Un conseiller municipal déboute les propositions d’un citoyen en assemblée

Mathieu Bouthillette rejette les autres terrains proposés pour accueillir la nouvelle école régionale de Val-David

LETTRE OUVERTE / À MATHIEU BOUTHILLETTE, CONSEILLER MUNICIPAL

Mathieu,

Lors de la dernière séance du conseil municipal de la Municipalité du Village de Val-David, tu donnes ton aval à une résolution­­­­­­­­­­­­­­­­­ visant à exproprier une partie des terrains de madame Beaudry, propriétaire de La Sapinière, en nous expliquant que ton approbation à cette résolution est justifiée par le fait que les 6 terrains que je propose comme emplacement pour l’école ailleurs que sur le site de La Sapinière sont impropres à la construction à cause de la présence de milieux humides ou de pentes de terrain trop prononcées. Et ce, sans analyse ou étude.

Tu dis que le remblayage de terrains dans les zones humides va à l’encontre des valeurs de notre communauté? D’où sortez-vous ces valeurs – qui sont en fait des règles –, et êtes-vous prêt à revoir ces 3 règles si elles vont à l’encontre des intérêts des citoyens.ennes? J’attends que tu puisses justifier tes choix et les argumenter crédiblement. J’attends tes suggestions, tes choix, tes alternatives, tes préférences, j’attends que tu nous fournisses les résultats des analyses de terrain et des études de faisabilité. Quant à la pente trop prononcée, ce ne sera pas le premier édifice construit sur un terrain en pente. Ça n’est pas un argument. Mais il se fait tard pour procéder à toutes ces choses. Et comme le dit Michel-Pierre Sarrazin, il est minuit moins une.

De toute évidence, tu n’as pas réalisé la chance exceptionnelle que nous avons? C’est du jamais vu. Notre petit village de montagne est choisi non seulement pour la réalisation d’un projet tourisme santé qui injecte dans notre village un investissement de 20 millions. C’est une bénédiction pour notre communauté. Et, de plus, nous avons été choisis pour un projet de 30 millions pour la construction d’une école. C’est un doublé d’une rare exception. Ces deux projets arrivent au même moment et dans le même village. L’un qui provoquera des retombées à court terme sur notre communauté, l’autre un projet d’avenir pour nos enfants. C’est une chance qui ne se renouvellera probablement jamais. Ces projets totalisent 50 millions pour notre communauté, additionnés d’amples retombées présentes et futures. Je n’ai personnellement jamais vu chose pareille.

Et dans un éclair de génie, le conseil place ces deux projets en compétition l’un contre l’autre en les confinant l’un sur la propriété de l’autre comme si Val-David ne comportait pas suffisamment d’autres terrains qui pourraient convenir!

J’ai l’impression d’assister impuissant au déroulement d’un scénario catastrophe où chaque pas mène au désastre. Et que le pire reste à venir. Le conseil municipal qui aurait dû consulter ses citoyens.ennes, a pris la décision de construire l’école sur le terrain de La Sapinière sur un coût de tête.

Ce faisant, cette attitude irrationnelle et irresponsable sème le désaccord au sein des citoyens.ennes et creuse un fossé entre le conseil municipal et une partie de la population. C’est ainsi que les conseillers Guy Séguin et sa collègue Dominique Forget viennent mettre de l’huile sur le feu en alléguant des faussetés sur Facebook : « Savez-vous qu’il y a une bande de détracteurs au projet d’école? Ils sont sournois, calculés et ils tentent d’embrouiller ce legs…»

On serait plutôt en droit de s’attendre à ce que ces deux conseillers ne viennent pas envenimer la situation, mais engagent un dialogue constructif avec ceux qui divergent d’opinion. Cette façon de faire abjecte, mérite une sévère réprimande de la part de la mairesse et de la Commission municipale du Québec.

Mais revenons au projet d’école. Je ne connais aucun citoyen qui n’est pas d’accord avec le projet d’école. La seule demande de ces citoyens est que l’école soit sur un autre terrain que sur celui de La Sapinière. C’est tout. D’ailleurs, on ne sait plus comment vous le dire.

Chaque projet est réalisable en soi. Mais, de l’avis d’une bonne partie de la population[1] placés côte à côte, ces deux projets deviennent inconciliables : placer un centre de villégiature à côté d’une école régionale qui recevra chaque jour 600 étudiants est un projet voué à l’échec.

Imagine la rue de La Sapinière rallongée de près de 500 mètres, un ruban d’asphalte de 10 à 15 mètres de largeur bordé de chaque côté par des trottoirs, une véritable cicatrice, qui déambulerait en plein centre de notre site patrimonial. Puis imagine un début de journée pour les clients du centre de villégiature alors qu’une horde de 600 personnes répartie dans vingt autobus, des voitures de parents venus reconduire leur petit, de véhicules du personnel enseignant, du personnel de soutien et du personnel administratif et enfin ceux qui arrivent à pied et à vélos, qui s’engagent tous ensemble dans le cul-de-sac fraîchement pavé de La Sapinière, puis, une fois déchargés de leur lot de bambins, font demi-tour et quittent la place en croisant les autobus qui arrivent en sens inverse. Imagine les émanations des pots d’échappement, les bruits de moteurs, les klaxons, servir de réveille-matin à une clientèle qui se prélasse dans l’oasis de paix à proximité. Et, l’après-midi venu, la reprise de tout ce bazar à l’heure de fermeture de l’école qui reprend de plus belle.

Quand on y réfléchit, Mathieu, le Centre de villégiature ne tiendrait pas deux semaines. Sur quelle planète tes amis du conseil et toi habitez-vous? Tout cela agresse mon intelligence. Comment vous le dire?

Et devant cette situation profondément désolante, tu sembles réjoui d’avoir trouvé l’argument qui mène tout droit à la perte du projet de madame Beaudry, c’est-à-dire que les terrains que j’ai identifiés ne conviennent pas à cause des sols humides ou des pentes trop fortes? Tu n’as pas lu dans mon mémoire que le ministère de l’Environnement a stipulé, dans la loi 132 que dans certaines conditions, les terres humides peuvent être construites? Cette loi est accueillie favorablement par rien de moins que Canards illimités qui souligne que c’est un projet de loi attendu depuis longtemps.[2] Cet organisme de conservation note également que le fait de placer au cœur du projet de loi sur la conservation des milieux humides et hydriques le principe d’aucune perte nette, constitue une percée majeure en conservation.

Mais jusqu’où irez-vous dans votre fermeture d’esprit et vos décisions irrationnelles? As-tu déjà pensé que si les terrains que j’ai choisis ne conviennent pas après étude et analyse, que vous pourriez en trouver d’autres et permettre ainsi de réaliser les deux projets?

Mais encore faut-il accepter que l’école change de place et que tu m’expliques clairement comment il se fait que vous vous accrochiez à l’idée de la cohabitation des deux projets alors qu’ils sont incompatibles? Et de surcroît, comment, du haut de votre arrogance, pouvez-vous envisager de morceler un site patrimonial et par le fait même lui arracher son identité et son âme?

Y a-t-il des intérêts en jeu que nous ne connaissons pas?

Combien de temps encore allez-vous tenir la population en otage comme vous le faites?


[1] Pétition de 443 noms en date du 12 février. SAUVONS LE SITE DE LA SAPINIÈRE !

[2] Dépôt du projet de loi 132 sur la conservation des milieux humides et hydriques (canards.ca)

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