Tim Watchorn

Quatrième de ce nom à être maire depuis 1855 !

LE ZigZag présentera au fil des mois, des portraits de maires qui se démarquent tant par la mission et la vision qu’ils ont mises en place au sein de leur municipalité que par les divers modèles de gestion qu’ils appliquent pour leurs objectifs. Cette série d’articles se veut un outil de mesure des gestions municipales pour les citoyens avisés ainsi qu’une source d’inspiration pour tous. 

ATTENTION, nous parlons de la saine gestion. Ceci ne fait pas des maires interviewés des êtres parfaits. Nous sommes conscients qu’une partie des citoyens des municipalités visées par ces articles n’endosseront pas nos propos. C’est pourquoi nous nous attardons aux faits et aux réalisations tangibles. 

  • Salaire : 22 000 $/année (il précise : + 50% de l’allocation non imposable) 
  • Temps travaillé : une journée semaine 
  • Nombre d’employés : autour de 20 
  • Nombre de conseillers : 6 
  • Population : 4 300 résidents permanents et environ 3 000 temporaires (fins de semaine) 

Morin-Heights une destination plein air! 

Une belle tête rousse et des yeux pétillants d’intelligence Tim Watchorn, maire de Morin-Heights nous reçoit Marc Blais et moi-même avec chaleur, énergie et simplicité. 

Tim Watchorn, photo Louise Arbique

Au premier regard nous comprenons que son cœur bat pour village. Il nous dit en riant que quatre générations de Watchorn ont été élues à la mairie de cette petite communauté qui aujourd’hui compte 4 300 résidents. Fier d’assurer la continuité, il sourit furtivement comme s’il venait de jouer un tour à la vie ou à ses ancêtres.  

L’implication politique et sociale, une vocation 

À 49 ans, il en paraît à peine 35. Il est père de deux adolescents et il nous annonce qu’il travaille comme ingénieur à plein temps. 

À plein temps?  

Il explique. 

Il consacre une journée par semaine à la mairie, journée pendant laquelle il rencontre les citoyens et fait le suivi des dossiers en cours. Bien sûr il travaille souvent les soirs et les fins de semaine. Rien d’étonnant quand on voit le boulot qu’il abat, les projets qu’ils réalisent et ceux qu’il prépare. Car Tim Watchorn est un homme de vision et d’organisation. Il sait où il veut amener sa municipalité et quels moyens sont à sa disposition. Son but et ses espoirs sont ceux d’une majorité de citoyens : que Morin-Heights continue de devenir une destination plein air de premier plan.  

Pour y arriver, il faut avoir une vision et des projets à long terme. Et pour réaliser ces projets sans surtaxer les citoyens, il faut être ingénieux. 

Tim Watchorn nous fait part sans ambages de ses stratégies de développement, de sa vision, de ses valeurs et de ses préoccupations. 

La première : répondre aux demandes et aux questions des citoyens.  

Il ne faut pas être Sherlock Holmes pour déduire que cet objectif est atteint. En effet, il a été élu conseiller le 2 novembre 2001, nommé maire par le conseil au décès de son prédécesseur et depuis, il a été réélu maire à trois reprises. 

Il est à la fois fier et préoccupé du fait que la population ne cesse d’augmenter. Celle-ci a doublé depuis 2001 à Morin-Heights. Aujourd’hui, 4 300 citoyens permanents y vivent à plein temps et environ 3 000 viennent les fins de semaine été comme hiver. L’été pour les lacs et le vélo, l’hiver pour le ski, le vélo et la raquette. 

L.A. Tim, comment expliquez-vous cette augmentation? 

Il roule ses manches comme s’il se mettait au travail. J’en déduis que cette question le préoccupe. 

T.W. Je pense que c’est parce que je suis resté fidèle à notre orientation plein air. Mes prédécesseurs avaient pris la décision d’y aller carrément avec les sports non motorisés. Ski de fond, raquette, vélo. Ce que les citoyens nous demandent c’est de conserver notre petit havre de paix.  

