Une belle histoire

Numéro 1: Chronique psychologie 

L’homme et l’enfant 

Un homme s’affaire à l’entretien de ses rosiers. Sa petite fille de 5 ans, Nikki, se trouve à ses côtés. À un moment, l’enfant, fatiguée d’entendre son père crier pour la faire travailler, lui dit : Papa, tu te souviens quand j’avais 4 ans, je pleurnichais souvent. Eh bien! j’ai décidé que lorsque j’aurais 5 ans, je cesserais de chialer. Et je l’ai fait. C’est la chose la plus difficile que j’aie faite de ma vie. Si moi j’ai réussi à arrêter de pleurnicher, il me semble que toi aussi tu pourrais cesser de bougonner. 

Un changement de paradigme 

L’homme n’est rien de moins que Martin Seligman, PhD., le père de la Psychologie positive. Ce dernier raconte que le reproche de sa fille a enclenché en lui toute une série de réflexions qui allaient mener à l’essor de la psychologie positive. 

Il reconnaît d’une part qu’il avait été grincheux pendant 50 ans. Il constate d’autre part que toute sa façon d’enseigner à l’université consistait essentiellement à corriger les faiblesses des étudiants au lieu de construire leurs forces. Il réalise enfin qu’au cours du XXe siècle, la profession de psychologue s’était surtout consacrée à l’étude et au traitement des troubles mentaux, plutôt qu’à la recherche sur le bien-être et sur les moyens de guider les gens vers une vie épanouie. 

La mobilisation des troupes 

Nommé en 1998 à la présidence de l’Association américaine de psychologie (APA), c’est le défi qu’il lance à ses collègues. Il les invite à définir ce qu’est le bonheur accessible et à explorer les mécanismes qui font que certaines personnes ont le bonheur facile et d’autres pas. Il les incite à identifier les facteurs susceptibles de favoriser le bien-être des gens et à élaborer des stratégies menant à une vie plus épanouie. 

Le caractère scientifique de la Psychologie positive 

Cela va de soi que tout ce travail doit répondre aux exigences de la recherche scientifique : méthodes éprouvées d’évaluation, d’expérimentation, de recherches longitudinales et de recherches randomisées contrôlées, études en neuropsychologie portant sur l’anatomie et le fonctionnement du cerveau, etc.  

Seligman veut que les connaissances acquises rejoignent rapidement les individus, les groupes et les organisations et ne restent pas confinées aux laboratoires et aux journaux scientifiques, ce qui est trop souvent le cas des travaux en psychologie.  

Son appel a été entendu. Depuis le début des années 2000, les recherches se sont multipliées à un rythme fou. La psychologie positive a fait son entrée dans les écoles, en psychothérapie, dans un grand nombre d’organisations, notamment dans toute l’armée américaine.  

Cerveau et santé mentale 

On considère les années 1990 comme la décennie du cerveau. Au cours de cette période, la fabrication d’appareils perfectionnés a permis d’entreprendre l’exploration du cerveau humain, de son anatomie et de son mode de fonctionnement. 

L’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) a permis de visualiser en temps réel l’activité du cerveau. On est aujourd’hui en mesure de relier les comportements humains, les sensations, les émotions, l’activité physique et intellectuelle à des zones spécifiques du cerveau et à des réseaux neuronaux particuliers.  

La neuropsychologie s’est développée et de nouvelles connaissances se sont ajoutées pour changer totalement notre vision du cerveau humain. De nombreux mythes ont ainsi été déboulonnés. 

Par exemple, on a longtemps cru que le cerveau atteignait sa maturité au début de la vingtaine et que le processus de vieillissement s’amorçait alors, nous privant peu à peu des capacités reliées à la jeunesse. 

La plasticité du cerveau 

On sait aujourd’hui que le cerveau est plastique. Cela signifie que le cerveau est constamment en train de se réorganiser en réaction aux activités auxquelles on se livre. Vous faites partie d’une chorale? Les zones du cerveau consacrées à la musique se densifient et se complexifient. 

Si vous êtes un sportif accompli, l’étude de votre cerveau le démontre sans aucun doute possible. 

Une recherche portant sur les chauffeurs de taxi de Londres a comparé l’état de leur hippocampe, ce noyau neuronal impliqué dans la mémorisation, avant et après leur formation. Vous savez peut-être que le réseau routier londonien est extrêmement complexe et exige des conducteurs une capacité mémorielle hors du commun. Les scientifiques ont constaté que l’hippocampe des chauffeurs de taxi qui ont réussi la formation a considérablement grossi en volume et en complexité.  

Neurogenèse et synaptogenèse 

Non seulement le cerveau se réorganise constamment, mais en plus, de nouveaux neurones se forment et des réseaux neuronaux différents se développent. Cela signifie que si une personne s’applique à adopter de nouveaux comportements ou à faire des apprentissages différents, on retrouvera l’empreinte de ces changements dans la structure et l’organisation même de son cerveau.  

C’est comme ça que se forment les habitudes. La répétition des mêmes gestes, comportements ou façons de penser engendrent la création de réseaux neuronaux correspondants si bien qu’à un moment donné, on en arrive à fonctionner sans même y penser. Notre cerveau a pris ce comportement en charge. 

On peut changer 

C’est sur cette capacité du cerveau que s’appuient toutes les interventions en psychologie positive appliquée. L’hypothèse est la suivante : si une personne désire développer de l’optimisme, des habiletés de résilience ou toute autre habileté reliée au bonheur, il s’agit de produire le comportement désiré à répétition, jusqu’à ce que des réseaux neuronaux se créent et le prennent en charge. Cela exige énergie, effort et persévérance. 

Une retraite en feu 

Je n’ai jamais été aussi fière d’être … psychologue qu’en ce troisième millénaire. Nous disposons aujourd’hui de données probantes pour soutenir notre compréhension du comportement humain. Nous pouvons affirmer avec assurance qu’on peut changer et nous disposons des connaissances et des outils pour accompagner les gens dans ce changement.  

Le plaisir est tel que je consacre ma retraite à l’étude et à la tenue de conférences et d’ateliers en psychologie positive.  

Une belle histoire commence 

Les chroniques publiées sous ma plume auront toutes pour but de faire connaître les découvertes fascinantes de la psychologie moderne. 

Je trouve que c’est une belle histoire qui commence entre vous et moi, amis lecteurs. Je nous souhaite une bonne route ensemble. À bientôt.  

Guylaine Parent, psychologue, spécialisée en psychologie positive appliquée 

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