Vivre sur une autre planète

Réponse à la lettre de Kathy Poulin du 27 février 2021 Facebook : Kathy Poulin Mairesse de Val-David

LETTRE OUVERTE /

Vous connaissez nos positions, vous connaissez nos chiffres, alors entrons sans plus tarder dans le vif du sujet.

Je trouve fascinante votre capacité de jouer avec des faussetés, des demi-vérités, des rumeurs, des rêves et des vœux pieux. Vous allez même jusqu’à introduire le bien-être de nos enfants dans un combat qu’ils n’ont pas demandé. Laissez les enfants en dehors de ce débat. Ils n’ont rien à y voir sinon d’assister à votre incapacité désolante à résoudre des problèmes de fond pour votre communauté.

Il s’agit d‘engager tous les contribuables à payer une dette de 3 à 5 fois plus élevée que celle du Parc. Nous avons contracté cette dernière il y a plus d’une quinzaine d’années et il appartient déjà à nos enfants de contribuer à son remboursement. C’est aussi pour leur avenir que nous nous opposons à la construction de l’école sur le terrain de La Sapinière. Alors, madame la mairesse, répondez à nos questions.

Dans une pétition[i] lancée il y a un mois, 478 personnes demandent que l’école soit construite ailleurs qu’à La Sapinière. Chaque jour, le nombre de signataires augmente.

ENAP et HEC

Je fais le pari que la problématique de notre municipalité est tellement invraisemblable qu’elle deviendra un cas d’espèce dans les cours d’administration à l’université, à l’École nationale d’administration publique ou aux HEC.

On pourrait y lire en tête de chapitre dans le cours portant sur la gestion municipale :

Une petite municipalité des Laurentides reçoit deux projets à réaliser en même temps, l’un de 20 millions de dollars et l’autre de 30 millions. Mais les projets sont incompatibles. Ils doivent être construits sur des terrains différents. À l’encontre de toute logique, le conseil municipal décide quand même de les mettre en conflit en les obligeant à édifier leurs projets sur le même terrain, à proximité l’un de l’autre.

Il s’agit d’un Centre de villégiature et de santé et de la construction d’une école primaire régionale. Précisons que la propriétaire des terrains en question est aussi la promotrice du projet 1 et que la municipalité s’entête dans sa décision au risque de perdre les deux projets.

On y étudierait entre autres, les points suivants :

  1. Pourquoi, plutôt que d’accueillir les deux projets, la mairie les place-t-elle en opposition l’un contre l’autre?
  2. Sur quelle base fait-elle le choix du projet de construction d’école (projet 2) au détriment du Centre de villégiature (projet 1)? S’agirait-il d’un cas de concurrence déloyale?
  3. Pourquoi et comment fait-elle passer des jeux de société pour enfants du primaire pour des assemblées publiques de consultation?
  4. Peut-elle faire passer les résultats de ses jeux de société comme étant des choix formels de la population en faveur de son projet d’école?
  5. Peut-elle refuser de répondre systématiquement aux questions de ceux qui opposent son projet, et à qui elle refuse la tenue d’un référendum sous de fausses allégations?
  6. Comment monte-t-elle les tenants de la construction de l’école contre la frange de la population qui s’oppose à ses agissements?
  7. Comment et pourquoi détruit-elle le plus beau site patrimonial sur le territoire de la municipalité?
  8. Comment la mairie manipule-t-elle l’information pour contrôler les choix de la population?
  9. Comment un journal communautaire devient-il un instrument d’information et de ralliement pour ceux qui ne partagent pas les opinions de la mairie?

En travail complémentaire de recherche, les élèves pourraient avoir à faire l’étude des conséquences de cette situation sur la communauté en élaborant les facteurs suivants : détaillez le modèle de gestion perdant-perdant et dans ce sens, décrivez le comportement de la mairesse? Comment espère-t-elle dénouer la situation? Les fonctionnaires du ministère de l’Éducation se laisseront-ils ébranler par le contexte social et économique de la communauté et comment réagiront-ils?

LE ZigZag

Je vous invite, madame Poulin, à lire le journal LE ZigZag, vous pourriez y apprendre des choses étonnantes, dont le texte 10 stratégies de manipulation que les politiques et les médias utilisent pour nous contrôler[ii]. En les lisant, vous trouverez sans doute que le terrain vous est familier. Et pourtant, il existe une loi immuable dans le domaine des relations humaines : ne jamais, au grand jamais, laisser des espaces vides dans l’expression de vos discours ou de vos idées. Il faut toujours répondre aux questions qui sont posées à défaut de quoi les relations se tendent, la communauté se divise, les clivages deviennent plus importants et ils se comblent de faussetés et de mensonges. Et en bout de compte, nous sortons tous perdants de cette expérience déplorable. D’ailleurs, vous affirmez dans votrelettre que nous avons calculé, évalué, planifié ainsi que soupesé les pour et les contre de notre décision avec la plus grande rigueur. C’est précisément de cela qu’il s’agit, ce sont ces informations et ces rapports qui nous manquent. Vous avez réfléchi, nous en sommes fort aises, répondez à nos questions maintenant.

Vos valeurs

Mais ne nous prenez pas pour des imbéciles. Vous en êtes déjà à procéder au démantèlement et à l’asphaltage du dernier site patrimonial de notre communauté et à faire la répartition des lots alors que ce terrain ne vous appartient pas.

