Tout change: Ayoye!

Et c’est tant mieux!

Par: Marc Pontbriand

Changement d’école, changement de partenaire, changement de travail, changement de maison, de ville, de pays, changement de son état de santé, changement climatique : le changement est partout. Il a plusieurs sources et peut prendre bien des couleurs. Sa source peut être extérieure à soi, ou provenir de l’intérieur de soi. Le changement peut être imprévu ou planifié, personnel ou sociétal, de nature matérielle ou physique, ou de nature psychologique. On peut y contribuer consciemment ou y participer de manière inconsciente. Toujours, il ébranle nos assises, dérange nos acquis, notre confort, nos manières de faire, nos attentes.

On peut tenter de s’y opposer, tout faire pour garder ou protéger nos acquis, se battre contre lui. On réussira pour un temps peut-être, mais en fin de course on se sera battu en vain. Car le changement est de l’essence du vivant et nos acquis comme nos vies sont voués à la transformation.

Par ailleurs, on peut choisir de suivre le mouvement, s’y adapter, comme l’eau qui descend la montagne en contournant tout nouvel obstacle. De fait, le changement nous impose l’adaptation constante et, en ceci, il nous garde bien éveillés et vivants. Dans le meilleur des cas, il nous pousse à la créativité, à l’inventivité, à l’innovation, en soi, chez soi, dans la société ou entre pays.

Ce processus d’adaptation peut être difficile, voire pénible, souffrant même. Mais il nous force alors au dépassement de nous-mêmes. La souffrance nous pousse à chercher à nous en sortir, ce qui nous propulse vers l’action et nous fait faire des pas vers l’avant. Si nous refusons l’adaptation, nous allons devoir nous battre contre le changement et très certainement nous épuiser. S’adapter en unissant nos forces peut par ailleurs nous donner de l’énergie, de l’espoir, nous donner des ailes!

Un couple vient de se séparer. Que s’est-il passé? Se seraient-ils enlisés dans une routine qui a éteint le zeste qu’il y avait entre eux à leurs débuts? Ou bien l’un, ou les deux, ont changé intérieurement soit de valeurs, soit de goûts, soit d’intérêts? Ou encore ont-ils découvert, une fois la passion amoureuse calmée, qu’ils ne partagent pas suffisamment de valeurs, ou d’intérêts ou de visions de la vie, ce qui les conduit trop souvent à des frictions, désaccords, tensions? Ou encore l’un n’a pas voulu ou n’a pas su s’adapter aux changements chez l’autre et ne pouvait tolérer ce changement? Quoi qu’il en soit, leur processus d’adaptation aura été la séparation. Ils seront alors forcés de recommencer et à s’adapter malgré eux. On espère pour eux qu’ils auront appris quelque chose sur eux-mêmes et sur les relations humaines dans ce processus.

Dans tous les couples, même dans ceux qui sont ensemble depuis 40 ans ou plus, chacun des membres change au cours de la vie. Chacun doit s’adapter à lui-même en tant qu’être en évolution. Tout un contrat, et pas facile en soi, même parfois difficile. De surcroît, chacun doit s’adapter à l’autre qui évolue de son côté aussi. S’il y a des enfants, ceux-ci grandissent et changent aussi, ce qui requiert de la part des parents une adaptation supplémentaire. Et si le couple demeure bien vivant depuis 40 ans, c’est que, d’un côté, chacun des membres du couple a su s’adapter aux changements, a su trouver par le dialogue, par la bienveillance mutuelle et l’amour, les ressources pour s’ajuster et en sortir meilleur. Cela signifie aussi, de l’autre côté, que chacun des membres du couple a su se regarder lui-même dans le miroir, a su reconnaître ses faiblesses autant que ses forces, sa responsabilité, se questionner, en parler avec l’autre et trouver des réponses. Autrement dit, devenir un meilleur être humain et un meilleur être de relation.