L.A. Comment grandir tout en répondant à ce désir?  

Il répond avec fermeté. 

T.W. On n’a pas densifié, on n’a pas construit de condos et on garde notre centre-ville vert. On n’a même pas de réseaux d’égouts encore à Morin-Heights. On a juste des réseaux d’aqueduc.  

Un des jolis parcs de Morin-Heights, photo Louise Arbique

Il précise cependant que dans cinq ans, il commencera le réseau d’égouts au centre-ville. Il a prévu le coup pour minimiser les coûts. Quand il a fallu réparer la rue du village, il en a profité pour faire installer les tuyaux d’égouts.  

Que c’est doux à mes oreilles, cette gestion intelligente! 

T.W. Ainsi, nous gagnons temps, argent et nous évitons beaucoup de frustrations pour les citoyens d’avoir une rue en chantier aux cinq ans.  

Je pense tout bas que les Montréalais entre autres, seront jaloux de cette planification aussi juteuse. 

Il revient à la conversation première, la gestion de la croissance. 

T.W. Il y a de l’espace chez nous, chaque terrain est grand et planté d’arbres, donc on a de la place pour accueillir les nouveaux arrivants. Cependant, pas question de développer de façon sauvage. Bien qu’on bâtisse 40 à 50 maisons neuves chaque année, on veut absolument protéger le plus de terrains possible pour le futur.  

Q. Comment? 

Tim ayant prévu cette question, la carte du territoire est déjà grande ouverte sur la table. Il nous explique avec force et détails ses plans pour le développement du ski de fond et du vélo de montagne.  

T.W. C’est simple, on fait des partenariats avec les promoteurs en se faisant payer la taxe de parc en terrains, jamais en argent. Ces terrains éventuellement serviront au plein air. Faut juste planifier. Savoir où on s’en va. 

Sur la carte, il nous montre les pistes qui seront développées grâce à la taxe de parc.  

Je commence à voir par quels moyens et quel est le potentiel de succès de faire de Morin-Heights une incontournable et magnifique destination plein air. 

L.A. Ça se planifie le futur, les pistes de ski, de raquettes… 

T.W. Ben c’est sûr. On n’improvise pas!  

J’avoue que cela me fait un bien fou de voir qu’un maire gère sa ville en homme d’affaires avec un plan quinquennal à certains égards, une vision claire, des objectifs, des stratégies et de la rentabilité. Pas de place à la gestion par flashes, qui finalement coûte une fortune aux citoyens.  

J’aimerais raconter en détail l’entrevue avec Tim Watchorn, car il nous fait part de beaucoup de projets avec rigueur et enthousiasme. Mais, je me contenterai de vous dévoiler la stratégie de son projet de développement de pistes de ski de fond et par la suite de vous énumérer un ensemble de projets sans entrer dans le détail des stratégies. 

T.W. Il y a 10 ans, on a répertorié nos sentiers par GPS. On s’est fait une base de données des sentiers assez précise qui nous permet de travailler avec les promoteurs quand vient le moment de subdiviser des lots pour faire un domaine, nous on sait déjà qu’il y aura un sentier à tel ou tel endroit.  

L.A. Un sentier qui passe où par rapport à la maison? 

T.W. On essaie de garder des marges larges pour que les sentiers ne passent pas en arrière des maisons. On garde des corridors de 6 à 9 mètres pour laisser des arbres de chaque côté du sentier. Comme ça, les skieurs auront l’impression d’être dans le bois.  

L.A. Le partenariat avec les promoteurs, se résume-t-il au 8 % de la taxe de parc? 

T.W. Non, il y a des promoteurs qui font plus. Les promoteurs d’Invesco par exemple, sont des gars de mon âge qui font du ski de fond et du vélo. Ils comprennent l’importance de garder du terrain et de grands espaces verts même quand il s’agit de la vente de leur terrain.  