Quant à la dette importante suscitée par les frais juridiques, les infrastructures, l’achat des terrains, la réfection du chemin de La Sapinière et du ponceau ainsi que la prolongation du chemin de La Sapinière, elle coûtera aux citoyens des sommes énormes qu’ils laisseront à leurs enfants en héritage, à ces enfants qui n’ont rien demandé et qui n’auront sans doute pas les moyens d’habiter ici. Avec tous les vœux pieux que vous colportez, vous créez des attentes qui ne peuvent être recadrées qu’en présentant les vrais chiffres à ceux qui auront à en payer la dette. Plutôt que de perdre votre temps à créer des attentes vides, répondez à nos questions.

Vous réorientez le débat et vous le faites porter sur des sujets creux. Vous feriez pousser du blé sur la planète mars avec vos arguments. Nous nous soulevons parce que vous refusez de répondre à nos questions. Vous prenez la peine d’écrire un texte de 1000 mots sur le sujet de l’école et nous ne sommes pas plus avancés. Vous soulevez mer et monde, vous utilisez tous les trucs du manuel l’Art d’influencer les débats sans jamais répondre aux questions et quoi encore? Vous ne semblez pas vous rendre compte de votre responsabilité dans la dégradation du climat social et des rapports entre les gens de notre communauté. Vos agissements sont dangereux et irresponsables. En laissant germer les fruits de la discorde, vous nous mettez tous en danger. Répondez à nos questions.

Réalisez-vous que le climat de notre municipalité est toxique et que tôt ou tard, les fonctionnaires du ministère de l’Éducation questionneront de plus près le bien-fondé de s’installer dans un village où les citoyens et citoyennes se sont rangés en deux camps et se soulèvent les uns contre les autres? Tout cela parce que la mairesse et le conseil refusent de répondre à nos questions. Nous perdons un temps précieux et il est encore temps de présenter un site alternatif.

Par exemple, vous qui êtes familière avec le rêve, imaginons que nous construisions l’école sur le chemin de La Rivière vers Sainte-Agathe. Les autobus en provenance de Sainte-Agathe ne viendraient pas embourber le trafic de la rue de l’Église. Imaginons que nous procédons à la réfection du ponceau sur le chemin de la Rivière et que les autobus qui arrivent par la route 117 soient canalisés vers cette voie de contournement. Cela implique que le bouchon de circulation de la rue de l’Église n’existe plus. Plus de bouchons le matin, plus de bouchon en après-midi. Fini les bouchons. 24 autobus et une centaine de voitures sont dirigés chaque jour vers ce nouvel emplacement de l’école. Dans ce contexte, n’oublions pas que la réfection du ponceau près de la rue Sainte-Olive sera réalisée gracieusement par le ministère des Transports qui n’attend qu’une certaine étude de circulation depuis 2 ou 3 ans pour se mettre en branle. Le temps presse. Répondez aux questions du ministère du Transport du Québec!

J’ai eu une lueur d’espoir en lisant votre lettre. En parlant du terrain de La Sapinière, vous affirmez que nous avons les moyens de nous l’offrir. Les moyens dont vous parlez, madame, portent un nom. Ce sont les contribuables. Ceux qui auront à payer la dette que vous laisserez derrière vous. Les moyens, madame, crient haut et fort le manque de transparence de votre conseil et de la manipulation abjecte dont ils font l’objet. Répondez à leurs questions.

Vous terminez votre lettre ainsi : la vraie question à se poser c’est plutôt de savoir quel serait le prix à payer pour notre communauté, pour nos commerces, pour notre vitalité et pour lavenir de notre village si la nouvelle école n’était pas construite.

Et vous terminez par ce bijou : Poser la question c’est y répondre. Vous osez nous interpeller en nous demandant de répondre à votre question alors même que vous refusez de répondre à celles que nous vous posons et pour lesquelles vous demeurez muette. Et si l’école était construite un peu plus loin, ça changerait quoi? Poser la question là aussi c’est y répondre.

De plus, sur un autre registre, insinuer que je serais motivé par d’éventuels gains électoraux ou par une relation quelconque avec le Centre de villégiature et de santé, c’est de la calomnie. Je ne me lancerai jamais en politique et je ne suis pas à vendre. La seule chose qui motive mes intentions c’est le bien public. J’ai plus reçu de Val-David que je ne pourrai jamais rembourser. Et je repaye ma dette à ma façon. Il faut être malade pour prétendre le contraire. J’ai commencé à m’impliquer dans mon village dès mon arrivée à Val-David alors que vous, madame Poulin, n’étiez pas encore née et je poursuis toujours ma démarche dans ce sens. Pour qui me prenez-vous pour salir ce que j’ai accompli et pour me prêter des intentions mercantiles?

Quant à ceux qui travaillent en coulisse à salir, saboter et faire échouer ce superbe projet dans un but électoral… Vous faites de la projection et vous payez le prix de votre refus obstiné de répondre aux questions que l’on vous pose.

Allons donc, un peu de sérieux, il n’y a rien à gagner dans ces petits jeux de mots mesquins et répondez aux questions.

En terminant, dans le contexte de la poursuite dont la municipalité fait l’objet, votre police d’assurance ne paierait que 75 % des frais d’avocats. Le reste de vos frasques devra être payé par la municipalité comme nous l’avons prévu dans notre estimation des coûts. Entre-temps, répondez à nos questions?

Note: LE ZigZag a pour mission d’offrir, notamment, une plateforme aux citoyens pour s’exprimer. Le choix de publier intégralement les lettres ouvertes des chroniqueurs du journal LE ZigZag est conforme à sa mission.


[ii] 10 stratégies de manipulation que les politiques et les médias utilisent pour nous contrôler – Journal LE ZigZag

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