À un tout autre niveau, Hubert Reeves, dans deux livres récents, contextualise les changements inhérents à notre univers, notre Terre, nos vies personnelles et nos sociétés. Des choix importants s’imposent rapidement à nos sociétés si l’on veut éviter le pire, c’est-à-dire la sixième extinction sur la terre, celle de la vie humaine. Selon lui, ce n’est pas quelque chose de lointain. Bien au contraire, ce serait tout près de nous, quelques décennies tout au plus. Nombreux sont ceux qui résistent, surtout là où il y a encore beaucoup de profit personnel et monétaire à réaliser et à protéger. Ceux qui possèdent le plus sont ceux qui résistent le plus au changement. Plus tu possèdes, plus tu as tendance à devenir conservateur puisque ta vie t’a donné beaucoup et que tu t’es battu pour gagner ce que tu as. C’est vrai tant au plan individuel qu’à celui des nations. Hélas, c’est bien courte vue, car rien n’est permanent dans l’univers. Résister ne fait qu’exacerber les tensions entre partenaires, entre classes sociales, entre pays riches et pays pauvres, et ne peut mener qu’à la division, la guerre, au désastre. La seule option qui reste aux humains, c’est que la course au profit personnel cède la place au sentiment de solidarité et de bienveillance envers tout être vivant, et que chacun assume une responsabilité dans la recherche de l’équilibre dans le déroulement de notre devenir comme espèce.

Référant à nouveau à Hubert Reeves, l’espèce humaine serait le niveau le plus sophistiqué et le plus développé parmi les êtres vivants. Au point que les humains peuvent contrôler eux-mêmes leur survie ou leur extinction. Ce serait entièrement nouveau. Tout un changement dans l’univers! Aucune autre espèce vivante, plante ou animal, n’a atteint cette possibilité. Partout ailleurs, la nature a établi des équilibres qui font que les êtres vivants sont amenés à évoluer, à changer et à se perpétuer. L’humain fait exception : il a le pouvoir de choisir ce qu’il veut faire, vivre ou mourir comme espèce. Nous ne sommes plus à l’heure du « faire fortune chacun pour soi » et « tirer son épingle du jeu ». Nous sommes à l’heure de la responsabilité envers l’équilibre. Et celle-ci passe obligatoirement par la voie du cœur, celle de la bienveillance et du dialogue, pour trouver un équilibre entre tous les êtres vivants, quels qu’ils soient. Comme dans le couple où l’on doit trouver l’équilibre en fin de compte entre les forces qui tirent de tous côtés, avec le cœur et dans le dialogue. Responsabilité et recherche de l’équilibre ne signifient pas pour autant platitude. Au contraire, tout cela peut se faire dans la joie qui naît de l’effort partagé pour atteindre, ensemble, un but à la fois personnel et communautaire.

Le plus étonnant avec le changement inévitable en tout et partout, lorsqu’on lâche prise, lorsqu’on accepte de remettre en question ses acquis pour suivre le mouvement de la vie – même si nous nous retrouvons devant l’inconnu pour un temps, devant l’imprévisible, avec nos peurs – c’est que des surprises nous attendent. Une libération s’opère, une lumière nouvelle nous éclaire et illumine notre chemin. Des réponses inattendues surgissent, des voies nouvelles s’ouvrent auxquelles nous n’aurions jamais pensé auparavant : coïncidences, nouvelles rencontres, découvertes, nouvelles manières de voir, de penser et d’agir ensemble. En fin de compte, qui accueille le changement avec générosité en surmontant ses peurs risque gros : trouver devant lui du meilleur, du plus grand, du plus beau, du plus humain! C’est risquer la vie! C’est gagner notre vie!

Références :

Hubert Reeves, La fureur de vivre, Éditeur : Seuil, septembre 2020

Hubert Reeves, Parmi des millions, Éditeur : L’Aube, novembre 2020

____________________________________________________________________________

Partagez nos articles !
Vous avez aimé cet article ? Partagez-le.