On se penche sur la carte. Tim nous montre avec animation tout ce qui s’est fait et se fera. En 2007, ils ont acheté le parc Basler. Puis le parc Lummis qu’ils ont fait aménager et qui est vraiment charmant. Il me parle du futur parc Sheldon.  Des dons qu’ils ont de différents propriétaires. Puis, Invesco qui a revendu à la municipalité un corridor vert au prix qu’ils l’avaient payé, environ 120 000 $. Il me parle des gens du lac Écho avec madame Jane Hope à leur tête qui ont ramassé 500 000 $ pour acheter des terrains qui deviendront le parc du Ruisseau Jackson.  

Clairement, la majorité de la population et la mairie sont mobilisées vers un même objectif : développer le plein air à Morin-Heights. 

Le secret de cette réussite? 

En prenant les rennes de la ville Tim Watchorn n’a pas voulu en réinventer sa mission. Il a creusé et balisé le sillon déjà existant. Il a respecté le travail de ses prédécesseurs. 

Il continue en accélérant le débit. Il me raconte qu’il (le conseil municipal) veut relier deux parcs. Il approchera des propriétaires terriens dans le but de conserver des corridors et des terrains jusqu’à Wentworth-Nord où il y a des terres de la Couronne.  

Un autre joli parc de Morin-Heights, photo Louise Arbique

Il dit tout bas, comme un secret qu’il y a moyen de faire une super belle boucle qui relierait les parcs et les terrains et qui donnerait un corridor de 40 kilomètres pour le ski de fond, la randonnée ou le vélo.  

Il s’exclame : « Ça serait de toute beauté! » 

Et moi je pense que cela sera de toute beauté! 

Nous nous taisons quelques secondes, le temps de respirer le bonheur d’avoir des projets et l’espoir de les voir se réaliser. 

Il se penche de nouveau sur la carte et parle du golf et du centre du village qu’il veut garder vert et de la protection des milieux humides et du travail avec la MRC et François Trudeau qui est un bon créateur de sentiers. Il s’enflamme en parlant d’arriver à faire concorder les droits du gouvernement du Québec de faire des coupes sur les terres de la couronne. Il dit avec détermination : – faut essayer de faire concorder les coupes avec notre développement de sentiers. -. 

Il m’essouffle.  

T.W. Et il y a les Fondeurs Laurentides! (Club de ski de fond) La municipalité a  travaillé avec Sommet Morin Heights (le centre de ski alpin), la Caisse Desjardins et les Fondeurs Laurentides pour créer juste à côté de la montagne, des pistes d’entraînement de façon à ce qu’ils aient leur chance quand ils participent à des compétitions nationales et internationales. Ils ont ouvert des boucles de 5 kilomètres par 7 mètres de large pour le ski qu’ils sont capables de tracer mécaniquement. Il sourit et poursuit. C’est l’avantage de faire le tracé à côté de Sommet Morin-Heights qui a les canons à neige et tout l’équipement. Tout ça mis ensemble les Fondeurs s’entraînent de bonne heure parce qu’on fait de la neige et ça fait maintenant deux ans qu’on tient les compétitions de la Coupe Québec, et on travaille fort pour avoir les championnats de l’est du Canada. La piste est maintenant homologuée FIS et dès la première année de l’arrivée des Fondeurs, on a vendu 250 passes de ski de fond de plus.  

L.A. C’est tellement logique. Ça a l’air simple tout cela? 

T.W. C’est pas si simple. Il faut négocier. Faut voir loin. Il enchaîne sur le projet avec la famille Sheldon. Il a fallu contourner un ensemble d’obstacles pour que la famille Sheldon puisse bénéficier d’un crédit d’impôt en échange de terrains donnés à la municipalité. Mais, bientôt, les terrains leur seront transférés et ils deviendront vraisemblablement le parc Sheldon, en partenariat avec le Club de ski Viking. 

Tim Watchorn et son équipe s’organisent pour que les choses arrivent. Ils sont visionnaires, intelligents, stratégiques et travaillants. 

