer pour des imbéciles, de se laisser piler sur les pieds par les abuseurs et les menteurs et qu’il faut foncer quand on est sûr qu’on a raison, eh bien mon père et moi on aura gagné! »

Et moi, Sylvie, je t’affirme que tu as gagné. Et j’affirme aussi que tu as une très belle façon d’aimer.

Sylvie administre un groupe Facebook en mémoire de ses parents qui relate entre autres toute la saga entourant le décès de son père. Il se nomme : Souvenons-nous d’Eugène Parent et de Michelle Charbonneau, sa douce ».

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