La conversation dévie vers le parc Val-David/Val-Morin, et voici ce que le maire Watchorn nous apprend : « Ils viennent de passer une motion à la MRC pour essayer de connecter le Parc Val-David/Val-Morin avec une terre publique de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. On va passer une résolution pour appuyer ce projet-là. Y’a quelque chose qui s’en vient là-dessus ». 

Marc et moi sommes heureux de l’apprendre. 

Je reviens à lui. 

L.A. Les chiens dans les parcs? 

Il a résolu le problème. 

T.W. On a ouvert une petite section du Corridor aérobique qui était fermée et on l’a aménagée pour que les gens puissent promener leur chien. À l’entrée il y a un poteau avec des petits sacs. Ils peuvent promener leurs chiens sans nuire aux vélos ou aux marcheurs.  

On laisse les chiens accéder aux pistes de raquette, mais l’hiver ils n’ont pas le droit entre 9 h et 3 h pour ne pas nuire au ski de fond ou à la raquette. 

L.A. Avez-vous un marché ? 

T.W.  Oui. C’est le vendredi, quand les touristes arrivent pour la fin de semaine. On a prêté un terrain aux producteurs et pour le reste, ils s’arrangent. Ils ont construit des kiosques c’est très joli.  

L.A. Vous leur donnez une subvention? 

T.W. Ben, on leur prête un terrain!  Faut faire attention à la façon dont on gère l’argent des citoyens. 

L.A. La prochaine étape? 

T.W. Garder mes aînés. Y’a pas de CHSLD. Alors on a acheté un terrain à côté du chalet Bellevue. Il a coûté cher, mais on est content. Il profite aux citoyens. C’est devenu un beau centre communautaire. Et juste en arrière on a acheté un autre terrain. On veut implanter 30 résidences pour personnes âgées semi-autonomes.  On a déjà approché le gouvernement pour avoir des subventions puis on espère, si tout va comme on pense que la seule mise de fonds qu’on aurait à mettre ce serait le terrain et les services.  Le gouvernement subventionnerait le reste au complet. Si tout va bien on va commencer la construction l’année prochaine. Ce serait merveilleux non? 

Le ski de soirée à la montagne de Morin-Heights en plein cœur du village!

Oui, ce serait merveilleux. Nombre de personnes âgées des Laurentides envieront les retraités de Morin-Heights.   

Ma priorité c’est que les gens soient bien à Morin-Heights. C’est ça que je ressens quand je fais le tour. Les gens sont bien et je veux qu’ils continuent à être bien. Je veux que mes enfants reviennent ici après leurs études.  

L.A. Comment faites-vous pour faire tout cela à une journée par semaine? 

T.W. Je mets une vingtaine d’heures en réalité, mais j’ai des conseillers qui sont très impliqués et des employés qui sont sur la coche. C’est ça le secret. 

Mais je me dis qu’il y a aussi d’autres ingrédients au succès et au développement de cette municipalité qui est en train de devenir une destination plein air de premier plan.  

Tim Watchorn et les conseillers ont su mettre en place les mécanismes et les processus de gestion nécessaires pour bonifier cette mission. Une vision claire, combinée à l’intelligence, à la planification, à l’écoute des citoyens et au sens des affaires, c’est ça le secret de cette belle réussite!  

Louise Arbique 

Un complément d’information 

Tim Watchorn cumule les présidences et ses implications dans différents comités. 

  • Président d’office de tous les comités municipaux. (Tous les maires sont nommés d’office) 
  • Représentant de la municipalité au conseil des maires de la MRC des Pays-d’en-Haut et préfet suppléant 
  • Président du Comité sécurité incendie de la MRC des Pays-d’en-Haut 
  • Vice-président du Comité de sécurité publique de la MRC des Pays-d’en-Haut 
  • Membre du comité de pilotage du Complexe sportif des Pays-d’en-Haut qui sera situé à Sainte-Adèle 
  • Membre du conseil d’administration et ancien président du Garde-manger des Pays-d’en-Haut 
  • Organisateur bénévole de courses pour la division laurentienne du ski à Sommet Morin-Heights. Il est officiel niveau 2 pour les courses de ski alpin.  
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